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Dans l’est du Plateau, la sécurité des enfants attend son tour, phase par phase

L’arrondissement défend ses changements de circulation au nom de la sécurité des piétons. Mais entre les pétitions, les reports et le calendrier étalé sur deux ans, le message de fond se dilue.

Ce mois-ci marque le vrai coup d’envoi du réaménagement de la rue Fullum, dans l’est du Plateau-Mont-Royal. La portion entre l’avenue du Mont-Royal et la rue Sherbrooke sera mise à sens unique vers le sud d’ici la fin de l’été, avec des voies cyclables protégées installées entre le trottoir et les cases de stationnement. Le conseiller d’arrondissement Gabriel Fortin a justifié le projet en rappelant que la rue borde les parcs Saint-Pierre-Claver et Baldwin, où circulent quotidiennement de nombreux enfants à pied. C’est un objectif difficile à contester sur le fond : sécuriser les déplacements actifs près de deux parcs fréquentés par des familles est exactement le genre de priorité qu’un arrondissement devrait défendre.

Mais ce même argument de sécurité a déjà servi, et il a déjà été retardé une fois.

Le même raisonnement — protéger les déplacements actifs, notamment ceux des enfants — a été invoqué en juin pour justifier l’inversion du sens de circulation sur cinq tronçons de rue du secteur Petit Laurier : De Brébeuf, Chambord, Garnier, Fabre et Chabot. Or ce changement, initialement prévu plus tôt, a dû être repoussé de deux semaines, pour finalement entrer en vigueur le 14 juillet. Entre-temps, une pétition demandant la suspension pure et simple de ces changements a recueilli environ 330 signatures. Ce n’est pas un mouvement marginal : c’est un signal clair qu’une partie non négligeable des résidents du secteur n’a pas été convaincue par l’argumentaire de l’arrondissement, du moins pas avant la mise en œuvre.

L’arrondissement a un allié de poids qu’il communique mal : l’avis d’une experte indépendante.

C’est là que le dossier devient intéressant. Une chercheuse du TRAM (un centre de recherche universitaire sur la mobilité), Meredith Alousi-Jones, a évalué la stratégie de sens unique et conclu qu’il ne s’agissait pas d’une mauvaise approche : les voies cyclables protégées, selon elle, rendent la traversée plus sécuritaire pour les piétons vulnérables, notamment les enfants, parce que les automobilistes deviennent plus attentifs en tournant sur une rue transversale. Elle a aussi nuancé, en toute honnêteté scientifique, que le sens unique avec voies protégées complique l’entretien hivernal et le déneigement — une réserve légitime que l’arrondissement gagnerait à adresser directement plutôt que d’ignorer.

Le problème, c’est que cet avis d’experte indépendante n’a manifestement pas suffi à rassurer les 330 signataires de la pétition, ni probablement les résidents qui verront bientôt les mêmes changements arriver rue Fullum. Un arrondissement qui dispose d’une validation externe crédible pour son projet devrait la mettre de l’avant activement, dans une communication ciblée avant chaque phase de travaux — pas seulement la mentionner en réponse aux questions des journalistes locaux après coup.

Le calendrier étalé sur deux ans mine le message d’urgence sécuritaire.

Le financement de 100 000 $ pour la rue Fullum provient du surplus de gestion de l’arrondissement, et non d’une enveloppe budgétaire dédiée — un choix qui montre une certaine agilité administrative, mais qui reste modeste à l’échelle d’un projet réparti sur deux phases. La première portion, entre Mont-Royal et Sherbrooke, doit être complétée d’ici la fin de l’été 2026 ; la seconde, entre Laurier et Mont-Royal, n’arrivera qu’au printemps 2027. Si la sécurité des enfants qui circulent près des parcs Saint-Pierre-Claver et Baldwin est aussi urgente que l’argumentaire le suggère, un échéancier étiré sur près de deux ans, financé à la pièce par des surplus ponctuels plutôt que par une enveloppe planifiée, envoie un message contradictoire : important, mais pas assez pour accélérer.

Ce que l’arrondissement devrait faire différemment avant la prochaine phase.

Le Plateau-Mont-Royal a un bon dossier scientifique de son côté et un objectif difficile à contester. Ce qui lui manque, c’est la discipline de communication pour transformer cet avantage en adhésion citoyenne avant l’implantation, plutôt que d’improviser une gestion de crise après coup, comme cela s’est produit avec le report de deux semaines au Petit Laurier. La sécurité des enfants ne devrait pas être un argument qu’on ressort projet par projet, phase par phase, pétition par pétition — elle devrait être la ligne directrice cohérente d’un plan d’ensemble, présenté et défendu d’un seul bloc.

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