Conçue à partir de matériaux récupérés de chantiers, La Chaise de la transmission réunit des entreprises familiales, une artiste et une entrepreneure innue autour d’une question centrale : que laisserons-nous aux générations qui nous suivront ?
Et si une chaise pouvait inciter les dirigeants à penser au-delà des résultats trimestriels ? À Montréal, un collectif réunissant des acteurs de la construction, des milieux artistique et autochtone ainsi que de l’enseignement supérieur entend faire de cet objet un symbole de la transition durable.
Dévoilée le 20 octobre par HEC Montréal, La Chaise de la transmission est née d’une initiative lancée en 2024 par quatre entreprises familiales québécoises : Les Gicleurs ACME, Groupe AGF, Groupe Canam et Groupe Deschênes. L’œuvre, réalisée à partir de matériaux récupérés sur leurs chantiers, invite à repenser les décisions économiques à l’aune de leurs conséquences sur les générations futures.
Au cœur de la démarche figure le principe autochtone des sept générations, qui encourage à considérer les effets des choix présents sur celles et ceux qui vivront bien après nous. Comment les décisions prises aujourd’hui façonneront-elles le monde dans cinquante ou cent ans ? Quelles pratiques faut-il transformer, et auxquelles faudrait-il renoncer ? Le collectif a fait de ces interrogations le fil conducteur de son projet.
Donner une seconde vie aux matériaux
L’artiste en arts visuels Mia Bureau, établie en Estrie, a conçu et sculpté la chaise à partir de rebuts issus des chantiers des quatre entreprises partenaires. Deux acteurs du secteur textile ont également contribué à sa réalisation : Bioastra a fourni de la biomousse pour le rembourrage, tandis que Mini Tipi a offert des retailles de couvertures aux motifs d’inspiration autochtone pour habiller le coussin.
Cette démarche d’économie circulaire prend une résonance particulière dans le secteur de la construction. Sandra D. Péloquin, vice-présidente à la transformation durable chez Les Gicleurs ACME, souligne que plus de 30 % des matières de l’industrie finissent encore à l’enfouissement, selon les données qu’elle avance. Une situation qui, à ses yeux, appelle une réflexion collective sur les ressources et les pratiques du secteur.
L’initiative a aussi permis de rapprocher des univers qui ne se rencontrent pas toujours. Mélanie Paul, entrepreneure innue et fondatrice de Mocassins et Talons Hauts, y voit une occasion de placer le respect de la Terre-Mère, la réconciliation avec les peuples autochtones et la responsabilité envers les descendants au cœur de la réflexion économique.
Plus de 70 participants autour d’un même symbole
Le 1er octobre, plus de 70 personnes issues des milieux des affaires, universitaire, artistique et autochtone ont participé à un atelier de cocréation destiné à finaliser l’œuvre. Animée notamment par Laurent Simon, professeur titulaire à HEC Montréal, la rencontre visait à dépasser les approches strictement techniques du développement durable pour ouvrir un espace de dialogue entre générations, expertises et sensibilités.
Pour Dominique Anglade, professeure associée à la direction de la transition durable et directrice exécutive de l’École des dirigeantes et dirigeants de HEC Montréal, cette œuvre peut contribuer à donner un visage concret à une transformation qui demeure souvent abstraite.
L’établissement assurera désormais la garde officielle de la chaise et travaillera avec le collectif à la faire circuler dans différents milieux professionnels et universitaires.
Au-delà de sa matérialité, La Chaise de la transmission pose ainsi un défi aux entreprises : intégrer le temps long à leurs décisions, réduire le gaspillage et faire de la responsabilité intergénérationnelle un principe de gouvernance. Reste à savoir jusqu’où ce symbole pourra infléchir les pratiques, dans une économie où les impératifs de croissance et de rentabilité continuent de peser sur les choix quotidiens.



