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Le dernier jour d’août : une élection partielle, des jeunes absents et le Vermont qui souffre aussi

Ce lundi 31 août, dernier jour d’un mois d’août qui aura été l’un des plus chargés politiquement et économiquement de l’histoire récente du Québec et du Canada, trois réalités convergent qui méritent d’être lues ensemble.

Aujourd’hui, les électeurs de Chicoutimi-Le Fjord votent dans une élection partielle fédérale dont les résultats vont être interprétés comme un premier baromètre de la campagne électorale québécoise. La guerre commerciale avec les États-Unis va placer l’économie au centre de la campagne électorale. Et à Asheville, en Caroline du Nord, le ministre fédéral des Finances François-Philippe Champagne porte un message de prospérité partagée lors de ses rencontres au sommet du G20, pendant que le baril de Brent s’établit autour de 90 dollars américains, un niveau qui complique les calculs budgétaires de toutes les provinces importatrices de pétrole, dont le Québec.

Ce dernier jour d’août est une pause dans la tempête. Une occasion de regarder où nous en sommes et où nous allons.

Chicoutimi-Le Fjord : le premier vote sous la guerre commerciale

Aujourd’hui, les résidents de Chicoutimi-Le Fjord voteront pour la première fois depuis le début de la guerre commerciale américaine dans toute son intensité actuelle. C’est une élection partielle fédérale, pas provinciale. Le résultat n’affectera pas directement la campagne du 5 octobre. Mais dès que les résultats seront connus ce soir, ils seront lus (par tous les états-majors, par tous les analystes, par tous les commentateurs) comme un premier verdict électoral concret dans un contexte de surtaxes en vigueur.

La circonscription est un cas d’école. Saguenay-Lac-Saint-Jean, cœur de l’industrie de l’aluminium québécoise, région directement touchée par les tarifs américains pouvant atteindre 50 % sur l’aluminium, qui n’ont pas bougé malgré les négociations. Le candidat libéral, Daniel Gobeil, est un ancien président des Producteurs de lait du Québec. Une candidature qui permet aux libéraux de mettre de l’avant la défense de la gestion de l’offre dans une région où la fibre agricole et industrielle est également forte.

Ses adversaires (bloquistes, conservateurs, néo-démocrates) feront valoir que les libéraux ont géré la crise commerciale depuis plus d’un an sans protéger les travailleurs de l’aluminium. Que les tarifs sectoriels sont toujours là. Que l’accord intérimaire, quel qu’il soit, n’a pas encore changé la réalité quotidienne des usines de Saguenay.

Ce débat local est le reflet fidèle du débat national. Et le résultat de ce soir, une fois connu, dira quelque chose d’important sur la capacité de Carney à maintenir la confiance dans les régions qui paient directement la facture de sa stratégie commerciale.

Le Vermont qui souffre : la leçon que personne ne veut tirer

Les effets des contre-tarifs au Vermont. C’est le sujet d’un reportage de Radio-Canada publié vendredi dernier qui mérite une attention bien supérieure à celle qu’il a reçue dans le brouhaha de la campagne. Radio-Canada

Le Vermont est un petit État américain, frontalier du Québec, dont l’économie est étroitement intégrée à celle de sa voisine du nord. Acériculteurs, producteurs laitiers, industriels, transporteurs : les liens économiques entre le Vermont et le Québec sont anciens et profonds. Et selon ce reportage, quand le Canada a annoncé ses contre-tarifs, le Vermont a commencé à sentir les effets directs de la guerre commerciale sur son propre tissu économique.

Ce reportage illustre quelque chose d’essentiel que la rhétorique de la guerre commerciale tend à masquer : les tarifs font des victimes des deux côtés de la frontière. Il n’y a pas de camp qui gagne proprement dans une guerre commerciale. Il y a deux camps qui perdent, à des rythmes différents et dans des proportions différentes, jusqu’à ce que la douleur mutuelle devienne suffisante pour forcer un accord.

Le Vermont est l’illustration la plus concrète de ce principe. Et son exemple devrait, à notre avis, être au cœur de la communication canadienne à Washington. Pas pour apitoyer les Américains, mais pour rappeler aux élus des États frontaliers que leurs propres électeurs subissent aussi les contrecoups des tarifs qu’ils ont soutenus ou n’ont pas combattus.

François-Philippe Champagne est au G20 aujourd’hui avec un message de prospérité partagée. Ce message gagnerait, selon nous, à inclure les données sur le Vermont. La prospérité partagée n’est pas qu’un slogan. C’est la démonstration que la guerre commerciale détruit de la valeur des deux côtés et qu’un accord restaurerait de la prospérité des deux côtés.

C’est un argument économique rationnel. Dans le contexte politique américain actuel, les arguments économiques rationnels ne gagnent pas toujours. Mais ils méritent d’être formulés clairement et répétés.

Comment intéresser les jeunes aux élections : la question qui dépasse le marketing politique

Élections Québec 2026 : comment intéresser les jeunes? C’est le titre d’un reportage de Radio-Canada diffusé hier. Et c’est une question qui mérite mieux que les réponses habituelles sur TikTok, les influenceurs politiques et les débats sur Twitch.

Les jeunes québécois (disons les 18-30 ans) ont grandi dans un contexte où les institutions politiques ont souvent semblé déconnectées des réalités qui les touchent directement. Le logement qu’ils ne peuvent pas se payer. Les emplois précaires. Le coût de leurs études. La crise climatique. Et maintenant, une guerre commerciale dont ils hériteront les conséquences à long terme : la dette publique, la restructuration industrielle, les emplois qui ne reviendront peut-être pas dans les secteurs exposés aux tarifs.

