« Capitaine Clutch » : le vrai parcours de Marie-Philip Poulin, de Beauceville jusqu’à cinq médailles olympiques
Marie-Philip Poulin a détesté son premier sport. Elle a ensuite passé son enfance à se faire rentrer dedans par son grand frère dans un sous-sol de Beauceville. Aujourd’hui, elle détient le surnom le plus mérité du sport canadien — « Capitaine Clutch » — et vient de devenir, à 35 ans, la meilleure marqueuse de l’histoire olympique du hockey féminin. Voici ce qu’il y a derrière la légende.
Elle a commencé par le patinage artistique… et l’a détesté
Née le 28 mars 1991 à Québec et élevée à Beauceville, Marie-Philip s’initie au patinage artistique à quatre ans. Le verdict est sans appel : elle déteste ça. Un an plus tard, elle convainc ses parents de la laisser essayer le hockey — le sport de son grand frère, Pier-Alexandre, qu’elle admirait et voulait imiter en tout point.
Son frère lui a décroché une dent… en jouant contre elle au sous-sol
Poulin a toujours affirmé être la « fan numéro un » de son frère aîné, le suivant partout et jouant avec lui à la moindre occasion, que ce soit au sous-sol familial ou sur la patinoire extérieure. Elle lui attribue son éthique de travail et sa discipline — même s’il lui a déjà fait sauter une dent lors d’un de leurs affrontements improvisés à la maison.
À 11 ans, en regardant les Olympiques de 2002, une étincelle s’est allumée
Poulin avait 11 ans lorsqu’elle a vu le Canada battre les États-Unis pour remporter son premier titre olympique en cinq décennies, à Salt Lake City en 2002. « Je pense que c’est là que ça a vraiment commencé à germer dans ma tête, la petite étincelle, le rêve : peut-être qu’un jour, tu pourras représenter [ton pays] », a-t-elle confié plus tard à Sportsnet.
Elle a vécu six mois avec ses idoles — qu’elle considère aujourd’hui comme des sœurs
Au début de sa carrière avec l’équipe nationale, Poulin a eu la chance de cohabiter pendant six mois avec des joueuses qu’elle admirait profondément pour leur talent : Charline Labonté, Kim St-Pierre et Caroline Ouellette. Ce séjour lui a permis d’apprendre à connaître les personnes derrière les casques — au point où elle les considère aujourd’hui comme des sœurs.
On la compare à Sidney Crosby — et le surnom « Capitaine Clutch » n’est pas volé
Poulin est la seule joueuse de hockey de l’histoire olympique à avoir marqué le but gagnant de la médaille d’or lors de trois finales différentes (Vancouver 2010, Sotchi 2014, Beijing 2022), et la première joueuse — homme ou femme — à avoir marqué dans quatre matchs pour la médaille d’or aux Jeux olympiques. À Beijing 2022, elle a reçu l’honneur d’être porte-drapeau de la cérémonie d’ouverture pour Équipe Canada.
En 2026, blessée, elle rate deux matchs préliminaires… puis revient pour battre un record vieux d’une génération
Aux Jeux de Milano Cortina 2026, une blessure force Poulin à manquer deux matchs de la ronde préliminaire. Elle revient marquer un but en quart de finale, puis deux en demi-finale, portant son total à 20 buts en carrière olympique — un sommet absolu qui fait d’elle la meilleure buteuse de l’histoire du hockey féminin olympique, dépassant le record de sa compatriote Hayley Wickenheiser. Le Canada s’incline finalement en prolongation contre les États-Unis en finale, repartant avec l’argent — mais Poulin devient tout de même seulement la troisième joueuse de hockey canadienne (et l’une des quatre au monde, tous genres confondus) à décrocher cinq médailles olympiques.
Elle a épousé sa propre coéquipière — l’une des trois premières joueuses signées par Montréal avant même le repêchage de la ligue
En septembre 2024, Poulin épouse Laura Stacey, sa coéquipière avec la Victoire de Montréal — les deux femmes portant chacune une magnifique robe blanche sans manches lors de la cérémonie. Un couple qui s’est formé bien avant l’union : Poulin, Stacey et la gardienne Ann-Renée Desbiens comptent parmi les trois toutes premières athlètes à avoir signé un contrat avec la formation montréalaise avant même la tenue du repêchage inaugural de la Ligue professionnelle de hockey féminin, en septembre 2023. Poulin et Stacey ont aussi déjà gagné ensemble l’or olympique et l’or mondial, comme coéquipières sur la glace bien avant de l’être dans la vie.
En mai 2026, elle soulève la toute première Coupe Walter de l’histoire de son équipe — avec sa femme à ses côtés
Le 20 mai 2026, Poulin mène la Victoire de Montréal à une victoire de 4-0 contre la Charge d’Ottawa, remportant ainsi le tout premier championnat de la Coupe Walter de l’histoire du club — une première pour une équipe canadienne de la LPHF. Fidèle à la tradition du capitanat, elle est la première à soulever le trophée avant de le présenter à ses coéquipières. Son jeu inspiré (8 points en séries, un sommet égalé dans l’histoire de la ligue pour une seule année éliminatoire) lui vaut le trophée Ilana Kloss de joueuse la plus utile des séries éliminatoires. Le moment le plus partagé sur les réseaux sociaux, cependant, reste sa célébration les bras grand ouverts avec sa femme et coéquipière Laura Stacey — un vrai moment « couple goal », selon plusieurs médias québécois.
Elle est passée de « la petite dernière » à la vétérane du vestiaire — sans jamais annoncer sa retraite
« J’étais le bébé et là je suis rendue la plus vieille, mais c’est vraiment cool d’épauler mes coéquipières et ça me fait aussi rester jeune », confiait Poulin à Radio-Canada en 2024, à 33 ans. Interrogée après la finale de Milano Cortina 2026 sur la possibilité que ces Jeux aient été ses derniers, elle est restée évasive, disant ne pas encore savoir. Bien qu’elle ne cache pas son intérêt pour le coaching universitaire un jour, elle n’a jamais confirmé la fin de sa carrière — et son été 2026 en dit long sur ses réserves d’énergie : une cinquième médaille olympique et un premier championnat de la LPHF, célébrés ensemble lors d’un retour triomphal à Beauceville en juin, incluant une visite à l’école primaire de son enfance.
De la petite fille qui détestait le patinage artistique jusqu’à la capitaine la plus décorée de l’histoire du hockey féminin canadien, en passant par une dent perdue au sous-sol et un mariage avec sa propre coéquipière, Marie-Philip Poulin prouve qu’on peut être une légende absolue du sport et rester, au fond, une fille de Beauceville qui aime revenir voir ses partisans chez elle.


