À Londres, une maison qu’on n’attendait plus rentre à la maison. À Ottawa et à Washington, la guerre commerciale continue de gagner du terrain, produit par produit. Et à Montréal, l’industrie locale s’apprête à occuper la rue pendant une semaine, en pleine tourmente tarifaire. Trois scènes d’une même rentrée mode, à des échelles très différentes.
Londres retrouve l’un de ses enfants prodigues
« London has always been at the heart of McQueen », a lancé Seán McGirr au British Fashion Council à la veille de son premier défilé londonien à la tête de la maison. La phrase résume à elle seule l’événement de cette 82e édition de la London Fashion Week, ouverte ce matin pour cinq jours consacrés aux collections printemps-été 2027 : le retour d’Alexander McQueen au calendrier officiel de sa ville natale, vingt-cinq ans après avoir migré vers Paris.
La nuance a son importance : McQueen n’avait pas complètement déserté Londres depuis 2001. La maison y avait présenté, hors calendrier, un défilé remarqué en 2021 sous la direction de Sarah Burton, sur le toit d’un stationnement de l’est de la ville. Mais c’est bien la première fois depuis un quart de siècle que la griffe revient s’inscrire dans la programmation officielle du British Fashion Council, avec à sa barre un créateur qui n’avait encore jamais défilé dans la capitale britannique : Seán McGirr présentera dimanche ses collections printemps-été 2027, femme et homme.
« Few have shaped the global fashion landscape with the same force, imagination and cultural impact », a résumé Laura Weir, la directrice générale du British Fashion Council, pour qui ce retour est l’aboutissement de plusieurs saisons de négociations discrètes.
McQueen ne sera pas seul à faire sensation. Mulberry revient également au calendrier avec les débuts très attendus de Christopher Kane comme directeur créatif, tandis que Burberry fermera la marche lundi soir. Selon le British Fashion Council, l’édition compte cette année 47 défilés, 23 présentations, 10 activations numériques et 53 événements en soirée, des chiffres qui donnent la mesure de l’ampleur inhabituelle de ce calendrier.
La journée d’ouverture a suivi le rituel habituel : Paul Costelloe à 10 h, les rendez-vous de Stephen Jones Millinery, l’ouverture au public du BFC Jewellery Showcase chez Dover Street Market, avant un enchaînement menant jusqu’au défilé de Harris Reed, puis à celui, très attendu, de H&M en soirée : une collaboration avec le photographe Nick Knight et SHOWstudio, pensée comme une relecture du format classique du défilé.
L’événement marque aussi, de l’aveu même du BFC, un élargissement assumé de ce que peut être une semaine de la mode : commerce de détail, numérique, cinéma, musique et mode de seconde main y occupent désormais une place significative, à l’image des débuts de Marks & Spencer en formule « see now, buy now » pour célébrer le centenaire de l’enseigne. Côté relève, Francesca Lake, Gui Rosa et Petra Fagerström font leurs premiers pas grâce au programme NEWGEN, pendant que la griffe indienne Lovebirds rejoint pour la première fois le calendrier officiel.
Canada : l’escalade tarifaire continue de s’étendre
Pendant que Londres célèbre, l’industrie canadienne du vêtement compte les coups. La Fédération canadienne du vêtement fait le point cette semaine sur un dossier qui n’en finit plus de s’alourdir : les tarifs imposés en vertu de l’article 338 du Tariff Act américain, les clarifications entourant les niveaux de préférence tarifaire, les visites d’inspection des douanes américaines chez les exportateurs et les mesures de soutien à la liquidité offertes aux entreprises du secteur.
Le contexte, lui, continue de se durcir. Depuis le 15 septembre, Washington applique de nouvelles modifications à ses droits de 50 % visant certains produits canadiens, notamment plusieurs catégories de produits laitiers ainsi que certaines huiles et matières grasses animales ou végétales. Ces changements sont intervenus après l’entrée en vigueur, le 8 septembre, des contre-mesures tarifaires canadiennes visant 27,6 milliards de dollars de produits américains, la réplique d’Ottawa à l’escalade amorcée par Washington fin août.
Plus préoccupant encore pour les exportateurs : à compter du 29 septembre, les États-Unis interdiront purement et simplement l’importation de certaines catégories de produits canadiens visées par les nouvelles proclamations présidentielles, notamment certains produits laitiers bruts, remplaçant pour ces catégories le régime de droits de 50 % par une exclusion pure et simple. Pour l’industrie du vêtement, qui figure toujours parmi les catégories visées par les tarifs américains de 50 % depuis le 22 août, l’escalade continue donc de s’installer dans la durée, sans horizon de résolution clairement défini.
Montréal entre dans le compte à rebours
À Montréal, la 6e édition de la Semaine Mode de Montréal s’ouvre dans quatre jours, du 21 au 27 septembre, avec une programmation qui dépasse cette année les 150 événements : visites d’ateliers, boutiques éphémères, conférences, lancements de collections et défilés, répartis aux quatre coins de la métropole et de la province. La formule, propulsée par mmode, reste fidèle à sa signature éclatée : chaque entreprise, établissement ou organisme basé au Québec est invité à monter son propre événement, de l’enseignement à la création en passant par la fabrication et la vente.
Cette densité inhabituelle du calendrier tombe à un moment où l’industrie québécoise traverse l’une de ses périodes les plus incertaines depuis des années, prise en étau par les tarifs américains qui frappent le secteur depuis la fin de l’été. Sous le thème de la créativité et de la résilience, l’événement s’annonce comme une occasion de remettre l’accent sur ce qui distingue la mode d’ici : une identité façonnée, selon mmode, autant par la nordicité du climat québécois que par un dialogue constant avec la tradition européenne, où confort et protection s’allient à une recherche esthétique bien réelle.
La semaine se poursuivra en parallèle du Festival POP Montréal, du 23 au 27 septembre, promettant à la métropole une fin de mois particulièrement animée, où les podiums croiseront les scènes musicales.



