Le premier ministre canadien Mark Carney a déclenché dimanche trois élections partielles qui se tiendront le 31 août dans les circonscriptions de Chicoutimi–Le Fjord (Québec), Beaches–East York (Ontario) et North Vancouver–Capilano (Colombie-Britannique). Au-delà du remplacement de trois députés démissionnaires, ces scrutins constituent un véritable test électoral du gouvernement libéral et pourraient influencer l’équilibre politique à la Chambre des communes.
Avec 172 députés sur 343, soit le seuil minimal pour conserver une majorité, les libéraux abordent cette séquence avec une marge de manœuvre extrêmement réduite. Une contre-performance dans plusieurs circonscriptions renforcerait la pression sur le gouvernement, tandis qu’un balayage confirmerait la capacité de Mark Carney à consolider son autorité politique moins de deux ans après son arrivée au pouvoir.
Chicoutimi–Le Fjord : un bastion conservateur remis en jeu
Au Québec, tous les regards seront tournés vers Chicoutimi–Le Fjord, devenue vacante après la nomination au Sénat de Richard Martel, annoncée au début de juillet. Ancien entraîneur-chef des Saguenéens de Chicoutimi dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, M. Martel s’était imposé comme l’une des figures politiques les plus connues du Saguenay après avoir ravi la circonscription aux libéraux en 2018, avant d’être réélu à plusieurs reprises.
Cette partielle représente un enjeu stratégique pour les conservateurs. Malgré le départ de leur député sortant, ils tenteront de préserver une circonscription où le vote conservateur s’est solidement implanté au cours des dernières années. Les libéraux espèrent toutefois profiter de l’absence de l’effet de personnalité associé à Richard Martel pour redevenir compétitifs dans une région longtemps disputée entre différentes formations fédérales.
Beaches–East York : une forteresse libérale à défendre
À Toronto, Beaches–East York demeure l’un des bastions historiques du Parti libéral. La vacance du siège fait suite au départ de Nathaniel Erskine-Smith, personnalité influente de l’aile progressiste du caucus libéral, qui quitte la politique fédérale après plusieurs mandats.
Même si cette circonscription demeure favorable aux libéraux sur le plan historique, les observateurs suivront l’ampleur de la majorité obtenue. Une baisse importante du soutien électoral pourrait révéler une certaine érosion dans les grands centres urbains de l’Ontario, tandis qu’une victoire confortable conforterait le gouvernement dans son principal bastion électoral.
Le Nouveau Parti démocratique, historiquement compétitif dans certains quartiers de Toronto, cherchera également à profiter de cette campagne pour regagner du terrain auprès de l’électorat progressiste.
North Vancouver–Capilano : un duel décisif sur la côte Ouest
En Colombie-Britannique, North Vancouver–Capilano est devenue vacante après le départ de Jonathan Wilkinson, ancien ministre fédéral devenu ambassadeur du Canada auprès de l’Union européenne. Cette circonscription de la région métropolitaine de Vancouver est considérée comme l’une des plus stratégiques de l’Ouest canadien.
Les libéraux devront défendre un siège où les conservateurs cherchent depuis plusieurs années à accroître leur présence. Le résultat permettra également de mesurer les rapports de force entre les libéraux, les conservateurs et le NPD dans une province où les marges électorales demeurent souvent serrées.
Trois élections, un même enjeu national
Ces élections partielles interviennent dans un contexte où plusieurs députés fédéraux ont quitté leurs fonctions depuis les élections générales de 2025. Le départ de Richard Martel vers le Sénat représente notamment le cinquième élu conservateur à quitter le caucus depuis ce scrutin.
Pour Mark Carney, l’objectif dépasse largement la simple conquête ou la conservation de trois sièges. Une victoire dans les trois circonscriptions renforcerait la crédibilité de son gouvernement et lui donnerait davantage de latitude pour faire avancer son programme législatif à Ottawa.
À l’inverse, une série de revers offrirait aux conservateurs de Pierre Poilievre – ainsi qu’aux autres partis d’opposition – un puissant argument pour remettre en question la solidité politique du gouvernement, alors que plusieurs autres élections partielles devraient encore être convoquées au cours des prochains mois.
Les bureaux d’Élections Canada ouvriront prochainement dans les trois circonscriptions afin de lancer officiellement la période électorale. Les candidatures devraient être annoncées au cours des prochaines semaines, ouvrant une campagne de cinq semaines qui servira de premier baromètre de l’humeur de l’électorat canadien depuis les élections fédérales de 2025.


