Après un gel budgétaire en 2025, l’administration Martinez Ferrada enchaîne les annonces de réinvestissement en culture. La question qui reste sans réponse claire : ce rythme d’annonces ponctuelles mènera-t-il réellement à l’objectif chiffré promis en campagne électorale?
L’administration municipale a annoncé mercredi une bonification des bourses accompagnant ses prix en arts visuels et métiers d’art. C’est un geste modeste en apparence, mais il s’inscrit dans un mouvement plus large de réinvestissement culturel amorcé depuis le budget 2026 : la Ville a ajouté cette année 2,5 millions de dollars à sa contribution au Conseil des arts de Montréal, la faisant passer de 21,9 M$ à environ 24,4 M$ — une hausse qui suit le gel budgétaire imposé en 2025. Le budget global du CAM, lui, incluant les autres sources de financement, atteint 26,7 M$ en 2026. En avril, l’administration avait déjà annoncé une hausse de près de 30 % du soutien financier aux festivals et événements culturels, faisant passer le budget annuel du programme dédié de 1 759 500 $ à 2 264 500 $.
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Le contraste avec l’année précédente mérite d’être souligné, à l’avantage de l’administration actuelle.
Un gel budgétaire suivi d’une série de réinvestissements ciblés dans l’année qui suit, ce n’est pas rien pour un milieu culturel qui carbure aux subventions publiques et qui absorbe difficilement les années de vaches maigres. La directrice générale du Conseil des arts de Montréal, Nathalie Maillé, a d’ailleurs salué par communiqué ce qu’elle a présenté comme l’écoute et la vision de la nouvelle administration, précisant que ces sommes serviront à remettre à niveau des programmes qui avaient dû être réduits au cours des dernières années. Un organisme culturel qui confirme publiquement que l’argent sert d’abord à consolider des programmes fragilisés par les compressions passées, plutôt qu’à financer de la nouveauté pure, donne une crédibilité réelle à l’exercice.
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Mais l’engagement électoral qui encadre tout cela reste, lui, à valider dans la durée — et il est désormais possible de le chiffrer précisément.
Lors de la campagne électorale, Soraya Martinez Ferrada s’était engagée à hausser la contribution municipale au Conseil des arts de Montréal à 30 millions de dollars d’ici 2028 — un échéancier plus serré que celui de l’administration Projet Montréal sortante, qui visait plutôt 2030 pour atteindre la même cible. C’est une promesse ambitieuse, et le geste de 2,5 millions annoncé pour 2026 est cohérent avec cette trajectoire. Après cette hausse, il reste toutefois environ 5,6 millions de dollars à ajouter pour atteindre les 30 millions promis — soit, si l’on répartissait l’effort également sur les deux budgets suivants, near 2,8 millions par année en 2027 et en 2028. Ce n’est évidemment pas nécessairement le scénario que retiendra la Ville, mais l’exercice montre que l’objectif demeure parfaitement mesurable, et qu’il n’y a donc aucune raison valable de ne pas en publier la trajectoire détaillée.
Un engagement électoral chiffré sur quatre ans ne devrait pas se vérifier uniquement à coups de communiqués annuels égrenés au fil des saisons — une bonification de bourses en août, une hausse de programme de festivals en avril, un ajout à la contribution du CAM en janvier. Ce sont des bonnes nouvelles prises individuellement, et il faut se garder de les additionner comme si elles formaient toutes une seule et même enveloppe : la hausse de 2,5 millions au CAM et la hausse de 505 000 $ au programme des festivals sont deux mesures budgétaires distinctes, financées par des lignes différentes. Mais malgré cette bonne nouvelle répétée, aucune n’équivaut à un plan pluriannuel clair montrant, chiffre par chiffre, comment la Ville compte passer de 24,4 millions à 30 millions d’ici 2028.
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Ce qui manque, ce n’est pas la volonté politique — c’est la transparence sur la trajectoire.
Le Conseil des arts de Montréal lui-même a intérêt à exiger cette feuille de route détaillée, plutôt que de se contenter d’accueillir favorablement chaque annonce ponctuelle au fur et à mesure qu’elle tombe. Un secteur culturel qui vient de sortir d’un gel budgétaire a besoin de prévisibilité pour planifier ses propres programmations sur plusieurs années — pas seulement de bonnes nouvelles distillées communiqué par communiqué, aussi bienvenues soient-elles individuellement. Cela dit, on est encore à mi-mandat de cet engagement : il serait prématuré, à ce stade-ci, de conclure que la promesse ne sera pas tenue. La question porte moins sur le rythme actuel des annonces que sur l’absence, pour l’instant, d’un calendrier financier publié.
Ce que les artistes montréalais devraient réclamer avant le prochain budget.
La bonification des bourses en arts visuels et métiers d’art annoncée cette semaine est une bonne nouvelle qui mérite d’être saluée sans réserve pour ce qu’elle est — même si les montants précis de cette bonification, eux, restent à confirmer auprès de la Ville, le communiqué détaillé n’ayant pas circulé aussi largement que les annonces budgétaires de janvier et d’avril. Mais le vrai test de l’engagement électoral de la mairesse ne se jouera pas dans les communiqués individuels de 2026 — il se jouera dans la capacité de son administration à publier, avant le prochain budget municipal, un échéancier clair démontrant comment les quelque 5,6 millions de dollars manquants seront ajoutés d’ici 2028, plutôt que de laisser le milieu culturel deviner, année après année, si la promesse tiendra la route.


