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Mondial 2026 : Nathan Saliba, ce gars de Longueuil qui rêve de ses buts avant de les marquer

Nathan Saliba a fait ses débuts en équipe nationale sans toucher un seul ballon. Un an plus tard, il marquait pour Anderlecht — un but qu’il avait littéralement rêvé la nuit précédente. Voici le joueur le plus discrètement spectaculaire de l’équipe canadienne.


par Jean Emmanuel Duchemin | Série Mondial 2026


Le 7 septembre 2024, Nathan Saliba entre en jeu pour la première fois avec l’équipe nationale senior du Canada, contre les États-Unis. L’entraîneur Jesse Marsch l’envoie sur le terrain en fin de match pour protéger une avance d’un but.

Sa mission ? Tenir le score. Ne rien faire de spectaculaire. Juste être là.

Un mois plus tard, Marsch raconte l’anecdote aux journalistes en rigolant : Saliba a parfaitement réussi sa mission… sans toucher le ballon une seule fois.

« On était supposés entrer cinq minutes plus tôt, je pense, mais on avait un problème avec l’arbitre », rigole aujourd’hui Saliba, en racontant l’histoire près du terrain de son enfance, à Longueuil.

Voilà, en une scène, qui est Nathan Saliba : présent au bon endroit, au bon moment, sans en faire trop. Et pourtant déjà là, déjà coché sur la liste.


Longueuil, le Québec, et un melting-pot familial

Le 7 février 2004, Nathan-Dylan Saliba naît à Longueuil, au Québec. Ses deux parents sont nés en Haïti — son père Claude Richard à Cayes, sa mère Ginou à Port-au-Prince. Saliba parle anglais, français et créole haïtien.

Il grandit entre soccer et basketball, dans une famille où le sport occupe une place centrale. À neuf ans, il commence à jouer pour le CS Longueuil — un club local, modeste, comme des centaines d’autres au Québec. Rien d’extraordinaire à ce moment-là. Juste un gamin qui aime le ballon.

En 2017, à 13 ans, il rejoint l’Académie de l’Impact de Montréal. Le grand saut.


« Là d’où je viens, ça parle toutes les langues dans la rue »

Quand on demande à Nathan Saliba de décrire sa ville, sa réponse est révélatrice : « Là d’où je viens, ça parle un peu toutes les langues en rue et c’est génial. »

Le natif de Montréal — comme il se présente lui-même — est un grand défenseur de sa ville et porte des origines très variées. Cette diversité linguistique et culturelle, plutôt que de le diviser, semble l’avoir nourri. C’est exactement le genre de fond identitaire qu’on retrouve chez beaucoup de joueurs de cette équipe canadienne : nés ici, formés ici, mais avec des racines qui parlent d’ailleurs.

Et pour Saliba, le Mondial 2026 a une résonance particulière. « Ce n’est pas un truc que tu as tous les jours, une Coupe du monde à domicile. Ça va être extrêmement motivant de jouer devant sa famille et ses amis dans les stades où tu as déjà joué. »

Imaginez ça une seconde : jouer une Coupe du monde dans le même stade où, quelques années plus tôt, vous étiez junior d’académie en train de courir des exercices de passes par -15°C.


Le banc, les options, et le choix de rester

En 2023, alors que d’autres jeunes joueurs de l’académie du CF Montréal partaient en prêt vers la Canadian Premier League pour accumuler du temps de jeu, Nathan Saliba a fait un choix différent : il a décidé de se battre pour une place dans l’équipe première, plutôt que de prendre la voie facile d’un prêt vers une ligue de second plan.

Le pari a payé. Lors de la présaison 2023, il marque un but contre les All-Stars de la PLSQ lors d’un match d’exhibition — un signal d’alarme positif pour le staff. Le 25 février 2023, à 19 ans, il fait sa première apparition professionnelle, titulaire dès le match d’ouverture de la saison contre l’Inter Miami.

L’équipe perd 2-0 ce jour-là. Mais Saliba est lancé.

