Il n’existait pas, il y a un an, sur les sentiers laurentiens du géant du sport le plus prestigieux du trail mondial. Samedi, il a suffi de 7 heures, 51 minutes et 54 secondes pour que le Québec grave son nom dans l’histoire de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. Dany Racine, coureur de Victoriaville affilié au Club Citius, est devenu le tout premier champion du Boréalys Mont-Tremblant by UTMB, épreuve inaugurale des séries mondiales de la discipline reine de la course en sentier, disputée pour la première fois en sol québécois.
Une naissance attendue depuis un an
L’événement n’aurait jamais vu le jour sans l’annonce, en août 2025, d’un partenariat entre l’UTMB World Series — le circuit qui chapeaute la légendaire course de Chamonix, considérée comme le Saint-Graal du trail — et les Événements Harricana, organisation derrière plusieurs courses en sentier au Québec. Le Boréalys s’inscrit dans la volonté de Mont-Tremblant et des Événements Harricana de renforcer la présence du Québec sur la scène internationale du trail, aux côtés des autres grands rendez-vous sportifs de la station, dont le week-end IRONMAN 70.3 et 5150, tenu deux mois plus tôt à peine, en juin.
Du 14 au 16 août, ce ne sont pas moins de six formats, de la P’tite 5K jusqu’à l’exigeante Odyssée 100K, qui ont attiré des milliers de coureurs au Village Tremblant. L’épreuve reine — 80,7 kilomètres et plus de 4 000 mètres de dénivelé positif à travers la forêt boréale, ses racines, ses roches et ses longues ascensions — servait de vitrine à ce tout nouveau rendez-vous, quatre de ses six formats offrant des Running Stones, précieux sésames pour se qualifier aux finales de Chamonix.
Une victoire arrachée au sprint
C’est dans ce décor, où « le diable et les esprits du folklore québécois s’invitent sur les sentiers », selon la formule des organisateurs, que Dany Racine a livré une performance mémorable. Devant deux redoutables adversaires français, Clément Perrier et Matthieu Saliou — qui se sont eux-mêmes départagés au sprint pour les deuxième et troisième places, à 8 h 02 min 55 s —, le Québécois a tenu la cadence sur l’ensemble d’un parcours qu’il a lui-même qualifié de « super dur ».
« Je suis super content, a lancé Racine après sa victoire. Super dur comme défi, évidemment. C’est toujours dur, c’est ça la beauté de ce sport-là. C’était une belle aventure aujourd’hui », a-t-il résumé, soulignant aussi le rythme effréné imposé dès les premiers kilomètres par le Français Clément Perrier.
Pour Racine, cette victoire n’est pas un coup d’éclat isolé. L’athlète, dont l’indice UTMB s’élève à 814, s’était déjà illustré en 2025 en terminant au sommet du classement du 50K du Québec Mega Trail. Le Boréalys représente toutefois son plus important couronnement à ce jour — et le premier titre jamais décerné sur une épreuve UTMB World Series disputée en territoire québécois.
Une caution historique venue de Chamonix
La portée symbolique de l’événement n’a pas échappé au fondateur même de l’UTMB World Series, Michel Poletti, venu personnellement s’élancer sur le 20K de la Diable pour cette grande première. À 71 ans, la légende du trail mondial a bouclé son parcours le sourire aux lèvres, saluant des descentes « très techniques » et un tracé « vraiment agréable », précisant avoir pris part à l’aventure par pur plaisir.
Ce sceau d’approbation n’est pas anodin pour l’avenir de l’épreuve. En s’imposant comme un maillon officiel du circuit qui mène à Chamonix, Mont-Tremblant rejoint un cercle très fermé de destinations mondiales du trail — aux côtés de lieux comme la Thaïlande, l’Australie ou les Dolomites — et s’offre une vitrine internationale susceptible d’attirer, année après année, une élite mondiale grandissante.
Au-delà du chrono et du podium, le Boréalys Mont-Tremblant marque un jalon pour le sport d’endurance au Québec : la province dispose désormais de sa propre porte d’entrée vers l’un des circuits les plus courus de la planète, et un athlète d’ici en est le premier lauréat. Avec quelque 3 000 coureurs visés dès cette première édition et un format déjà salué par les organisateurs, l’épreuve laurentienne s’annonce comme un rendez-vous appelé à prendre de l’ampleur. Dany Racine restera, pour toujours, celui qui en a écrit la toute première page dorée.



