À l’approche de son 60e anniversaire, le métro de Montréal fait l’objet d’un plan de sécurité qui répond à des besoins réels. La répartition des sommes raconte pourtant une autre histoire que celle du discours.
Mardi, à la station Place-des-Arts, la mairesse Soraya Martinez Ferrada, la STM et le SPVM ont présenté six mesures pour renforcer la sécurité et la cohabitation dans le réseau avant l’hiver. La Ville ajoutera 52 constables spéciaux d’ici la fin de 2027, ce qui portera leur nombre à 230, et le SPVM déploiera 12 policiers supplémentaires en attendant. La STM investira 3 millions de dollars pour moderniser la surveillance de ses quelque 2 500 caméras. Le nombre de brigades de l’Équipe métro d’intervention et de concertation (ÉMIC) passera de deux à six, surtout en soirée et pendant l’hiver. Un partenariat avec Ambulance Saint-Jean amènera des intervenants sociaux dans les stations, et la fréquence du service augmentera de 5 % à la rentrée de 2027. Une nouvelle direction Sûreté et résilience organisationnelle, confiée à Martin Prud’homme, complète le plan.
L’approche mixte mérite d’être saluée.
Un réseau où des personnes en situation d’itinérance cherchent refuge l’hiver ne se gère pas uniquement par la répression. Présenter des intervenants sociaux à côté des constables est un virage cohérent avec ce que réclament depuis longtemps les organismes de terrain. Selon la STM, les personnes en situation d’itinérance sont impliquées dans 60 % des interruptions de service du métro, ce qui montre l’ampleur de la question à traiter.
Les montants, eux, penchent nettement d’un côté.
La Ville investira 6,4 millions de dollars par année pour les constables spéciaux, alors que l’augmentation des intervenants sociaux est financée à hauteur d’un million par année. L’écart dépasse six contre un. La comparaison n’est pas parfaite : les constables forment une masse salariale permanente, et les équipes de l’ÉMIC comptent déjà un travailleur social. Elle indique pourtant que le volet coercitif reste le cœur du plan, et que l’accompagnement social, doté d’une enveloppe beaucoup plus modeste, devra démontrer le plus vite son efficacité avec le moins de moyens. Le partenariat avec Ambulance Saint-Jean prévoit deux équipes de trois personnes, sept jours sur sept, durant l’hiver, mais une seule le reste de l’année.
Trois points invitent à la prudence.
Le plan prévoit plus d’écrans au centre de contrôle pour surveiller les 2 500 caméras. Encore faut-il savoir combien de caméras sont supervisées en temps réel aujourd’hui, et combien le seront après les travaux. Le plan ne le précise pas, ni le nombre de personnes qui seront affectées à les regarder. L’élargissement des brigades de l’ÉMIC doit aussi être précisé quant à sa couverture dans le temps, notamment hors de la période hivernale. Enfin, l’amélioration de la fréquence, qui coûtera 8 millions de dollars par année, n’arrivera que dans près d’un an.
Ce plan s’inscrit dans un contexte plus large que la sécurité.
Selon les données de la STM, 35 des 68 stations du métro sont en mauvais ou en très mauvais état, et son déficit d’investissement atteint environ 7 milliards de dollars. Un usager qui se sent en sécurité mais qui subit des fermetures prolongées, comme celle de l’entrée principale de la station Fabre pendant environ dix-huit mois, ne jugera pas le service seulement à la présence de constables sur les quais. Le sentiment de sécurité dépend aussi de la fiabilité et de la propreté du réseau.
Ce que la Ville et la STM devraient publier dans les prochains mois.
Il leur faut des indicateurs précis plutôt que des impressions : le nombre d’incidents signalés avant et après le déploiement des mesures, le nombre de personnes réellement dirigées vers des ressources par les intervenants sociaux, et la proportion de caméras effectivement surveillées en temps réel d’ici la fin de l’hiver. Une politique de sécurité dont on ne mesure pas les résultats ne se distingue pas d’un simple effet d’annonce. Le métro mérite mieux pour ses soixante ans.



