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Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) estime que la stratégie de transformation numérique dévoilée hier laisse plusieurs questions sans réponses.

Comment assurer la sécurité des données ?

Le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire, a déjà annoncé que 80 % des données seraient stockées par des entreprises privées. Comment peut-il garantir que ces informations resteront bel et bien confidentielles ? Le Patriot Act et le Cloud Act permettraient au gouvernement américain d’y accéder si elles sont stockées aux États-Unis ou par une entreprise américaine ailleurs dans le monde.

Le gouvernement dit vouloir s’inspirer d’autres administrations publiques dans le monde. Le SPGQ tient donc à lui rappeler le scandale dans lequel s’est retrouvée la Suède en confiant des données à l’entreprise privée. En 2015, ce pays s’est retrouvé devant une brèche potentielle importante dans la sécurité de renseignements personnels et sensibles après les avoir confiés au privé. « Pourtant, la Suède avait adopté des règles et des procédures pour tenter d’éviter ce genre de situation, signale Richard Perron, président du SPGQ. Le ministre doit protéger la population de tels risques en confiant au personnel professionnel du gouvernement la bonne garde de ces informations. »

Le gouvernement reconnaît implicitement qu’ils sont les mieux placés pour le faire puisqu’il leur confiera les données les plus sensibles. Pourquoi ne pas leur confier l’ensemble du stockage des données ?

Comment recruter les professionnelles et professionnels nécessaires ?

On peut se demander comment le ministre peut espérer recruter les meilleurs professionnelles et professionnels pour réaliser cette mission sans les payer adéquatement. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, cela relève de la pensée magique.

Actuellement, les salaires ne sont pas concurrentiels et le recrutement est difficile. Un article du Journal de Montréalrévélait d’ailleurs récemment que le tiers des projets informatiques étaient en retard à Revenu Québec en raison de la pénurie de personnel. « Le gouvernement doit remédier à la situation s’il veut s’assurer d’attirer et de retenir les meilleurs, indique M. Perron. Le ministre dit vouloir offrir des salaires plus compétitifs lors du renouvellement de la convention collective. Nous croyons plutôt que le gouvernement doit s’activer dans le cadre des travaux du comité sur l’expertise, attraction et la rétention. Il est grand temps d’agir maintenant, comme le disait la CAQ en campagne électorale. »

Comment prévenir les explosions de coûts ?

Le gouvernement pense pouvoir réaliser des économies en confiant une grande partie du stockage des données au privé. Or, les expériences passées montrent qu’il s’agit d’un mirage. Des projets informatiques privés comme les solutions d’affaires en gestion intégrée des ressources (SAGIR) ou le Dossier santé Québec ont engendré des dépassements de coût de 10 à 15 fois la valeur de la soumission initiale. « Lorsqu’il était dans l’opposition, le ministre Éric Caire dénonçait le « bordel informatique », rappelle M. Perron. On l’invite à ne pas refaire les mêmes erreurs. »

Le SPGQ estime que la transformation numérique de l’état peut être bénéfique pour la population. Mais pour des raisons de sécurité et de coûts, il serait beaucoup plus sage de confier cette grande mission aux professionnelles et professionnels du gouvernement.

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