Depuis le mois d’août, on a pu constater l’expansion de la collecte des ordures aux deux semaines à travers plusieurs arrondissements montréalais. Pierrefonds-Roxboro y passera à son tour le 2 novembre prochain, dans l’ensemble de son territoire à l’exception du secteur de la Coopérative Village Cloverdale.
Cette échéance est incluse dans une vague plus large confirmée le 27 août dernier. Quatre territoires supplémentaires adoptent cette fréquence cet automne : les districts d’Ahuntsic et du Sault-au-Récollet dans Ahuntsic-Cartierville, un secteur du district de François-Perrault dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, ainsi que Pierrefonds-Roxboro et L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, ces deux derniers dans leur quasi-totalité. La mesure ne touche donc pas ces quatre arrondissements de façon uniforme. Ahuntsic-Cartierville et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension ne sont concernés que par certains secteurs, tandis que Pierrefonds-Roxboro et L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève basculent presque intégralement.
La Ville a par ailleurs précisé une justification qui va au-delà de la simple directive administrative de la Communauté métropolitaine.
Jusqu’ici, l’explication officielle reposait presque exclusivement sur l’obligation imposée par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) à ses 82 municipalités membres de limiter la collecte à un maximum de 26 fois par année d’ici la fin de 2027. La Ville a désormais ajouté un argument plus urgent : les principaux sites d’enfouissement desservant le Grand Montréal atteindront leur capacité maximale au cours des prochaines années.
Reste que le contraste entre arrondissements montre que cette transition est loin d’être uniforme partout à Montréal. Seuls Saint-Laurent et Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM) avaient jusqu’ici pleinement implanté la mesure, et l’expérience de MHM illustre bien qu’« aux deux semaines » ne veut pas dire la même chose d’un arrondissement à l’autre. Après une vague de plaintes liées aux mauvaises odeurs et à la malpropreté durant l’été, l’arrondissement est repassé à une collecte hebdomadaire du 1er mai au 31 octobre, ne conservant le rythme aux deux semaines que du 1er novembre au 30 avril. Verdun, de son côté, n’a pas mené un projet pilote à l’échelle de l’arrondissement, mais dans un seul secteur, Crawford Park, où la mesure est en vigueur depuis le 4 novembre 2024 et jugée concluante par la Ville.
L’implantation de cette même mesure avait suscité la controverse à Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, l’un des premiers arrondissements à l’avoir adoptée, avant que l’administration n’ajuste le tir avec l’horaire saisonnier. Que Pierrefonds-Roxboro cherche cette fois à mieux préparer sa population avant l’entrée en vigueur du changement, plutôt que de simplement l’annoncer et gérer les plaintes par la suite, irait dans le sens des recommandations répétées de l’ombudsman sur la nécessité de consulter avant de modifier les habitudes des résidents. Une communication proactive de ce type reste toutefois à confirmer dans les sources officielles de l’arrondissement, qui n’ont pour l’instant diffusé que l’information pratique sur les dates et le calendrier des collectes.
Cela dit, la question de fond que ce journal soulevait le 8 septembre demeure entièrement sans réponse. Le dossier des bacs intelligents mérite d’ailleurs d’être clarifié plutôt que simplifié.
Le conseil municipal a autorisé l’achat, au coût de 2,7 millions de dollars, de bacs munis de puces RFID pour Ahuntsic-Cartierville et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Mais contrairement à ce qu’on pourrait supposer, ces puces ne sont pas conçues pour mesurer la performance du nouveau rythme de collecte : l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville précise lui-même qu’il ne possède pas de lecteurs RFID et que la technologie ne sert ni à peser les déchets ni à établir une tarification selon la quantité produite. Sa fonction annoncée se limite essentiellement à la gestion du parc de bacs. Autrement dit, cet outil ne pourra pas, à lui seul, permettre à la Ville de démontrer que le nouveau rythme de collecte ne dégrade pas la propreté des quartiers ou qu’il respecte les économies budgétaires promises. Si de telles données existent ou sont prévues, elles devront provenir d’ailleurs. La Ville gagnerait d’ailleurs à préciser dès maintenant quels indicateurs elle compte réellement publier.
Une bonne communication ne remplace pas une bonne reddition de comptes chiffrée.
Mieux préparer la population avant l’implantation serait une amélioration réelle par rapport à l’approche précédente, si elle se confirme. Mais la mesure est désormais appliquée, selon des modalités différentes, dans plusieurs arrondissements et secteurs de Montréal, et de nouveaux territoires l’adoptent cet automne. La Ville devra démontrer, avec des chiffres vérifiables et des outils réellement adaptés à cette fin, que le passage aux deux semaines fonctionne comme promis, plutôt que de se fier uniquement à l’absence de plaintes massives comme mesure de succès, ou de laisser croire que des bacs conçus pour la gestion d’inventaire serviront à établir ce bilan. Avec l’argument de la capacité d’enfouissement limitée désormais mis de l’avant, il est d’autant plus urgent que la Ville clarifie quelles données concrètes elle entend produire, et à partir de quels outils, pour évaluer les effets réels de cette transition.




