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Damian Warner séchait ses cours au secondaire — une quinzaine d’années plus tard, il devenait le premier Canadien champion olympique de décathlon

Le parcours (et le pire cauchemar vécu en direct) de Damian Warner, l’homme qu’on a longtemps considéré comme le meilleur athlète du monde

Damian Warner n’a découvert le décathlon qu’à 17 ans, presque par accident, grâce à ses entraîneurs de basketball et de football au secondaire. Il n’avait jamais rêvé d’une bourse universitaire américaine — ses notes ne le permettaient tout simplement pas. Une quinzaine d’années plus tard, il devenait le premier Canadien de l’histoire à remporter l’or olympique au décathlon, avec un score inscrit dans les livres d’histoire de l’athlétisme mondial.

Il séchait ses cours — et ça lui a fermé la porte des bourses universitaires américaines

« Je ne comprenais pas l’importance des études quand je fréquentais l’école secondaire. Je séchais mes cours souvent et à cause de ça, mes notes en ont souffert », a confié Warner à Équipe Canada. Combiné à son entrée tardive dans le sport organisé, ce parcours scolaire l’a privé des bourses américaines auxquelles rêvent la plupart des futurs athlètes olympiques.

Ses entraîneurs de basketball et de football lui ont suggéré le décathlon — un sport qu’il ne pratiquait pas encore

Plutôt que de poursuivre le football ou le basketball, ses deux sports de prédilection au secondaire, ses entraîneurs Dennis Nielson et Gar Leyshon ont vu chez lui la mentalité patiente et la polyvalence nécessaires pour exceller au décathlon — une discipline combinant dix épreuves sur deux jours. « Mes entraîneurs, qui étaient aussi mes enseignants à l’école, m’ont fait venir dans leur classe et m’ont dit : il y a un sport qui s’appelle le décathlon et on pense que tu pourrais être très bon là-dedans », se souvient Warner.

Son rêve olympique est né en regardant deux légendes canadiennes de la piste

Warner a grandi en admirant les patineuses et sprinteurs canadiens de sa jeunesse, notamment Catriona Le May Doan et Donovan Bailey, dont les performances olympiques ont fait naître chez lui le rêve de représenter un jour le Canada sur la scène internationale.

Sa toute première compétition de décathlon? Une déception… transformée en déclic

À 20 ans, en 2010, Warner dispute son tout premier décathlon aux Championnats canadiens d’athlétisme, à Toronto. Il termine deuxième avec 7 449 points, à 331 points du champion. D’abord déçu, il réalise vite l’ampleur de ce résultat : malgré son inexpérience totale et des conditions météo défavorables, il avait déjà un score respectable — la preuve, selon lui, qu’il y avait un potentiel énorme à exploiter.

Il a terminé 5e à ses premiers Jeux olympiques… classé 20e à son arrivée

Aux Jeux de Londres 2012, Warner surprend tout le monde avec une 5e place au décathlon, alors qu’il était classé seulement 20e avant le début de la compétition — une amélioration de plus de 300 points par rapport à son record personnel, avec des sommets personnels dans six des dix épreuves.

Il détient huit titres — un record — dans l’une des compétitions les plus prestigieuses du sport

Warner a remporté à huit reprises l’Hypo-Meeting de Götzis, en Autriche, considéré comme l’un des rendez-vous les plus relevés du calendrier mondial du décathlon — un record de titres dans cette compétition. Il détient aussi les records du monde de décathlon au 100 m (10,12 s) et au 110 m haies (13,36 s), et a longtemps détenu celui du saut en longueur (8,28 m).

En 2017, il a couru un 1500 mètres décisif… en pleine gastro-entérite virale

Aux Championnats du monde de Londres 2017, Warner tombe malade d’un virus de gastro-entérite qui touche une quarantaine d’athlètes de la compétition. Visiblement affaibli dès la première épreuve, il termine tout de même cinquième — à 179 points du podium — après avoir bouclé le 1500 m final avec ce qu’un analyste de CBC Sports a qualifié de performance impressionnante, considérant son état.

Il est devenu le quatrième homme de l’histoire à dépasser les 9000 points — et le premier Canadien champion olympique de décathlon

Aux Jeux de Tokyo 2020 (disputés en 2021), Warner conclut avec un total de 9018 points, un record olympique — devenant seulement le quatrième athlète de l’histoire à franchir le plateau des 9000 points, après le Tchèque Roman Šebrle, l’Américain Ashton Eaton et le Français Kevin Mayer. Il devient officiellement le premier Canadien de toute l’histoire à remporter l’or olympique au décathlon, remportant trois des dix épreuves (100 m, 110 m haies, saut en longueur) et devançant Mayer, pourtant détenteur du record du monde. Il porte ensuite le drapeau canadien lors de la cérémonie de clôture des Jeux.

Devenir père l’a forcé à… arrêter de s’entraîner en pleine allée d’épicerie

Warner et son épouse, Jen Cotten — elle-même athlète accomplie —, accueillent leur fils Theo en 2021. « Avant, je portais une très grande part de mon attention vers l’athlétisme. Jen disait à la blague que même quand j’étais dans les allées de l’épicerie, je continuais de répéter mon mouvement pour le lancer du disque », a raconté Warner. La paternité l’a forcé, dit-il, à trouver un meilleur équilibre dans sa vie et son entraînement.

À Paris 2024, il a vécu son « pire cauchemar » en direct — puis a accueilli sa fille quelques semaines plus tard

Champion olympique en titre, Warner connaît une première journée difficile à Paris 2024, terminant 4e après les cinq premières épreuves. Il reprend toutefois la tête dès l’ouverture du deuxième jour grâce aux 110 m haies, avant de repasser 2e après le disque, à 72 points de la tête. C’est à ce moment, à l’aube de la huitième épreuve, qu’il rate ses trois tentatives au saut à la perche, mettant fin à ses espoirs de podium. Dévasté, il se retire de la compétition. Peu après son retour des Jeux, lui et Jen accueillent leur fille Olivia, qui rejoint son grand frère Theo, alors âgé de quatre ans. « Tu peux être complètement bouleversé par la compétition, et tu rentres à la maison, et tu as la plus belle chose que tu aies jamais vue, non? À partir de là, la vie reprend le dessus », a-t-il confié à CBC Sports.

En septembre 2025, une blessure au tendon d’Achille l’a de nouveau forcé à se retirer — à quelques jours d’une compétition mondiale

En septembre 2025, alors qu’il se sentait en pleine forme et impatient de représenter à nouveau le Canada, Warner doit se retirer des Championnats du monde de Tokyo à cause d’une blessure persistante au tendon d’Achille, aggravée dans les derniers jours avant la compétition. Une imagerie par résonance magnétique révèle une inflammation et la présence de liquide, sans déchirure — mais suffisamment pour l’empêcher de prendre le départ, à 35 ans.

Du jeune homme qui séchait ses cours au secondaire jusqu’au premier Canadien champion olympique de décathlon de l’histoire — en passant par une gastro-entérite en pleine compétition mondiale et un « pire cauchemar » vécu devant les caméras à Paris — Damian Warner incarne une vérité simple du sport de haut niveau : la grandeur ne se construit jamais sans revers, et parfois, elle commence carrément par un détour.

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