Le débat qu’on suit depuis l’été — Amodei qui réclamait un ralentissement, Trump qui rejetait l’idée, le Conseil de sécurité de l’ONU qui s’en inquiétait publiquement — vient de recevoir une réponse officielle de la Maison-Blanche, et elle penche clairement d’un seul côté.
Dimanche, Donald Trump a officiellement nommé Jay Clayton, l’actuel chef du renseignement américain, à la tête d’un nouveau groupe de travail sur l’intelligence artificielle, rebaptisée « Super Intelligence » par décret présidentiel fin septembre. Clayton cumulera cette fonction avec son poste de directeur du renseignement national, qu’il occupe depuis à peine plus de deux mois. Le nom donné à cette nouvelle unité de la Maison-Blanche est tout aussi révélateur de l’intention : la « Super Intelligence Force ».
Le choix de confier ce dossier précisément à un responsable du renseignement, plutôt qu’à un régulateur économique ou technologique, n’est pas un détail anodin. Selon Connor Martin, analyste au Council on Foreign Relations, ce choix montre que l’administration voit avant tout l’IA à travers le prisme de la sécurité nationale, et plus précisément comme un outil dans la compétition avec la Chine. Sa conclusion est sans ambiguïté : pour l’instant, le gouvernement américain ne souhaite ni loi ni décret instaurant une régulation significative de l’IA.
Pourquoi ça vous concerne : cette nomination tranche, au moins temporairement, le débat qu’on a vu s’intensifier tout l’été entre les grandes entreprises d’IA elles-mêmes — celles qui réclamaient plus de prudence, et celles qui plaidaient pour continuer d’avancer à pleine vitesse. En plaçant ce dossier sous l’angle de la rivalité avec la Chine plutôt que sous celui de l’encadrement, Washington signale que la course, pour l’instant, continue — avec toutes les questions de sécurité et de contrôle qu’on a vues ressurgir, semaine après semaine, dans cette chronique.



