Les autorités américaines s’invitent dans les affaires de l’un des récents rachats de Shein, deux détaillants canadiens continuent de prouver qu’il est possible de croître en misant sur une clientèle plus fortunée, et une créatrice montréalaise voit sa griffe voyager jusque sur la tournée européenne d’une pop star mondiale.
Voici trois nouvelles qui retiennent l’attention dans le secteur de la mode.
Monde : Washington enquête sur le rachat d’Everlane par Shein
Le Comité sur les investissements étrangers aux États-Unis (CFIUS), un groupe interagences dirigé par le département du Trésor américain, a entamé un examen de sécurité nationale visant l’acquisition du détaillant américain de vêtements Everlane par Shein. Cette transaction de 80 millions de dollars, conclue en mai dernier, avait été peu commentée à l’époque; fait inhabituel, c’est Shein elle-même qui a demandé cet examen après coup, plutôt que d’obtenir l’aval du comité avant de finaliser l’achat, comme le veut généralement la pratique.
Au cœur de l’examen : la question de savoir si la propriété, par une entreprise fondée en Chine, d’un commerce détenant les données personnelles de consommateurs américains constitue une menace à la sécurité nationale. Le CFIUS dispose du pouvoir de bloquer, de défaire ou d’assortir de conditions toute transaction jugée problématique, bien qu’aucune conclusion n’ait encore été rendue publique. L’affaire s’ajoute à une liste déjà longue d’obstacles réglementaires auxquels fait face Shein sur l’un de ses marchés les plus importants, alors même que l’entreprise lançait cette semaine son premier appel public à l’épargne à Hong Kong. Une cotation dont le prix définitif doit être fixé le 31 août, les premiers échanges étant prévus le 1er septembre.
Canada : Aritzia et Groupe Dynamite, les bons élèves d’un marché autrement difficile
Du côté canadien, l’analyste du commerce de détail Bruce Winder souligne à quel point Aritzia et Groupe Dynamite continuent de se démarquer d’un secteur autrement marqué par la prudence des consommateurs. Selon lui, les deux détaillants doivent leur succès à une combinaison de facteurs : une clientèle plus aisée, une exécution disciplinée et une expansion internationale réfléchie, qui leur permet d’afficher des croissances de ventes à deux chiffres et une amélioration de leurs marges, à contre-courant de la tendance générale du commerce de détail.
Le titre d’Aritzia n’est toutefois pas complètement à l’abri des soubresauts boursiers : l’action a reculé de 5,5 % le 20 août dernier, un rappel que même les détaillants les plus performants du pays font face à une barre de plus en plus haute pour justifier des attentes de croissance élevées, dans un contexte où les investisseurs continuent d’évaluer si l’expansion accélérée aux États-Unis peut se poursuivre au même rythme. Il n’en demeure pas moins que la stratégie misant sur une clientèle à pouvoir d’achat plus élevé continue, pour l’instant, de porter fruit pour ces deux fleurons canadiens.
Québec et Montréal : de l’atelier montréalais aux tournées européennes
C’est une belle histoire de rayonnement qui retient l’attention à Montréal : la designer montréalaise Marie-Ève Beaudoin, de la marque 3-Dimensional, a signé une tenue de scène portée par Katy Perry lors de sa tournée européenne. Ce type de collaboration, bien que ponctuel, illustre la façon dont certaines créatrices d’ici parviennent à faire rayonner leur travail bien au-delà des podiums locaux, jusque sur les plus grandes scènes internationales.
L’actualité mode locale se décline aussi à plus petite échelle, mais tout aussi significative pour l’écosystème : la marque montréalaise Je love Haïti a lancé, selon son propre communiqué, trois nouvelles pièces — un blouson, un coton ouaté et un t-shirt, pour souligner la qualification de l’équipe haïtienne à la Coupe du monde de soccer, une première depuis 1974, tandis que Les Roses de Montréal se sont associées à Girl Crush pour une collection capsule de quatre pièces.
Autant de rappels que la mode montréalaise, entre podiums internationaux et initiatives de quartier, continue de tisser des liens avec sa communauté bien au-delà des grands rendez-vous comme le Festival M.A.D.


