Alain Dufort est officiellement entré en fonction mardi comme directeur général de Montréal, avec le mandat de réduire l’appareil municipal. Son prédécesseur, lui, vient de quitter avec une entente de départ parmi les plus coûteuses jamais consenties à un haut fonctionnaire montréalais.
Alain Dufort est entré officiellement en fonction le 17 août à titre de directeur général de la Ville de Montréal, à la suite de sa nomination par le conseil municipal en juin dernier. Il remplace Benoit Dagenais, nommé à ce poste par l’ex-mairesse Valérie Plante et en poste depuis juin 2024, que l’administration Martinez Ferrada a choisi de remplacer par son propre candidat.
Le coût de ce changement de garde mérite d’être mis en chiffres, pas seulement en formules protocolaires.
Selon des documents du comité exécutif entérinés à huis clos, M. Dagenais a accepté de renoncer à son poste en échange d’une entente de départ prévoyant une rétribution correspondant à trois années de salaire, incluant le maintien de sa rémunération complète en 2026 et le versement d’un minimum de 276 000 $ l’année suivante. Le salaire annuel du directeur général de la Ville se situait autour de 350 000 $ en 2024, bien que les évaluations varient légèrement selon les sources, allant d’environ 348 000 $ à 368 000 $. La valeur totale de cette entente de départ atteint ainsi plus d’un million de dollars, pour un mandat qui n’aura duré que deux ans. M. Dagenais accompagnera néanmoins son successeur pendant deux semaines pour assurer une transition harmonieuse, un geste de collégialité qui survient au terme d’un départ négocié avec la Ville plutôt que d’une décision annoncée unilatéralement par le fonctionnaire sortant. Montréal | Le DG de la Ville quitte avec une indemnité de plus d’un million
L’ironie ne devrait échapper à personne : le nouveau DG doit précisément couper là où l’ancien vient de coûter cher.
M. Dufort devra notamment mettre en place l’optimisation des services et des processus promise en campagne électorale par l’administration Martinez Ferrada, ce qui inclut la suppression de 1000 postes de cadres. Voilà le contraste qui mérite d’être souligné sans détour : une administration qui fait de la réduction du nombre de cadres l’une de ses priorités structurelles vient elle-même d’entamer son mandat en versant plus d’un million de dollars à un seul haut fonctionnaire pour accélérer son propre remplacement. Remplacer la personne à la tête de l’appareil administratif par quelqu’un aligné sur sa vision demeure une prérogative légitime d’une nouvelle administration, et ce n’est donc pas nécessairement une contradiction indéfendable. Le coût de cette prérogative devrait toutefois être assumé publiquement comme faisant partie du prix politique de la transition, plutôt que noyé dans un communiqué chaleureux remerciant le fonctionnaire sortant pour sa carrière remarquable.
Le nouveau directeur général arrive avec une feuille de route déjà chargée d’expérience.
M. Dufort a notamment été directeur général adjoint des services aux citoyens et directeur de l’arrondissement Ville-Marie, et occupait depuis juin 2024 le poste de directeur général du Réseau de transport de Longueuil. C’est précisément l’organisme dont ce journal a déjà souligné, en juillet, les défis financiers considérables en matière d’électrification de sa flotte d’autobus.
Ce que Montréal devrait exiger de suivre, dossier par dossier.
La suppression de 1000 postes de cadres est un engagement électoral d’une ampleur rare pour une administration municipale, et son exécution mérite un suivi public rigoureux. Combien de postes seront abolis par attrition naturelle plutôt que par mise à pied? Selon quel échéancier précis? Et quelles économies réelles en résulteront, une fois soustrait le coût de la transition elle-même, incluant la facture de plus d’un million de dollars versée à son prédécesseur? Un exercice de réduction de personnel qui commence par une indemnité de départ aussi généreuse devra démontrer, dans les mois à venir, qu’il vise vraiment l’efficacité administrative, et non simplement un changement de visage au sommet de la hiérarchie municipale.


