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Le Parti québécois parie sur les ruines de Northvolt

Paul St-Pierre Plamondon promet d’abolir le fonds interventionniste de la Coalition avenir Québec pour financer une baisse d’impôt aux PME, un engagement qu’il présente comme gratuit et que ses adversaires jugent illusoire

Le décor était choisi avec soin. Au deuxième jour de la campagne électorale québécoise, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, s’est présenté devant les terrains vagues de McMasterville, en Montérégie, où devait autrefois s’élever l’usine de batteries de Northvolt. Le projet, présenté en 2023 comme le symbole d’un Québec conquérant sur la scène des technologies vertes, a pris fin en septembre 2025, lorsque le gouvernement Legault a annoncé la rupture de son financement, jugeant que l’entreprise n’avait pas présenté de plan satisfaisant à l’égard des intérêts québécois; la maison mère suédoise s’est depuis placée en faillite. Il ne reste, sur ce site, qu’un grillage et une friche. C’est là, précisément, que le chef péquiste a choisi de formuler sa première grande promesse économique de campagne.

L’engagement est simple dans son énoncé, plus complexe dans ses ramifications. Le Parti québécois propose d’abolir le Fonds de développement économique, le FDE, cet outil financier par lequel Québec injecte des fonds publics dans des entreprises privées jugées stratégiques. Créé pour soutenir l’industrie, le FDE a financé aussi bien des réussites discrètes que des échecs retentissants: Northvolt, mais aussi Lion Électrique et Recyclage Carbone Varennes, autant de dossiers devenus, dans le vocabulaire de l’opposition, des synonymes de gaspillage. Sous la gouverne de l’ancien ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon, la valeur du portefeuille du fonds avait doublé en six ans, passant de 3 à 6 milliards de dollars.

Un engagement qui se veut « à coût nul »

Le calcul politique de M. St-Pierre Plamondon repose sur une équation qu’il présente comme vertueuse: en fermant le FDE et en cessant d’y injecter de nouveaux fonds publics, l’État libérerait une marge de manœuvre suffisante pour réduire de deux points de pourcentage l’impôt des sociétés — de 11,5 % à 9,5 % —, une mesure dont le coût est évalué à 2,4 milliards de dollars. Le chef péquiste assure que cette baisse d’impôt serait entièrement compensée par l’abolition du fonds, sans alourdir le déficit ni couper dans les services publics.

C’est une promesse à double vocation. Sur le plan idéologique, elle marque une rupture assumée avec l’interventionnisme économique pratiqué par les gouvernements caquistes successifs, que M. St-Pierre Plamondon a qualifié de politique de « dilapidation des fonds publics ». Sur le plan électoral, elle vise directement les petites et moyennes entreprises, un électorat que le Parti québécois courtise activement dans des régions où sa progression demeure fragile. Le parti a même inventé, pour l’occasion, un vocabulaire qui lui est propre: il promet de « défitzgibboniser » et de « défréchettiser » l’économie québécoise, en référence à Pierre Fitzgibbon et à Christine Fréchette, l’ancienne et l’actuelle ministre responsables du fonds, cette dernière étant devenue première ministre et cheffe de la Coalition avenir Québec.

Une idée qui n’est pas neuve, et pas isolée

L’annonce n’a rien d’improvisé. Dès janvier, le Parti québécois avait formulé cette même promesse de concert avec le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime, dans un rare moment de convergence entre deux formations que presque tout oppose sur le plan constitutionnel. Les deux partis s’accordent sur le diagnostic, celui d’un fonds discrétionnaire permettant à un gouvernement de subventionner des projets qui ne trouveraient preneur nulle part ailleurs, mais divergent sur l’usage des sommes libérées: quand le PQ veut les rediriger vers une baisse d’impôt aux PME, le PCQ propose plutôt de liquider progressivement le portefeuille de prêts et de placements du fonds pour réduire la dette publique.

Cette convergence partielle donne à la proposition un poids qu’elle n’aurait pas eu isolément. Elle situe le débat économique de cette campagne, dès ses premiers jours, autour d’une question simple: l’État québécois doit-il continuer à jouer les capital-risqueur pour attirer des industries stratégiques, quitte à essuyer des pertes spectaculaires, ou doit-il se retirer de ce rôle au profit d’une fiscalité plus légère pour les entreprises existantes?

La réplique caquiste, entre défense et prudence

Christine Fréchette n’a pas suivi ses adversaires sur le terrain de l’abolition. La première ministre sortante a plutôt choisi de resserrer les critères d’utilisation du fonds, promettant des mesures de prudence supplémentaires pour éviter la répétition d’un scénario comme celui de Northvolt. C’est une position d’équilibriste: reconnaître, sans le dire trop fort, que le bilan du fonds comporte des ratés coûteux, tout en refusant d’abandonner un outil que la CAQ considère comme le vaisseau amiral de sa politique économique depuis huit ans. François Legault, avant de quitter la direction du parti, avait coutume de défendre cette approche en invoquant la moyenne au bâton plutôt que les échecs les plus médiatisés, un argument que Mme Fréchette reprend à sa manière en misant sur la réforme plutôt que sur la rupture.

Le chef péquiste, lui, a choisi l’offensive frontale, accusant la première ministre d’avoir induit les Québécois en erreur dans le dossier Northvolt. L’échange survient alors qu’un sondage Synopsis-La Presse plaçait, à ce moment de la campagne, la Coalition avenir Québec et le Parti québécois au coude à coude dans les intentions de vote, un contexte qui explique en partie la vigueur du ton.

Ce que l’engagement ne dit pas

L’équation présentée par M. St-Pierre Plamondon soulève cependant des questions que la formule « à coût nul » ne résout pas entièrement. Le Fonds de développement économique n’est pas une simple dépense: une partie de ses interventions prend la forme de prêts et de prises de participation, des actifs qui, en théorie, génèrent des revenus ou peuvent être revendus, et non de subventions perdues à coup sûr. Abolir le fonds suppose donc de décider du sort de ce portefeuille existant, une opération dont le calendrier et le rendement réel restent, à ce stade de la campagne, largement indéterminés. Le chef péquiste a d’ailleurs reconnu que les détails techniques de la manœuvre seraient dévoilés plus tard, un aveu qui laisse aux adversaires du PQ une prise facile.

Il y a aussi une tension interne à l’équipe économique péquiste elle-même. Parmi les candidats qui entourent M. St-Pierre Plamondon figure Stéphane Paquet, ancien président de Montréal International et aujourd’hui candidat péquiste dans Pointe-aux-Trembles, qui avait publiquement défendu le projet Northvolt à l’époque où l’entreprise suscitait déjà des critiques. Ce passé rattrape la promesse au moment même où elle est présentée comme un symbole de rupture avec l’ère des grands paris industriels de l’État.

Un débat appelé à durer

Il serait réducteur de voir dans cette promesse un simple exercice de communication. Elle touche à une question structurelle pour le Québec: celle du rôle de l’État dans une économie exposée aux soubresauts du commerce international, à un moment où la guerre tarifaire avec les États-Unis pèse déjà sur plusieurs secteurs industriels de la province. Que l’électorat tranche en faveur du désengagement proposé par le Parti québécois ou de la voie plus prudente défendue par la Coalition avenir Québec, le sort du Fonds de développement économique restera, jusqu’au scrutin du 5 octobre, l’un des marqueurs les plus nets de ce qui distingue les principales formations en lice.

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