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Amandine Pierre-Louis : Le retour discret d’une des joueuses les plus voyageuses du soccer québécois

Cette internationale haïtienne aux racines montréalaises a fracturé son tibia, changé trois fois de continent et de pays d’équipe nationale — et elle vient de rentrer à la maison

par Jean Emmanuel Duchemin

La carrière d’Amandine Pierre-Louis se lit comme un roman. Et, elle n’est pas encore terminée. À 31 ans, la Lavalloise vient tout juste de signer avec les Roses de Montréal, pour la saison 2026-2027, après un détour de près de dix ans qui l’a menée aux États-Unis, au Danemark, en République tchèque et en France. Elle revient jouer à quelques kilomètres du terrain où tout a commencé.

Avant de reparler de foot, voici ce qu’on ne vous dira pas dans les résumés sportifs classiques.

Elle a commencé le soccer à 5 ans… en faisant de la gymnastique en parallèle

Amandine a grandi à Sainte-Rose, à Laval, dans une famille où le sport n’était clairement pas optionnel. Elle a chaussé ses premiers crampons au FC St-Léonard puis à Fabrose ARS Laval alors qu’elle avait à peine cinq ans, tout en s’entraînant en gymnastique. Une double discipline qui explique en partie l’équilibre et la polyvalence défensive qu’on lui reconnaît aujourd’hui : elle a joué à peu près tous les postes défensifs et même parfois à l’attaque au fil de sa carrière.

Le sport, c’était une histoire de famille — et une histoire haïtienne

Son père, Emerson Pierre-Louis, a lui-même évolué en basketball. Il est né à Cap-Haïtien, en Haïti, alors que la mère d’Amandine est née à Montréal. Deux enfances, deux continents, un seul héritage sportif transmis à la maison. Ce détail, qui semble anodin, va devenir central dans la deuxième partie de sa carrière — on y revient plus bas.

Petite, ses idoles n’étaient pas des joueuses de soccer féminin (il y en avait peu à la télé à l’époque) : elle admirait Didier Drogba et… Michael Jordan. Et comme bien des jeunes de Laval dans les années 2000, elle était aussi une fan des Canadiens de Montréal.

Une fracture au tibia… trois semaines avant le repêchage professionnel

En novembre 2017, à quelques semaines à peine du repêchage universitaire de la NWSL (la plus haute ligue professionnelle féminine au monde), Amandine se fracture le tibia. De quoi calmer n’importe quelle organisation intéressée par une joueuse blessée.

Ça n’a pas freiné le Sky Blue FC du New Jersey, qui l’a repêchée au 6e rang de la première ronde en janvier 2018 — la faisant devenir la première joueuse issue du Centre national de haute performance canadien à être sélectionnée dans la NWSL. Une confiance qu’elle a mis des mois à honorer sur le terrain, le temps de guérir.

Elle a joué 92 matchs universitaires… et n’a jamais oublié d’où elle venait

Avant la NWSL, Amandine a passé quatre ans à l’Université West Virginia, où elle a disputé 92 rencontres. En 2016, elle aide les Mountaineers à atteindre leur toute première finale du College Cup (le championnat national universitaire américain). L’année suivante, en 2017, elle est nommée co-joueuse défensive de l’année de la Big 12, l’une des conférences universitaires les plus relevées du pays.

De New Jersey à Prague, en passant par le Danemark : un vrai tour du monde du soccer

Après son passage à Sky Blue FC (2018-2019), Amandine ne s’est jamais arrêtée longtemps au même endroit :

  • Metz, en France (2020)
  • Slavia Prague, en République tchèque (2021)
  • AaB, au Danemark (2021-2022)
  • Rodez AF, en France (2022-2023)
  • Saint-Étienne, dans l’élite française, la Première Ligue (2023-2026)

Peu de joueuses canadiennes peuvent se vanter d’avoir porté les couleurs de quatre pays différents en carrière professionnelle avant même de parler de sélection nationale.

Le twist : elle a joué pour le Canada… puis a changé de pays, pour rejoindre celui de son père

Amandine a représenté le Canada chez les moins de 17 ans (2012) et moins de 20 ans (2014, où l’équipe termine 6e à la Coupe du monde de la catégorie). En janvier 2017, elle est même invitée à un camp de l’équipe nationale senior à Los Angeles. Mais elle ne sera jamais capée au niveau senior canadien.

Suivant une règle de la FIFA qui permet un changement unique d’allégeance internationale, elle a plutôt choisi de rejoindre, à partir de 2023, l’équipe nationale d’Haïti — le pays natal de son père. Elle compte aujourd’hui 19 sélections avec les Grenadières, disputant des tournois internationaux jusqu’en Turquie et en Équateur.

C’est le genre de décision qui, dans le sport, en dit souvent plus long sur l’identité d’un athlète que n’importe quelle statistique.

Et maintenant… elle revient à la maison

Après six saisons en Europe, Amandine Pierre-Louis vient de signer avec les Roses de Montréal, en vue de la saison 2026-2027. Elle devient l’une des deux joueuses locales à faire son retour au club durant cette fenêtre de transferts. Dans ses mots : jouer au niveau professionnel chez elle a toujours été un rêve, et elle a hâte de représenter sa communauté.

Pour une fille de Sainte-Rose qui a traversé l’Atlantique dans les deux sens, changé de sélection nationale et survécu à une fracture à trois semaines d’un repêchage professionnel, il y a quelque chose de particulièrement satisfaisant à la voir revenir jouer devant les siens, à Montréal.

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