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Mode : pendant que Kate Spade change de tête, Aritzia explose ses chiffres

Entre une nomination très attendue chez Kate Spade, des résultats financiers spectaculaires pour un fleuron canadien et un vieux quartier montréalais qui retrouve ses lettres de noblesse textile, l’actualité mode du jour tisse un fil entre trois échelles : celle des maisons new-yorkaises, celle de la Bourse de Toronto et celle d’une rue du nord de Montréal qu’on croyait vouée à l’oubli.

Monde : Kate Spade mise sur Jonathan Saunders

La maison new-yorkaise Kate Spade New York, propriété du groupe américain Tapestry, a confirmé l’arrivée de Jonathan Saunders au poste de directeur de création exécutif. Le designer britannique entrera officiellement en fonction le 26 août et pilotera à la fois le design de produit et l’identité visuelle de la marque, en collaboration directe avec la présidente et cheffe de la direction Eva Erdmann. L’objectif affiché derrière cette nomination : moderniser la signature « féminine et enjouée » qui a fait la réputation de Kate Spade, tout en s’appuyant sur son histoire.

Cette annonce s’inscrit dans ce que plusieurs observateurs de l’industrie décrivent comme une accalmie, après une année 2025 marquée par un véritable jeu de chaises musicales à la tête des grandes maisons — de Maria Grazia Chiuri, qui a quitté Dior pour retourner chez Fendi, jusqu’à Demna, passé de Balenciaga à Gucci. Le rythme des nominations devrait ralentir en 2026, mais les débuts très attendus, comme celui de Grace Wales Bonner chez Hermès Homme en janvier 2027, continuent d’alimenter les conversations dans l’industrie.

Canada : Aritzia signe un trimestre record

Du côté des chiffres, c’est Aritzia qui vole la vedette. Le détaillant vancouvérois a dévoilé des résultats nettement supérieurs aux attentes pour son premier trimestre de l’exercice 2027, clos le 31 mai, : un chiffre d’affaires de 951 millions de dollars canadiens, un bénéfice ayant presque triplé, et une croissance des ventes comparables de 35 %. Le marché américain, qui représente désormais environ 67 % des revenus de l’entreprise, continue de tirer cette croissance, au point où la direction a revu à la hausse ses prévisions pour l’ensemble de l’exercice, qualifiant l’étape actuelle de l’une des plus fortes de l’histoire de la marque.

Cette embellie tranche avec l’inquiétude ambiante dans le reste de l’industrie canadienne du vêtement, secouée par la menace d’un tarif américain de 50 % sur les textiles dès le 19 août. Aritzia n’est pas seule à devoir composer avec ce contexte : le groupe montréalais Dynamite, propriétaire des bannières Garage et Dynamite et solidement implanté aux États-Unis avec plus d’une centaine de magasins, fait partie des entreprises canadiennes qui ont amorcé, ces dernières années, une diversification de leur production afin de réduire leur dépendance à un seul pays d’origine — une stratégie qui pourrait s’avérer précieuse dans les semaines à venir.

Québec et Montréal : Chabanel refait peau neuve

Retour aux sources, justement, du côté de la rue Chabanel, dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. Longtemps surnommé le « quartier de la guenille », cet ancien cœur de l’industrie textile montréalaise — qui a vu passer les usines de tissu après le départ du Mile End dans les années 1980 avant de connaître un lent déclin avec la délocalisation en Asie — amorce une nouvelle phase de sa transformation. Le projet À CHABA, mené notamment par la marque montréalaise TROLET aux côtés d’autres acteurs du quartier, mise sur la promotion d’une mode locale et durable pour redonner à Chabanel son rôle de pôle créatif, en misant sur le lien entre son passé manufacturier et une nouvelle génération d’entrepreneurs.

L’initiative s’ajoute à une série d’efforts de revitalisation amorcés dès 2007, quand la Ville de Montréal avait investi 17 millions de dollars pour refaire les infrastructures du secteur et élargir ses trottoirs, dans l’espoir de reproduire, à plus petite échelle, la transformation du Meatpacking District new-yorkais. Si plusieurs de ces projets antérieurs n’ont jamais vu le jour, Chabanel continue d’attirer une poignée de créateurs et d’ateliers — de la maroquinerie Rudsak aux marques de mode responsable — qui misent sur les grands espaces industriels laissés vacants par le déclin manufacturier pour bâtir la prochaine génération de la mode québécoise.

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