Le Service de sécurité incendie de Montréal a présenté son bilan 2025 devant la Commission de la sécurité publique. Le chiffre qui domine ce rapport n’est pas un incendie particulier, mais une courbe qui continue de grimper : un nombre record d’appels d’urgence, sur des effectifs et des infrastructures qui, eux, n’ont guère bougé.
La Commission de la sécurité publique de Montréal a procédé à l’étude publique du Rapport des activités 2025 du Service de sécurité incendie de Montréal, à la salle des Armoiries de l’hôtel de ville. C’est l’occasion annuelle où les élus municipaux peuvent interroger directement la direction du SIM sur ses interventions, ses ressources et ses priorités. Un exercice de reddition de comptes que peu de citoyens suivent, mais qui mérite qu’on s’y attarde.
Un nombre record d’appels, mais pas une hausse linéaire
Le Service de sécurité incendie de Montréal a répondu à 140 402 appels d’urgence en 2025, un sommet dans son histoire. Ce chiffre s’inscrit dans une tendance à la hausse depuis plusieurs années, mais pas de façon aussi régulière qu’on pourrait le croire à première vue.
En 2024, le SIM avait comptabilisé 129 822 interventions d’urgence, soit une hausse de 8 % par rapport à 2022, mais de seulement 1 % par rapport à 2023, une progression quasi nulle d’une année à l’autre. Entre 2024 et 2025, en revanche, le volume d’appels a de nouveau bondi d’environ 8 %. Sur l’ensemble de la période 2022-2025, la hausse cumulative avoisine 18 %.
Autrement dit : ce n’est pas une progression constante de 8 % chaque année, mais des bonds inégaux, avec deux années de forte croissance encadrant une année presque stable. Un service d’urgence qui doit absorber une hausse cumulative de cet ordre en trois ans ne peut pas indéfiniment le faire à ressources constantes sans que la qualité ou les délais de réponse n’en souffrent éventuellement.
Les effectifs et les infrastructures restent essentiellement statiques
Le SIM compte aujourd’hui 2 305 pompiers en uniforme et 418 employés de soutien, répartis dans 67 casernes, avec 70 autopompes, 51 camions-échelles, 8 unités d’intervention spécialisées et 3 véhicules de sauvetage. Le nombre de casernes, en particulier, demeure inchangé depuis plus d’une décennie.
Rien dans les chiffres disponibles ne permet d’affirmer que la capacité opérationnelle du service a crû au même rythme que la hausse de 18 % des appels enregistrée depuis 2022. Mais rien ne permet non plus de l’affirmer avec certitude sans données précises sur l’évolution des effectifs et de la flotte, année par année. C’est précisément le genre d’écart qu’une commission de sécurité publique devrait creuser en priorité : combien d’interventions supplémentaires chaque caserne, chaque équipe, chaque pompier doit-il absorber, comparé à il y a trois ans?
Un lien à interroger, pas à affirmer
Une hausse soutenue du volume d’appels, à ressources constantes, ne permet pas à elle seule de conclure que les délais de réponse se sont dégradés, faute de données de temps d’intervention présentées ici pour l’établir. Elle justifie en revanche une question essentielle, et c’est celle que les élus devraient poser : les ressources opérationnelles ont-elles progressé suffisamment pour absorber cette demande sans compromettre les temps d’intervention?
Le SIM reconnaît lui-même que son rapport annuel vise notamment à informer la population sur les risques émergents, incluant la sensibilisation de groupes précis comme les personnes en situation d’itinérance et les détaillants de batteries au lithium-ion. Un service qui élargit ses activités de prévention face à des risques nouveaux, tout en absorbant une hausse notable de ses appels d’urgence, mérite d’être questionné sur l’équilibre entre ces deux missions : anticiper les nouveaux dangers d’un côté, répondre plus vite aux urgences immédiates de l’autre. Les deux mobilisent des ressources humaines, et rien ne garantit qu’elles sont extensibles à l’infini.
Une occasion de reddition de comptes que Montréal ne devrait pas laisser passer sans relance
Ce genre d’assemblée publique reçoit généralement peu d’attention médiatique, comparé aux dossiers plus dramatiques traités par d’autres commissions municipales. Mais un service qui absorbe une croissance cumulative de 18 % de ses appels d’urgence en trois ans, sans que le nombre de casernes n’évolue, mérite un examen attentif, avant qu’un cas dramatique ne révèle publiquement ce que les statistiques annuelles laissent déjà entrevoir.
Ce que les élus devraient avoir demandé, au-delà des félicitations d’usage
La commission avait la responsabilité de poser une question simple et précise au SIM : à quel point la croissance du nombre d’appels risque-t-elle, dans les prochaines années, de dépasser la capacité réelle du service à maintenir ses délais d’intervention actuels? Un bilan annuel qui se contente de rapporter des chiffres à la hausse, sans que personne ne demande explicitement ce qui doit suivre en matière de ressources, ne serait qu’un exercice comptable, pas la reddition de comptes que la sécurité des Montréalais mérite.



