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Vieux-Montréal, un projet de piétonnisation mis de côté sans que son remplaçant existe

Pour 485 000 dollars, l’administration vient de retirer au Vieux-Montréal une partie de son avenir piéton pour l’orienter vers l’hippodrome. La somme est modeste. La manière de procéder, moins.

Mercredi 14 octobre, le comité exécutif de la Ville a entériné le retrait de 485 000 dollars du budget prévu pour la reconfiguration des rues du Vieux-Montréal. L’argent servira à financer des études sur le prolongement de la rue Jean-Louis-Lévesque, à l’est de l’ancien hippodrome, jusqu’à la rue Paré. Un nouveau projet pour le Vieux-Montréal sera élaboré ultérieurement, sans qu’aucun échéancier ait été communiqué.

Une révision défendable.

Le président du comité exécutif, Claude Pinard, soutient que les plans de l’ancienne administration ne répondaient pas aux besoins des résidents et promet une mise à jour fondée sur les meilleures pratiques. Le dossier était déjà fragile, puisque les reconfigurations du « royaume des piétons » de Valérie Plante n’avaient jamais été réalisées. La Presse rapportait en juillet que la Ville remettait ce projet en question.

Les commerçants du quartier n’étaient pas unanimes. Un sondage mené en juin 2023 par la Société de développement du Vieux-Montréal auprès de 141 entrepreneurs, commerçants et gestionnaires de bureaux, montrait que 70 % s’opposaient à la piétonnisation de leur propre rue, et 55 % à celle d’autres secteurs du quartier. Ce sondage reposait sur une participation volontaire. Il ne permet donc pas de conclure que ces proportions valent pour l’ensemble des entreprises du Vieux-Montréal. Il montre néanmoins des inquiétudes réelles, surtout sur l’accessibilité et la logistique des livraisons. Remettre le dossier sur la table pour mieux consulter est défendable.

Un site qui mérite de l’attention.

Le site de l’ancien hippodrome pourrait accueillir jusqu’à quelque 20 000 logements selon la cible de la Ville. L’accessibilité du secteur y est un enjeu documenté. Financer une étude routière va dans le sens d’un développement qui doit être desservi, en pleine crise du logement.

C’est la façon de faire qui pose problème.

Christopher McCray, seul élu de Projet Montréal dans Ville-Marie, dénonce la décision. Il l’a résumée par la formule « déshabiller Pierre pour habiller Paul ». Une somme prévue pour un projet est déplacée vers un autre par un transfert du comité exécutif, sans échéancier de remplacement. Commerçants et résidents, favorables ou non à la piétonnisation, se retrouvent sans plan précis ni date. Un comité consultatif existait déjà en juillet, mais aucune consultation propre au nouveau projet n’a été annoncée.

Un mouvement plus large.

Le 6 août, l’administration a annoncé des ajustements au projet de la rue Sainte-Catherine Est. Elle prévoit toujours une rue réservée aux piétons sur un kilomètre, entre Berri et Papineau. Mais l’aménagement sera flexible, de façon à pouvoir en faire une rue partagée au besoin. Les travaux, prévus à l’automne 2027, s’échelonneront jusqu’en 2030. Le plan précédent prévoyait une piétonnisation à l’année. Prises une à une, ces décisions s’expliquent par la prudence commerciale. Prises ensemble, elles laissent entendre que l’administration recule sur la piétonnisation du centre sans avoir exposé sa propre vision de l’espace public.

Ce que la Ville devrait annoncer maintenant.

Elle doit fixer un échéancier précis pour le nouveau projet du Vieux-Montréal et engager une vraie consultation des résidents, des commerçants et de leurs associations avant d’y consacrer d’autres fonds. Elle doit aussi publier les paramètres de l’étude sur la rue Jean-Louis-Lévesque, avec un calendrier et un coût total. Un plan qu’on retire pour en préparer un autre devrait se mesurer à ce que le suivant apportera, pas seulement à ce qu’on enlève au précédent.

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