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Au Biodôme, des créateurs montréalais font de la fabrication locale un manifeste

C’est dans un lieu pour le moins inattendu pour un défilé de mode que l’Association des créatrices et créateurs de mode indépendants (ACMI) présente son grand rendez-vous de la Semaine Mode de Montréal : le Biodôme, cet ancien vélodrome olympique devenu musée vivant consacré aux écosystèmes des Amériques. Le défilé, intitulé L’Art de créer, réunit plusieurs des noms les plus établis de la mode indépendante montréalaise, dont Eve Gravel, Marigold, MAS Montréal et Melow.

Le choix du lieu n’a rien d’un hasard scénographique. En installant son podium au cœur d’un espace dédié à la biodiversité et aux écosystèmes naturels, l’ACMI cherche à faire résonner visuellement l’argument central de l’événement : celui d’une mode pensée comme un écosystème à part entière, où chaque pièce, façonnée localement plutôt qu’importée, participe à la santé d’un tissu économique et créatif tout aussi fragile, à sa façon, que les milieux naturels reconstitués sous le dôme du bâtiment.

Ce message de fabrication locale, au cœur de la mission même de l’ACMI depuis sa fondation, prend un relief particulier cette année. L’association regroupe des créatrices et créateurs qui, contrairement à une bonne partie de l’industrie du vêtement, ont fait le choix de concevoir et de produire leurs collections directement au Québec, souvent en petites séries et dans des ateliers de quartier plutôt que dans de vastes usines délocalisées. Eve Gravel, dont la griffe éponyme s’est bâtie depuis plus de vingt-cinq ans autour d’un atelier montréalais, incarne bien cette approche artisanale; Marigold, ancrée dans le quartier Verdun, mise pour sa part sur une production entièrement québécoise de pièces intemporelles; MAS Montréal, de son côté, conçoit des collections inclusives fabriquées dans la métropole, pensées pour une diversité de silhouettes.

Ce type de modèle d’affaires, longtemps perçu comme un choix davantage éthique qu’économiquement avantageux face à la concurrence des importations à bas coût, se retrouve aujourd’hui dans une position pour le moins singulière. Alors que l’industrie canadienne du vêtement continue de composer avec les soubresauts d’un conflit commercial qui est passé, en quelques semaines à peine, des tarifs douaniers aux interdictions pures d’importation, la fabrication locale que défendent depuis toujours les membres de l’ACMI cesse d’apparaître comme une simple posture identitaire pour devenir un véritable rempart contre l’incertitude qui continue de peser sur les chaînes d’approvisionnement transfrontalières.

Le défilé d’aujourd’hui s’inscrit dans une semaine où ce type de message se répète, sous des formes variées, d’un événement à l’autre de la Semaine Mode de Montréal — un rappel que, pour ces créatrices et créateurs, choisir de fabriquer ici n’a jamais été qu’une question de principe : c’est, de plus en plus, une question de résilience.

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