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Poilievre, le roi de la droite dans la tourmente

Il promettait de « remettre les pendules à l’heure », de « rendre la vie plus abordable », de « libérer les Canadiens » de l’inflation, des taxes, et — disons-le franchement — de Justin Trudeau. Pendant un temps, Pierre Poilievre a su imposer son rythme, monopoliser l’attention médiatique et caresser l’illusion de la victoire. Il y a quelques mois, les sondages le donnaient gagnant, les conservateurs rêvaient de majorité. Et pourtant…

Revers monumental.

Le chef du Parti conservateur du Canada a perdu sa propre circonscription. Poilievre, non élu. Son adversaire libéral, jusque-là perçu comme figurant, a remporté le siège. Et de surcroit, un autre nouveau venu, Carney, devient premier ministre. Il y a des défaites politiques… et puis il y a celles qui marquent à vie. Celle-là est gravée au couteau.

Le chef conservateur a-t-il creusé lui-même sa tombe électorale? Trop certain de son aura numérique, trop arrogant face aux médias traditionnels qu’il méprise, trop calculateur dans ses attaques ad hominem, il s’est comporté comme un youtubeur en croisade plutôt qu’un chef d’État en devenir. On peut mobiliser Twitter avec des punchlines, mais on ne gagne pas une majorité avec du ressentiment.

Dans sa propre cour, les électeurs l’ont laissé tomber. Et voilà maintenant le parti conservateur dans une situation intenable : faut-il continuer à suivre un chef rejeté par sa propre population locale? Faut-il lui offrir une circonscription, comme un lot de consolation? Lui trouver un siège « en carton » dans une partielle téléguidée pour qu’il puisse siéger? Ou le remercier poliment, l’inviter à s’effacer, à digérer sa défaite?

La légitimité n’est pas un slogan.

La droite canadienne, si elle veut redevenir sérieuse et crédible, devra peut-être accepter que le culte de la personnalité ne remplace pas une vision. Et que la rage n’est pas une stratégie.

Pierre Poilievre a voulu gouverner le Canada comme on dirige une chaîne YouTube : avec des effets, des clips, et des ennemis à abattre. Mais les Canadiens ont préféré un projet à un pugiliste.

Il lui reste maintenant deux options : prendre du recul, faire son autocritique, rebâtir. Ou continuer, toute honte bue, à s’accrocher au volant d’un parti qu’il a mené à la déroute. Mais dans ce Canada post-électoral, plus mature qu’on ne le croyait, va-t-on suivre un général sans troupes?

Poilievre, chef sans siège. Et peut-être bientôt, chef sans parti.

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