Au fil de l’année 2023, il gagne la confiance de l’entraîneur Hernán Losada, jouant de plus en plus à partir du mois de juin — au point de prendre la place de titulaire face à Victor Wanyama, l’ancien international kényan et joueur emblématique de Tottenham. Un gamin de 19 ans qui pousse un vétéran international hors du onze de départ. Pas rien.


Le but qu’il a rêvé avant de le marquer

C’est l’anecdote la plus surprenante de tout ce dossier. En juillet 2025, peu après son arrivée au RSC Anderlecht en Belgique, Saliba entre en jeu en cours de match — sa deuxième apparition sous le maillot mauve. Une minute plus tard, il marque.

Après le match, il confie aux journalistes : « J’ai rêvé de ce but la nuit passée. »

Pas une métaphore. Un vrai rêve, la nuit avant le match. Et le lendemain, sur le terrain, le scénario se reproduit presque à l’identique.

Il ajoute, avec une honnêteté désarmante sur son adaptation : « Il m’a fallu ce temps pour m’adapter au niveau du football belge et au club. » Trois semaines. C’est tout ce qu’il lui a fallu pour commencer à produire en Belgique — un championnat reconnu comme un excellent tremplin vers les grands d’Europe.

Petit clin d’œil supplémentaire : quand on lui demande son modèle, Saliba répond sans hésiter Sergio Busquets — le légendaire numéro 6 du Barça et de l’Espagne, le joueur le plus discret et le plus intelligent de sa génération. Un choix qui en dit long sur la façon dont Saliba se voit lui-même : pas l’attraction principale, mais le moteur qui fait tourner toute la machine.


Le 2-2 contre Boston et l’hommage à Hutchinson

Le 18 septembre 2024, Nathan Saliba marque son tout premier but professionnel pour le CF Montréal — le but égalisateur en seconde période d’un match nul 2-2 contre le Revolution de la Nouvelle-Angleterre. Un moment marquant pour le jeune milieu de 20 ans, devant son public, au Stade Saputo.

Quelques mois plus tôt, il avait été nommé 14e sur la liste 22 Under 22 de la MLS — une reconnaissance officielle de son statut de jeune espoir parmi les meilleurs de la ligue.

Et quand on lui parle de modèles canadiens, c’est un autre nom qui revient : Atiba Hutchinson, l’ancien capitaine légendaire de l’équipe nationale, qui a joué pendant près de deux décennies en sélection. « Je le voyais à la télé et les joueurs qui l’ont côtoyé me l’ont confirmé, c’était un très bon leader, quelqu’un de rassembleur et un très bon milieu de terrain. Comme il jouait à ma position, je l’ai beaucoup observé », explique Saliba.

Busquets pour le style. Hutchinson pour le leadership. Voilà les deux pôles qui définissent l’ambition de Nathan Saliba.


Anderlecht, 4 ans, et la suite logique

Le 26 juin 2025, Saliba signe un contrat de quatre ans avec le RSC Anderlecht — un des clubs historiques les plus titrés de Belgique, 34 titres de champion. Là-bas, il retrouve d’anciennes connexions du CF Montréal, notamment du côté de la direction sportive.

En décembre 2024, Saliba avait été nommé Joueur de l’année espoir de Canada Soccer — une distinction réservée aux meilleurs joueurs nés en 2004 ou après, votée par les joueurs de l’équipe nationale, les médias et le public.

Et il y a cette image touchante : en décembre 2024, Saliba est retourné dans son école primaire pour partager un message avec les jeunes élèves — que réussir prend du temps, des efforts, et qu’il ne faut jamais lâcher.


Ce qu’il faut retenir

Nathan Saliba est probablement le joueur le moins « vendeur » de cette série jusqu’ici — pas de drame de réfugié, pas de blessure spectaculaire, pas de surnom légendaire. Et pourtant, c’est peut-être ça qui le rend si représentatif du Canada 2026 : un gamin de Longueuil, élevé dans la diversité linguistique de la banlieue montréalaise, qui a refusé la voie facile, gagné sa place face à un international kényan, signé en Europe, et qui maintenant rêve littéralement de ses propres buts la nuit avant de les marquer.

Discret, mais redoutablement efficace. Comme son idole Busquets.

Et cet été, il jouera une Coupe du monde dans les stades où il a grandi.

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