Alors que le Festival M.A.D. entame sa deuxième soirée à la Place des Festivals avec, à l’affiche, Marie Saint-Pierre et la relève du Collège LaSalle, la justice américaine vient de confirmer la fin d’un avantage fiscal longtemps exploité par les géants de la mode ultra-rapide. Au Canada, un autre symbole de l’industrie du vêtement, Canada Goose, montre à quel point l’année aura été rude.
Monde : la fin d’un privilège pour la mode ultra-rapide
La Cour américaine du commerce international (U.S. Court of International Trade) a confirmé le 13 août le pouvoir de l’exécutif américain de maintenir la suspension de l’exemption dite « de minimis », qui permettait jusqu’ici aux colis d’une valeur de 800 $ US ou moins d’entrer aux États-Unis en franchise de droits de douane et selon une procédure simplifiée. Cette exemption avait longtemps constitué un rouage essentiel du modèle d’affaires des géants chinois de la mode ultra-rapide comme Shein et Temu, qui expédiaient directement aux consommateurs américains des millions de petits colis échappant ainsi aux tarifs habituels. Sa suspension, déjà en vigueur depuis plusieurs mois, a donc résisté à une contestation judiciaire qui aurait pu la faire annuler — une abrogation législative complète restant par ailleurs prévue pour juillet 2027.
Cette nouvelle survient alors que Shein traverse elle-même une période chargée : l’entreprise a reporté ses débuts en bourse à Hong Kong, désormais visés pour le 1er septembre plutôt que le 28 août initialement prévu, dans un contexte de demande plus faible de la part des investisseurs et d’une valorisation revue nettement à la baisse, autour de 26 à 27 milliards de dollars américains — loin des 100 milliards atteints lors de son sommet de 2022. Toutes les nouvelles ne sont cependant pas mauvaises pour l’industrie cette semaine : le fabricant allemand de sandales et de chaussures Birkenstock a de son côté relevé ses prévisions de croissance de ses ventes annuelles à 15 %, le haut de sa fourchette cible précédente, après avoir publié des résultats trimestriels solides portés par une demande soutenue pour ses modèles classiques.
Canada : Canada Goose, un titre sous pression
Du côté canadien, c’est plutôt un bilan boursier morose qui retient l’attention. Le titre de Canada Goose, coté à New York, le fabricant torontois de parkas haut de gamme dont les origines remontent à 1957, se négociait autour de 8,70 $ US le 19 août, ce qui ramène sa capitalisation boursière à environ 850 millions de dollars américains — une fraction de ce qu’elle valait à son sommet, il y a plusieurs années. L’entreprise, dont la production demeure largement rapatriée au Canada, notamment dans ses usines de Toronto et de Winnipeg, avait justement été identifiée plus tôt cet été comme l’une des entreprises les plus exposées aux tarifs américains en raison de cette fabrication locale.
La pause de trois jours sur l’entrée en vigueur de tarifs américains de 50 % annoncée mercredi a évité le pire scénario à court terme pour l’industrie canadienne du vêtement, mais rien n’est encore réglé : les équipes de négociation canadienne et américaine devaient à nouveau se rencontrer vendredi, l’échéance planant toujours sur le dossier. Cette incertitude n’a pas suffi, à elle seule, à redonner des couleurs au titre de Canada Goose, qui continue d’évoluer bien en deçà de ses concurrents plus diversifiés comme Aritzia. La marque doit désormais composer avec un double défi : la valeur perçue de son origine canadienne, longtemps un argument de vente, s’accompagne aussi d’une exposition accrue aux soubresauts du commerce nord-américain.
Québec et Montréal : deuxième soirée sous le signe de la relève
Pendant ce temps, à Montréal, le Festival M.A.D. amorce ce soir sa deuxième soirée à la Place des Festivals, avec deux rendez-vous très attendus : le défilé de la Maison Marie Saint-Pierre, prévu à 19 h 45, suivi à 20 h du défilé Icônes du Collège LaSalle, qui réunira une vingtaine de mannequins emblématiques dans un hommage à l’âge d’or des podiums des années 1990. L’exposition Italia è Moda, qui présente notamment deux costumes originaux du film Casanova de Federico Fellini, lauréats de l’Oscar du meilleur costume en 1977, se poursuit également jusqu’à dimanche.
Au-delà des projecteurs du centre-ville, l’esprit du festival continue par ailleurs de se déployer dans les quartiers avec l’initiative Défile ton Montréal, qui se poursuit jusqu’au 10 septembre en collaboration avec sept sociétés de développement commercial, du District Central à l’avenue du Mont-Royal en passant par la Promenade Wellington, à Verdun. Une façon, comme le résume la cofondatrice du festival Chantal Durivage, de mettre en valeur non seulement les podiums, mais aussi les boutiques qui façonnent, quartier par quartier, l’identité mode de Montréal.



