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Lundi 1er octobre 2018 (rezomontreal.ca).- L’entente commerciale conclue hier entre le Canada, les États-Unis et le Mexique semble, selon les informations préliminaires, jeter les bases d’un dénouement relativement positif, compte tenu de son importance pour l’économie canadienne dans son ensemble, malgré des irritants importants.



« Évidemment, des centaines de milliers d’emplois au pays en dépendant, et la sauvegarde de l’accord est de ce point de vue une bonne chose », souligne Michel Kelly-Gagnon, président et directeur-général de l’IEDM. « Il est cependant regrettable de constater que nous avons de plus en plus affaire à des ententes commerciales qui mettent de l’avant un ‟commerce dirigé » (managed trade) plutôt qu’un véritable libre-échange ».

« Un véritable traité de libre-échange ne devrait pas contenir des centaines de pages détaillant les innombrables exceptions, limites, quotas et autres entraves au commerce. Malheureusement, il s’agit là d’une tendance lourde présente dans la plupart des accords, et pour laquelle on ne peut pas vraiment blâmer les négociateurs canadiens », poursuit M. Kelly-Gagnon.

En ce qui a trait aux parts de marché laitier cédées dans le cadre de l’entente, on doit se rappeler que, malgré ce qui est souvent rapporté, la quasi-totalité de notre secteur agricole est déjà soumise à la concurrence et tire son épingle du jeu sur les marchés mondiaux. Le problème est que l’entente cède encore des parts de marché, tout en gardant nos producteurs laitiers prisonniers du régime actuel.




« On réduit leur marché sans leur donner les moyens de concurrencer », souligne Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques à l’IEDM. « De plus, les contribuables devront vraisemblablement assumer une facture salée pour compenser ces pertes, et le système de quotas et de tarifs va quand même rester en place. Enfin, ces concessions ne seront pas suffisantes pour engendrer une baisse substantielle des prix pour les consommateurs. C’est perdant, perdant, perdant. »

Le maintien des tarifs sur l’aluminium et l’acier, ainsi que certaines restrictions sur les exportations vers les États-Unis des véhicules automobiles fabriqués au Canada, est lui aussi injustifiable. « Ces tarifs ne sont pas plus dans l’intérêt des consommateurs américains, qui devront payer leurs voitures plus cher », mentionne également M. Moreau.

C’est justement selon la perspective du consommateur que le projet d’entente devra être jugé : « On doit cesser de voir ce débat à travers le prisme du mercantilisme, une doctrine économique discréditée depuis longtemps et selon laquelle le commerce est un jeu à somme nulle dans lequel les importateurs sont nécessairement les perdants », rappelle M. Kelly-Gagnon. « Au contraire, obtenir des biens et services à un meilleur coût, grâce à l’échange avec les autres, est à la base même du processus d’enrichissement des individus, n’en déplaise à Donald Trump et autres mercantilistes. »




« Sous réserve d’une analyse plus poussée de ce projet d’entente, la sauvegarde d’un accord commercial entre le Canadaet les États-Unis demeure néanmoins un dénouement plus positif que négatif. De façon réaliste, le Canada ne pouvait pas se permettre de rester sur la touche », conclut M. Kelly-Gagnon.