Le parcours improbable d’Andre De Grasse, l’homme qui a fait sourire Usain Bolt en pleine course olympique
Andre De Grasse ne devait jamais se retrouver sur une piste de course. Basketteur au secondaire, sans aucun entraînement formel en athlétisme, il s’est présenté par hasard à une compétition universitaire en 2012, en shorts de basketball trop grands, avec des souliers à crampons empruntés, sans même savoir comment se placer dans les blocs de départ. Il a terminé deuxième au 100 mètres. Voici comment ce départ improvisé a mené à sept médailles olympiques.
Le basketball, c’était son premier amour, pas la course
Né le 10 novembre 1994 à Scarborough, en Ontario, et élevé à Markham, Andre a grandi en s’adonnant surtout au basketball, allant jusqu’à affronter, au secondaire, un certain Andrew Wiggins, futur joueur de la NBA. Ce n’est que lorsque son école n’a plus offert d’équipe de basketball qu’il s’est tourné, presque par défaut, vers la course.
Sa toute première course officielle, il l’a courue en position debout, sans utiliser les blocs de départ
Lors du Championnat de la région de York, sa toute première course de piste, Andre porte des shorts de basketball et des souliers à crampons empruntés. Ignorant les blocs de départ, il démarre debout. Malgré cette inexpérience évidente, il termine deuxième au 100 m en 10,91 secondes, troisième au 200 m, et septième au saut en longueur.
La course, c’est une histoire de famille venue des Caraïbes
Sa mère, Beverley De Grasse, originaire de Trinité-et-Tobago, était elle-même une sprinteuse au niveau secondaire dans son pays natal avant d’immigrer au Canada à 26 ans. Son père, Alex Waithe, a émigré de la Barbade alors qu’il était adolescent. « J’ai toujours été rapide », a confié Beverley au Globe and Mail en 2015. Enfant, lors de visites chez son père à la Barbade, Andre a même joué au cricket, un sport rare au Canada, mais central dans la culture sportive des Caraïbes.
Un entraîneur l’a repéré presque par hasard, en le voyant courir en shorts de basketball
Tony Sharpe, ancien olympien devenu entraîneur, a repéré Andre lors de cette même course improvisée en shorts de basketball, décelant chez lui un talent brut impossible à ignorer. Il l’invite à se joindre au club Speed Academy, marquant le véritable point de départ de sa carrière de sprinteur.
Il a longtemps porté le fardeau d’être « celui qui allait détrôner Usain Bolt »
Dès son arrivée sur la scène internationale, les journalistes ont multiplié les comparaisons entre Andre et le légendaire sprinteur jamaïcain Usain Bolt, alors au sommet de sa domination. « Je m’habitue à ces questions, a-t-il confié en riant à des journalistes. Il est l’un des meilleurs. Pour que les gens arrêtent d’en parler, je dois aller le battre. »
Il a provoqué la colère d’Usain Bolt en pleine demi-finale olympique… avant de finir par le remplacer sur le podium
Aux Jeux de Rio 2016, De Grasse pousse Bolt à fond dans leur demi-finale du 200 m, dans le but avoué de fatiguer la légende avant la finale. Les deux hommes échangent des sourires complices en franchissant la ligne, dans une image devenue iconique des Jeux, mais Bolt, agacé, accuse ensuite le jeune Canadien d’avoir gaspillé trop d’énergie avant l’épreuve décisive. Cinq ans plus tard, aux Jeux de Tokyo 2020, De Grasse remporte l’or au 200 m, succédant directement à Bolt, alors retraité, au sommet de cette épreuve.
Une chute due aux blessures a bien failli lui coûter sa dernière chance de battre Bolt
Après ses trois médailles à Rio 2016, De Grasse traverse deux années presque entières minées par les blessures, y compris un retrait des Championnats du monde 2017 après une blessure aux ischio-jambiers, ce qui met fin à sa dernière véritable occasion d’affronter Bolt avant la retraite du Jamaïcain.
Il forme un couple de sprinteurs olympiques avec la hurdleuse américaine Nia Ali
De Grasse est en couple avec l’Américaine Nia Ali, elle-même championne olympique du 100 m haies. Le couple est devenu parent pour la première fois en juin 2018, et les deux ont chacun connu des moments de gloire aux Championnats du monde de Doha 2019, où Andre a remporté le bronze au 100 m pendant que Nia décrochait l’or au 100 m haies.
Il a changé d’entraîneur à plusieurs reprises pour continuer de se réinventer
Au fil de sa carrière, De Grasse a travaillé avec plusieurs entraîneurs différents, dont Stuart McMillan, puis Rana Reider (avec qui il décroche l’or à Tokyo), avant de rejoindre John Coghlan, puis Mike Holloway. Chaque changement reflétait sa volonté déclarée d’« essayer quelque chose de différent » pour continuer à progresser, même après des années au sommet de son sport.
Il est devenu l’athlète olympique d’été le plus décoré de l’histoire canadienne, avec un œil sur une dernière participation
Avec sept médailles olympiques à son actif, Andre De Grasse est aujourd’hui, à 31 ans, l’athlète olympique d’été le plus médaillé de toute l’histoire du Canada. Il envisage maintenant une participation aux Jeux de Los Angeles 2028, qui pourrait bien marquer la conclusion d’une carrière commencée, par un pur hasard, en shorts de basketball empruntés.
D’un adolescent qui ignorait comment se placer dans des blocs de départ jusqu’à l’athlète d’été le plus décoré de l’histoire canadienne, en passant par une rivalité amicale avec la plus grande légende du sprint mondial, Andre De Grasse illustre à quel point une carrière extraordinaire peut naître d’un pur concours de circonstances, à condition d’avoir, quelque part, le talent pour la suivre jusqu’au bout.



