Top 5 This Week

Articles similaires

Charles Milliard mise sur la francophonie pour desserrer l’étreinte américaine sur l’économie québécoise

Le chef libéral propose de réduire d’au moins 15 % la part des exportations québécoises destinées aux États-Unis d’ici la fin d’un premier mandat, une promesse dévoilée alors que son parti peine à décoller dans les intentions de vote

Le lendemain d’un lancement de campagne largement jugé raté par les analystes politiques, Charles Milliard n’a pas cherché à changer de cap. Devant un parterre à Sherbrooke, le chef du Parti libéral du Québec a défendu son approche avec une formule qui se voulait rassurante: il ne s’était pas écoulé vingt quatre heures depuis le déclenchement de la campagne, a-t-il fait valoir, et le Québec disposait encore de trente-huit jours pour entendre l’intégralité de son plan. C’est dans ce contexte de scepticisme ambiant que le chef libéral a présenté ce qu’il appelle son « bataillon économique », dont la pièce maîtresse consiste à réduire d’au moins 15 % la part des exportations québécoises destinées aux États-Unis au cours d’un premier mandat.

Le constat de départ que dresse M. Milliard n’est pas contesté par ses adversaires: environ 70 % des exportations internationales du Québec prennent le chemin des États-Unis, une concentration qui expose la province de plein fouet aux soubresauts de la politique commerciale américaine. Le chef libéral reproche au gouvernement sortant d’avoir vu venir cette vulnérabilité sans agir en conséquence, affirmant que Christine Fréchette et la Coalition avenir Québec savaient que la guerre commerciale s’en venait, mais n’ont pas construit les protections nécessaires pour les entreprises québécoises.

La francophonie comme relais de croissance

Pour atteindre cet objectif de diversification, le Parti libéral du Québec mise sur un axe qui distingue nettement sa proposition de celles de ses adversaires: le développement d’alliances économiques avec le Canada, l’Europe et l’espace francophone. Charles Milliard défend cette orientation en des termes qui se veulent porteurs, affirmant qu’il est temps d’aborder la francophonie d’un point de vue offensif, comme un levier de développement des marchés et des entrepreneurs, et non plus comme une simple affaire de politique linguistique. Selon lui, la position géographique du Québec en Amérique du Nord, combinée à son appartenance à l’espace francophone, lui confère un avantage compétitif que peu d’autres juridictions nord-américaines peuvent revendiquer.

Concrètement, le plan libéral prévoit la création d’outils de développement pour le commerce international, dont des missions commerciales dites « inversées ». L’idée renverse la logique habituelle du démarchage export: plutôt que d’exiger des petites et moyennes entreprises québécoises qu’elles prennent l’avion, financent une mission commerciale et mobilisent leur personnel pour aller chercher une nouvelle clientèle à l’étranger, ce sont des acheteurs et des entreprises étrangères qui seraient accueillis directement au Québec. Le parti y voit un moyen d’alléger le fardeau logistique et financier que représente, pour une PME, la conquête de marchés extérieurs.

Une aide directe chiffrée à 1,6 milliard de dollars, distincte de la stratégie de diversification

Cette annonce s’inscrit par ailleurs dans la continuité d’un engagement financier déjà connu: le Parti libéral a rappelé sa promesse d’investir 1,6 milliard de dollars en aide directe aux entreprises, une enveloppe présentée à l’origine comme une réponse à court terme à la crise tarifaire plutôt que comme un financement dédié à la nouvelle stratégie de diversification des marchés dévoilée le 28 août. Les deux annonces sont liées politiquement — l’une répond à l’urgence, l’autre trace un cap à plus long terme — mais elles demeurent des engagements distincts dans le programme libéral.

Charles Milliard a par ailleurs pris soin de distinguer sa proposition de celle du Parti québécois sur un point précis: selon lui, l’idée péquiste de tenir un référendum, même reporté après le départ de Donald Trump de la présidence américaine, accentuerait davantage l’incertitude économique plutôt que de la réduire, à un moment où la province a justement besoin de stabilité pour mener à bien sa diversification commerciale.

Une promesse qui doit percer un mur de scepticisme

Le contexte dans lequel cette annonce a été faite complique cependant sa réception. Un sondage La Presse–Synopsis, le deuxième publié en deux jours, plaçait le Parti libéral loin derrière la Coalition avenir Québec et le Parti québécois dans les intentions de vote, et en recul par rapport aux relevés précédents. Les commentateurs politiques ont été presque unanimes à juger que le parti avait raté son entrée en campagne, un jugement sévère pour une formation qui espérait profiter du retour de ce qu’elle appelle elle-même sa « machine libérale ». Le défi de notoriété auquel fait face Charles Milliard n’est pas nouveau: un sondage de la firme Léger, publié au début de l’été, indiquait que 42 % des électeurs ignoraient qui il était, tandis qu’un sondage plus récent ne lui accordait que 14 % d’appuis à la question de savoir qui ferait le meilleur premier ministre.

Face à ces chiffres, le chef libéral a choisi la constance plutôt que la correction de trajectoire, invitant les Québécois à prendre une pause avant de juger une campagne à peine entamée. Cette posture comporte son propre risque: un plan économique, aussi structuré soit-il sur le papier, ne produit d’effet électoral que s’il parvient à franchir le mur de scepticisme médiatique et populaire qui s’est déjà refermé sur les premiers jours de la campagne libérale.

Une cible ambitieuse aux modalités encore à préciser

Reste que l’objectif chiffré de 15 % pose, comme toute cible de ce type, la question de sa faisabilité réelle en un seul mandat. Réorienter une part significative des flux commerciaux d’une économie aussi intégrée que celle du Québec à son voisin américain suppose des changements structurels, allant de la certification des produits à l’adaptation des chaînes logistiques, qui dépassent largement le seul horizon d’une législature provinciale. Le Parti libéral n’a pas encore précisé quels secteurs industriels seraient prioritairement visés par cette stratégie de diversification, ni comment il entend mesurer les progrès réalisés d’ici la fin d’un éventuel mandat. C’est sur ces détails, plus que sur le principe général d’une diversification jugée souhaitable par l’ensemble des partis en lice, que se jouera la crédibilité de cette promesse dans les semaines qui restent avant le scrutin du 5 octobre.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Populaires