Alors que la mode internationale rend hommage à l’une des artistes les plus influentes de son époque et à son dialogue singulier avec le monde du luxe, deux détaillants canadiens confirment qu’il existe une stratégie gagnante même dans un contexte commercial difficile. Et à Montréal, la rentrée scolaire s’annonce, une fois de plus, comme le point de départ d’une nouvelle génération de créateurs.
Monde : Yayoi Kusama, l’artiste qui a réinventé le monogramme
La mode internationale continue de souligner l’héritage de l’artiste japonaise Yayoi Kusama, décédée le 14 août dernier à l’âge de 97 ans dans un hôpital de Tokyo, une nouvelle confirmée cette semaine par son musée. Au-delà de son œuvre picturale et sculpturale mondialement reconnue, Kusama restera pour l’industrie de la mode l’artiste ayant transformé, à deux reprises, l’un des monogrammes les plus reconnaissables du luxe : celui de Louis Vuitton. Une première collaboration, en 2012, avait recouvert les sacs Keepall et Speedy de ses célèbres pois sous la direction artistique de Marc Jacobs; une seconde, en 2023, avait considérablement élargi le projet sous Nicolas Ghesquière, jusqu’à inclure pour la première fois une ligne masculine complète.
Ce qui distinguait le travail de Kusama, selon plusieurs observateurs de l’industrie, c’est qu’elle ne se contentait pas de décorer le monogramme historique de la maison : elle le recouvrait entièrement, avant de le laisser resurgir, transformé. Une leçon que d’autres maisons construites sur des codes visuels immuables continuent d’observer avec intérêt : un héritage bien ancré peut parfois se réinventer complètement sans jamais perdre son identité.
Canada : Aritzia et Groupe Dynamite, la preuve qu’il existe une voie de sortie
Du côté canadien, l’analyste du commerce de détail Bruce Winder continue de souligner la performance hors norme d’Aritzia et de Groupe Dynamite, deux détaillants qui parviennent à afficher des croissances de ventes à deux chiffres et une amélioration constante de leurs marges, alors qu’une bonne partie du secteur composait cet été avec la prudence des consommateurs et les soubresauts tarifaires. Selon lui, les deux entreprises doivent leur succès à une combinaison similaire : une clientèle à pouvoir d’achat plus élevé, généralement moins vulnérable aux arbitrages de consommation, une gestion rigoureuse des stocks et une expansion internationale progressive plutôt que précipitée.
Le titre de Groupe Dynamite, propriétaire des bannières Garage et Dynamite fondées à Montréal, demeure d’ailleurs l’un des plus performants parmi les détaillants canadiens cotés depuis son entrée en Bourse de Toronto en novembre 2024. Même si le parcours n’a rien d’une ligne droite, comme en témoigne le recul de 36 % du titre survenu en juin dernier.
L’entreprise fait par ailleurs l’objet d’une action collective déposée récemment, qui vise autant Groupe Dynamite que certains de ses dirigeants et les preneurs fermes ayant participé à une distribution d’actions en avril; il s’agit pour l’instant d’allégations non encore prouvées devant les tribunaux. Pour l’industrie canadienne du vêtement dans son ensemble, la trajectoire de ces deux détaillants continue néanmoins d’offrir un contre-exemple bienvenu : celui d’une stratégie qui, misant sur la fidélité d’une clientèle plus aisée plutôt que sur le volume à tout prix, semble mieux résister aux soubresauts d’une année commerciale particulièrement mouvementée.
Québec et Montréal : la rentrée, nouveau point de départ pour la relève
À Montréal, la fin du mois d’août marque traditionnellement le retour en classe des futurs créateurs de mode d’ici. Les programmes de design de mode du Collège LaSalle et de l’École de mode du Cégep Marie-Victorin, dont les finissants avaient respectivement animé le défilé Icônes et la présentation de l’École de mode du Cégep Marie-Victorin dans le cadre du Festival M.A.D. plus tôt ce mois-ci, accueillent une nouvelle cohorte d’étudiants dans les prochains jours. Une relève qui foulera à son tour, dans quelques années à peine, les podiums des grands rendez-vous montréalais.
Ce cycle annuel, qui a rythmé une bonne partie de l’actualité mode montréalaise cet été — du Festival M.A.D. et de son initiative itinérante Défile ton Montréal, à l’annonce de la prochaine Semaine Mode de Montréal (prévue du 21 au 27 septembre) —, illustre bien ce qui distingue, en fin de compte, l’écosystème mode du Québec : une capacité à continuellement renouveler ses effectifs, indépendamment des soubresauts commerciaux et tarifaires qui, eux, continueront certainement d’occuper l’actualité mode canadienne bien au-delà de cette rentrée.



