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Demain, une nouvelle grève à la Ville de Montréal, et la même question sur sa méthode de négociation

Les quelque 3100 professionnels de la Ville de Montréal entament demain une grève en soirée, la nuit et durant les fins de semaine. Ce conflit ressemble beaucoup à ceux que ce journal a suivis depuis septembre, et il pose la même question sur la façon dont l’administration mène ses négociations.

Le Syndicat des professionnelles et professionnels municipaux de Montréal, indépendant des grandes centrales, a déposé un avis de grève entrant en vigueur lundi 19 octobre. Il visera les jours de semaine de 17 h à 8 h, ainsi que les fins de semaine complètes. La présidente, Anne Dorais, affirme que les services essentiels seront assurés conformément à la loi. Le mandat de grève illimitée avait été adopté à 90,61 % le 23 septembre. Ces employés travaillent notamment dans les bibliothèques, les technologies de l’information, la gestion de l’eau, la culture, l’environnement et les finances. Ils sont sans convention collective depuis le 1er janvier 2024, soit depuis deux ans et neuf mois.

Le choix des horaires visés n’a rien d’accidentel.

Mme Dorais l’a baptisée la grève du grand dérangement. Elle compte sur les bibliothèques, les services culturels et les services informatiques, où le travail déborde régulièrement des heures normales, pour que la Ville ressente l’absence de ces employés. Elle a aussi rappelé que le processus budgétaire est très intense à l’automne et exige souvent des soirées de travail. La stratégie est habile : elle limite les inconvénients pour la population tout en pesant sur l’administration au moment de la préparation du budget de 2027.

Cette grève s’ajoute à une série de négociations qui semblent progresser surtout sous la pression.

Les professionnels avaient déjà débrayé pendant 24 heures le 30 mars, et les cols bleus de la Ville ont fait grève le 4 février, puis du 15 au 18 avril. Début septembre, une entente de principe est intervenue avec les pompiers, environ deux ans et huit mois après l’échéance de leur convention. Les membres doivent encore se prononcer. Les cols bleus, de leur côté, ont conclu une entente de principe le 21 septembre, alors qu’une grève de six jours devait débuter le lendemain, en pleine tenue des Championnats du monde de cyclisme. Ce journal avait alors souligné que la Ville semblait attendre un ultimatum à haute visibilité avant de négocier sérieusement. Avec les professionnels, la même dynamique se reproduit, cette fois sans l’effet de levier d’un grand événement, mais avec une échéance budgétaire qui joue un rôle semblable.

Le litige porte sur un enjeu que tous les contribuables comprennent.

Selon le syndicat, il s’agit notamment du maintien du pouvoir d’achat de ses membres. La présidente refuse toute négociation qui se traduirait par un recul des conditions de travail. À ce jour, ce journal n’a trouvé aucun exposé public détaillé des offres de la Ville, et le contenu des ententes de principe demeure confidentiel jusqu’aux votes. Le public ne sait donc pas si l’écart est mince ou considérable, ni ce que coûterait un règlement.

Ce silence s’accompagne d’un autre, financier celui-là.

L’arrondissement de Ville-Marie a annoncé une hausse de 10 % de sa taxe locale dans son budget de 2027. Cette taxe ne représente qu’une partie du compte de taxes, mais elle s’ajoute à la hausse que la Ville dévoilera dans son propre budget. Les contribuables ont donc le droit de savoir quelle provision ce budget réserve aux règlements de conventions collectives. La Ville négocie avec les professionnels et avec les cols blancs, qui étaient toujours en négociation au début de septembre. La convention des policiers arrive aussi à échéance en décembre. Le coût de ces ententes pèsera sur les finances de la Ville et, selon les arbitrages budgétaires, sur le compte de taxes.

Ce que l’administration devrait faire dès cette semaine.

Elle devrait expliquer publiquement, sans trahir ses positions de négociation, ce qui sépare les parties et dans quelle mesure le cadre budgétaire qu’elle invoque limite sa marge de manœuvre. Elle devrait aussi détailler la provision prévue pour les règlements dans le prochain budget. Une grève qui cible les soirs et les fins de semaine passera peut-être inaperçue pour bien des Montréalais, mais elle rappelle que la Ville règle ses conflits de travail au dernier moment, et que ce rythme coûte cher en confiance, en services et, tôt ou tard, en dollars.

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