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Réconciliation autochtone : de beaux discours, mais un dossier politiquement rétrogradé

Montréal a commémoré en grande pompe le 325e anniversaire de la Grande Paix. Mais sous l’administration Martinez Ferrada, le dossier de la réconciliation a perdu ce qu’il avait de plus concret sous l’administration précédente : un porteur politique dédié.

Le 4 août, la Ville de Montréal a souligné le 325e anniversaire du traité de la Grande Paix de Montréal de 1701 par une commémoration au musée Pointe-à-Callière et une programmation culturelle au pavillon du Lac-aux-Castors, sur le mont Royal. L’administration Martinez Ferrada en a profité pour réaffirmer publiquement son engagement à poursuivre le travail de réconciliation avec les peuples autochtones, dans un esprit de partenariat durable. C’est le genre de symbole qu’une métropole doit savoir honorer, et le geste est légitime en soi.

Mais un reportage de Radio-Canada, publié en décembre dernier, avait déjà révélé ce que cette réaffirmation verbale peine à masquer.

Sous l’administration précédente, c’était la mairesse Valérie Plante elle-même qui portait personnellement le dossier de la réconciliation avec les peuples autochtones, appuyée par une conseillère associée, Alia Hassan-Cournol, spécifiquement déléguée à ce mandat. Même si celle-ci cumulait par ailleurs d’autres responsabilités substantielles au comité exécutif au fil du temps, dont le développement économique ou la lutte contre le racisme et les discriminations systémiques. L’ex-cheffe de l’opposition officielle, Ericka Alneus, avait résumé le sens politique de ce choix avec justesse : confier ce dossier directement à la mairesse envoyait le signal qu’il s’agissait d’un sujet à prendre au sérieux au plus haut niveau décisionnel de la Ville.

Sous l’administration Martinez Ferrada, ce portage politique a changé de nature. Le dossier des relations avec les Autochtones a été confié à un conseiller de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Josué Corvil, qui cumule cette responsabilité avec celles, déjà substantielles, de la culture, de la diversité, de l’inclusion et du vivre-ensemble. La directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset, ne s’est pas laissé convaincre par cet arrangement, le décrivant comme un ajout de dernière minute qui semble surtout viser à faire taire les critiques plutôt qu’à garantir une action réelle.

Un portefeuille partagé entre cinq responsabilités n’a pas le même poids qu’un portefeuille porté par la mairesse elle-même.

Ce n’est pas une question de bonne volonté individuelle de la part du conseiller Corvil, dont rien n’indique qu’il manque de sérieux dans ce dossier. C’est une question de signal politique et de capacité réelle d’arbitrage : un élu responsable simultanément de la culture, de la diversité, de l’inclusion, du vivre-ensemble et des relations avec les peuples autochtones dispose nécessairement de moins de bande passante politique pour ce dossier précis qu’une mairesse qui en faisait, il y a un an à peine, sa responsabilité personnelle et directe.

Il y a tout de même un progrès concret à reconnaître, et il mérite d’être nommé.

En mars, l’administration a lancé son tout premier appel à projets destiné exclusivement aux organismes autochtones ou œuvrant majoritairement auprès des populations autochtones. En juin, elle en a annoncé les résultats : une enveloppe de 100 000 $ pour soutenir sept organismes dans la réalisation d’événements publics. C’est une première, et c’est le genre de geste structurant (même modeste) qui a plus de valeur concrète qu’une commémoration protocolaire. La Ville a également précisé vouloir mieux adapter ses programmes municipaux aux réalités autochtones en matière d’itinérance, d’habitation et de soutien communautaire. Des engagements vérifiables, que ce journal suivra dans les mois à venir.

Ce que la population autochtone de Montréal est en droit d’attendre, au-delà des commémorations.

Une commémoration du 325e anniversaire de la Grande Paix, aussi solennelle soit-elle, ne remplace pas la question structurelle que pose Nakuset : qui, concrètement, au sein de l’administration Martinez Ferrada, porte ce dossier avec suffisamment de poids politique pour agir, et non seulement pour représenter? Avant la prochaine date symbolique du calendrier. La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le 30 septembre. L’administration devrait clarifier si elle compte donner à ce dossier une gouvernance à la hauteur des mots qu’elle emploie pour le décrire.

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