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Mode : l’archive comme terrain de jeu, d’un sac Dior à Verdun

Cet été, la mode semble avoir pris goût à regarder en arrière pour mieux avancer. Chez Dior, on ressuscite un souvenir de 1952. Chez Roots, on met de l’avant une tradition de fabrication canadienne vieille de plus de 50 ans. Et à Montréal, une poignée de créatrices continuent de faire d’un vieux manteau de fourrure ou d’un tissu recyclé une pièce toute neuve. Le fil du jour : l’archive et le réemploi, transformés en matière première.

Monde : le sac Cigale de Dior ravive un souvenir de 1952

Jonathan Anderson poursuit son chapitre maroquinerie chez Dior avec le dévoilement du sac Cigale, présenté dans le cadre de la collection printemps-été 2026 de la maison. La pièce s’inspire directement de La Cigale, une robe emblématique créée par Christian Dior lui-même pour la collection automne-hiver 1952 — une référence directe aux archives de la maison, dans la continuité du travail qu’Anderson a amorcé depuis son arrivée à la tête du studio féminin.

Ce geste s’inscrit dans une saison où plusieurs maisons patrimoniales choisissent de revisiter leurs propres archives à travers un regard contemporain, une tendance que plusieurs observateurs de l’industrie associent à une volonté de raconter une histoire de continuité, à un moment où le secteur du luxe cherche à reconquérir la confiance d’une clientèle plus prudente. Du côté des accessoires, Jimmy Choo a de son côté dévoilé sa collection Été 2026, « Natural Reflection », sous la direction de Sandra Choi — une proposition évoquant l’insouciance estivale à travers des matières comme le raphia tissé à la main et la résine imitant des pierres brutes.

Canada : Roots remet de l’avant son étiquette « Made in Canada »

Du côté canadien, c’est la marque torontoise Roots qui a dévoilé ses collections estivales 2026, articulées notamment autour d’une ligne baptisée sans détour « Made In Canada », aux côtés de propositions inspirées du sport et de la vie en plein air. L’entreprise, fondée en 1973 par Michael Budman et Don Green, mise sur cette identité canadienne assumée — et sur une tradition de fabrication au pays vieille de plus de 50 ans — jusque dans ses nouveaux accessoires de cuir fabriqués à la Toronto Leather Factory, pour se distinguer dans un marché du vêtement décontracté de plus en plus compétitif.

Cette stratégie de positionnement, déjà bien ancrée dans l’ADN de la marque, prend un relief particulier dans le climat commercial actuel : l’industrie canadienne du vêtement s’inquiète des retombées des tarifs américains de 50 % qui doivent entrer en vigueur le 19 août, à défaut d’un accord entre Ottawa et Washington. Dans ce contexte, l’étiquette « fabriqué au Canada » cesse peu à peu d’être un simple argument patrimonial pour devenir, pour plusieurs marques d’ici, un véritable argument de vente.

Québec et Montréal : réemploi et production locale, du Mile End à Verdun

Loin des grands groupes, c’est dans les rues de Montréal que se concentre une bonne partie de l’écosystème créatif indépendant de la mode responsable. La maison Harricana, fondée en 1993, donne depuis plus de trente ans une seconde vie à de vieilles fourrures et à des pièces de soie ou de cachemire, transformées en manteaux et en écharpes selon des méthodes de production entièrement éthiques. Installée aujourd’hui sur la rue Wellington, à Verdun, elle incarne une forme de mode circulaire qui précède de plusieurs décennies l’engouement actuel pour le recyclage textile.

Le Mile End, pour sa part, abrite la boutique Jennifer Glasgow, spécialisée dans le vêtement féminin écologique conçu et cousu par des artisanes montréalaises. La griffe MAS Montréal, quant à elle, revendique une approche de mode inclusive qui défend la diversité, l’amour de soi et une relation plus apaisée au corps, avec des pièces entièrement fabriquées dans la métropole. Plusieurs de ces créatrices continuent également de rayonner au-delà de leur point de vente : le travail du designer Denis Gagnon, connu pour son mélange de cuir « couture » et de satin plissé, est aujourd’hui distribué jusque dans les rayons de la Maison Simons. Ensemble, ces adresses dessinent une facette de la mode québécoise plus discrète que les podiums du Festival M.A.D., mais tout aussi déterminante pour comprendre ce qui distingue, aujourd’hui, le « fabriqué à Montréal ».

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