À notre lecture, le problème n’est pas que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique, mais plutôt qu’ils perçoivent les institutions partisanes et les processus électoraux traditionnels comme des instruments mal adaptés pour répondre à ces enjeux. Une interprétation que partagent plusieurs observateurs de la mobilisation politique des jeunes, sans qu’il existe un consensus scientifique unique sur la question.

Ce fossé n’est pas seulement un problème de communication. C’est, selon nous, un problème de substance : les jeunes s’engagent davantage quand les enjeux les touchent directement et quand ils perçoivent que leur participation peut changer quelque chose. La campagne électorale qui saura leur parler de logement, de coût de la vie, d’emplois dans une économie en transition et de transition écologique, avec des propositions concrètes et finançables, pas des slogans — est celle qui aura le plus de chances de les mobiliser.

Les attentes syndicales et patronales sont déjà bien documentées dans cette campagne. Les attentes des jeunes, elles, sont encore trop souvent réduites à des enjeux de communication plutôt qu’à des enjeux de gouvernance. C’est un risque que les partis prennent à leurs propres frais. Radio-Canada

Le G20 et la prospérité partagée : le Québec absent du tableau

M. Champagne porte un message de prospérité partagée lors de ses rencontres au sommet du G20. Les Affaires

Cette information (confirmée notamment par Les Affaires et le ministère des Finances du Canada) mérite qu’on s’y attarde, parce qu’elle dit quelque chose sur la façon dont le Canada se positionne à l’international pendant la campagne électorale québécoise.

Le G20, réuni cette semaine à Asheville, en Caroline du Nord, est l’occasion pour le Canada de plaider, devant les autres grandes économies mondiales, pour un ordre commercial multilatéral fondé sur des règles, en opposition directe à la politique tarifaire unilatérale de l’administration Trump. C’est une posture diplomatique cohérente et légitime.

Mais pendant que Champagne porte ce message, les entreprises québécoises et ontariennes doivent composer avec de nouvelles surtaxes pouvant atteindre 50 % sur une large gamme de produits. La diplomatie multilatérale et le soulagement économique immédiat ne se déroulent pas sur le même calendrier. Les Québécois qui voteront le 5 octobre ne voient pas les discours du G20. Ils voient leurs factures.

Il y a une déconnexion entre la politique étrangère canadienne, qui vise à construire des coalitions de moyen terme, et les besoins économiques immédiats des régions touchées par les tarifs. Cette déconnexion n’est pas nouvelle. Elle est structurelle dans toute démocratie qui doit simultanément gérer ses intérêts à long terme et ses impératifs à court terme.

Mais elle est particulièrement visible en ce moment, parce que la campagne électorale québécoise place cette tension au cœur du débat public. Et parce que les Québécois, en votant le 5 octobre, diront implicitement quelque chose sur leurs préférences entre ces deux horizons temporels.

Élections partielles partout : le Canada en mode permanent d’évaluation

Ce qui est frappant dans le paysage politique canadien de ce 31 août, c’est le nombre de processus électoraux simultanément en cours. Trois élections partielles fédérales aujourd’hui. A Chicoutimi-Le Fjord, mais aussi dans Beaches–East York en Ontario et dans North Vancouver–Capilano en Colombie-Britannique. Une campagne électorale provinciale en cours au Québec. Des élections américaines de mi-mandat en novembre qui vont redéfinir les conditions des négociations commerciales. Et en arrière-plan, une dynamique politique dans plusieurs provinces qui reflète des tensions entre leurs intérêts régionaux et les politiques fédérales.

Cette multiplicité d’échéances électorales n’est pas une anomalie, c’est la nature de la démocratie fédérale canadienne, dans laquelle les électeurs sont appelés régulièrement à rendre des verdicts à différents niveaux de gouvernement. Mais elle crée une complexité politique que les gouvernements ont du mal à gérer : comment maintenir une stratégie cohérente face à Washington quand chaque élection provinciale peut modifier les équilibres politiques internes?

C’est ce défi (pas seulement pour Carney, mais pour l’ensemble de la fédération canadienne) que les résultats de ce soir à Chicoutimi-Le Fjord vont commencer à éclairer. Pas définitivement. Pas de façon concluante. Mais comme un premier signal, dans une circonscription symbolique, sur ce que les Canadiens pensent de la façon dont leur gouvernement fédéral a géré plus d’un an de tensions commerciales dans l’une des régions les plus directement touchées.

Ce que ce dernier jour d’août nous dit sur les trente-cinq jours à venir

Demain, c’est la rentrée de septembre. Les enfants retournent à l’école. Les bureaux reprennent leur rythme. La campagne électorale québécoise entre dans sa phase la plus intense. Celle des débats structurés, des plateformes complètes, des sondages qui se multiplient et des décisions qui se cristallisent.

Trente-cinq jours. C’est peu et c’est beaucoup. Peu, parce que les décisions de fond, celles sur la vision économique, le financement des services publics, la relation avec Ottawa, la gestion de la dépendance commerciale envers les États-Unis, exigent un dialogue sérieux que les contraintes de la campagne tendent à superficialiser. Beaucoup, parce qu’en démocratie, trente-cinq jours de campagne intensive peuvent transformer des intentions de vote et faire émerger des enjeux que les sondages d’avant-campagne n’avaient pas capturés.

Ce dernier jour d’août nous dit ceci : la guerre commerciale est le contexte dans lequel cette campagne va se dérouler. Mais elle ne doit pas en être l’unique sujet. Le Vermont souffre. Les jeunes s’interrogent. Chicoutimi-Le Fjord vote. Le G20 se réunit. Et le Québec, dans tout ça, cherche un gouvernement qui comprend que gouverner, c’est tenir compte de toutes ces réalités simultanément. Pas seulement de celles qui font les manchettes.

Bonne rentrée.

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