Le 12 septembre, Dario Amodei, patron d’Anthropic, publiait un essai intitulé « We Must Pace the Frontier », où il appelait l’industrie à coordonner le ralentissement des modèles les plus avancés. Sam Altman (OpenAI), Elon Musk et Demis Hassabis (Google DeepMind) lui ont publiquement donné raison le jour même. Six jours plus tard, le débat a pris un tour inattendu : il s’est retrouvé devant un tribunal.
Le vendredi 18 septembre, quatre abonnés payants de ChatGPT, Claude, Grok et Gemini ont déposé une plainte antitrust devant la cour fédérale du district nord de la Californie (Buist v. Anthropic PBC, n° 3:26-cv-10693). Elle vise Anthropic, OpenAI, Google et SpaceXAI, l’entité par laquelle Elon Musk contrôle Grok, selon la plainte. Les plaignants soutiennent que les dirigeants ont conclu, entre concurrents, un accord contraire à la section 1 du Sherman Act. Selon eux, les réactions sont intervenues dans l’heure suivant la publication de l’essai et s’inscrivaient dans une concertation plus ancienne, marquée notamment par la formation d’un groupe de travail dès juillet.
Ce n’est pas le ralentissement en soi qui est contesté. Les plaignants disent ne pas s’opposer à ce qu’une entreprise freine sa course de sa propre initiative, ni à ce qu’elle plaide auprès du Congrès pour obtenir des règles ou une exemption. Ils dénoncent le « raccourci » d’une retenue collective substituée à la responsabilité individuelle. Le droit de la concurrence, plaident-ils, ne permet pas à des rivaux de décider entre eux que la compétition est devenue trop dangereuse.
Le préjudice invoqué tient au produit lui-même : selon la plainte, une amélioration plus lente équivaut à un service de moindre qualité vendu au même prix. Les quatre groupes détiendraient environ 80 % du marché des abonnements payants. La question de l’exemption est d’ailleurs au cœur du dossier. L’essai d’Amodei reconnaissait lui-même qu’une telle coordination supposait une médiation gouvernementale ou une exemption antitrust. Or, répond la plainte, aucune exemption n’existe.
Les plaignants demandent que l’affaire soit reconnue comme un recours collectif national, au nom des résidents américains abonnés depuis le 12 septembre. Ils réclament des dommages triplés, une injonction contre toute concertation future sur le rythme de développement et un procès devant jury.
Il convient toutefois de rester prudent : il ne s’agit, à ce stade, que d’allégations. Aucune des entreprises n’avait répondu aux premières demandes de commentaire, et aucun tribunal ne s’est prononcé sur l’existence d’une entente.
Pourquoi cela vous concerne. Cette poursuite déplace le débat. La question n’est plus seulement de savoir si l’IA avance trop vite, mais si des concurrents peuvent légalement décider, ensemble, de ralentir. Elle rappelle qu’une initiative publique, même inspirée par la prudence, peut être lue autrement par un juge.
J’ai laissé de côté deux éléments non confirmés : le statut d’avocats de certains plaignants, rapporté par une seule source, et l’équivalence entre SpaceXAI et xAI. Je peux aussi mettre ce texte dans un fichier si vous le souhaitez.



