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Mode : la traçabilité s’invite dans la garde-robe

Un registre européen tout juste mis en ligne pour tracer chaque vêtement, une scène montante à Toronto qui prépare sa prochaine édition sous terre, et une friperie montréalaise qui tente de réconcilier les sceptiques du seconde main avec l’idée même de fouiller dans les bacs : la mode avance, à toutes les échelles, vers un même réflexe, celui de savoir d’où viennent nos vêtements.

Monde : Bruxelles lance son registre pour le passeport numérique des produits

La Commission européenne a mis en ligne, le 20 juillet dernier, le registre du passeport numérique des produits ainsi qu’un environnement de test, une étape charnière dans le déploiement du Règlement sur l’écoconception pour des produits durables (ESPR). Cette infrastructure permettra d’enregistrer des identifiants uniques et des métadonnées obligatoires pour chaque produit visé. Les données détaillées du passeport, comme la composition, l’entretien, la réparabilité et l’origine, demeurent quant à elles décentralisées chez les entreprises elles-mêmes.

Le textile et l’habillement comptent parmi les secteurs prioritaires appelés à adopter ce passeport numérique, une fiche technique électronique consultable, à terme, par code QR. L’échéance reste toutefois lointaine : l’acte délégué qui fixera les règles précises pour le textile n’est attendu que vers la fin de 2027, et la conformité concrète des marques ne devrait suivre qu’un an ou deux plus tard, soit entre 2028 et 2029. On est donc encore loin du t-shirt européen systématiquement tracé. L’industrie est cependant déjà à pied d’œuvre : les marques qui vendent en Europe, peu importe où elles sont basées, devront un jour prouver, données à l’appui, que leurs allégations de durabilité tiennent la route.

Canada : Toronto se prépare à redescendre sous terre

Du côté canadien, deux organisations distinctes animent la scène torontoise. Fashion Art Toronto (FAT), plus ancien événement de mode indépendant au pays, a bouclé en mai dernier son édition printemps-été 2026, qui a réuni plus de 50 créateurs sous le thème « Toronto, Show Yourself ». Le milieu montréalais y était représenté : la designer LAKUACHIMOTO, basée à Montréal, avait été mise en vedette lors de la soirée d’ouverture, un rappel que les scènes mode de Toronto et de Montréal, souvent présentées comme rivales, continuent en réalité de beaucoup se croiser.

De son côté, Toronto’s Own Fashion Week (TOFW) vient d’annoncer le retour de sa programmation automne-hiver pour novembre prochain. L’organisme s’était fait remarquer l’automne dernier en investissant la station de métro désaffectée Lower Bay pour un défilé à l’énergie volontairement industrielle et brute, réunissant des marques comme Beyond Space, MadeByLLIP et Alexander Nicholson. Les détails de cette nouvelle édition FW27 restent à préciser, mais l’organisme a déjà fait de ces lieux inusités, dont les entrailles du réseau de transport en commun torontois, sa signature.

Québec et Montréal : Renaissance mise sur la seconde main sans la friperie-fouille

À Montréal, c’est dans Griffintown que se joue une expérience intéressante pour l’avenir du vêtement de seconde main. L’organisme à but non lucratif Renaissance y a lancé en mai dernier La Fibre.Atelier, un projet pilote qui revisite entièrement le concept de friperie. Plutôt que de longs portants à fouiller, la boutique propose une sélection curée : des pièces triées, nettoyées, rafraîchies et parfois réparées avant d’être présentées en collections, pensée pour rejoindre une clientèle qui apprécie l’idée du seconde main sans nécessairement se reconnaître dans l’expérience classique de la fouille.

Le pari est significatif pour Renaissance, mieux connu pour son vaste réseau de friperies traditionnelles à travers la métropole : il s’agit ici de prouver que la mode circulaire peut aussi se décliner dans un format plus proche du commerce de détail conventionnel, sans perdre son ancrage dans l’économie sociale. Le concept s’inscrit dans un mouvement plus large que l’on observe cette année à Montréal, où les nouvelles adresses de seconde main et de troc continuent de fleurir d’un quartier à l’autre, portées par une génération de consommateurs pour qui le vêtement usagé n’est plus un pis-aller, mais un choix.

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