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Les radars photo rapportent des sommes records, mais Montréal reçoit-elle vraiment sa juste part?

Les radars photo ont généré environ 133 millions de dollars en amendes au Québec en 2025, un sommet historique. Le site le plus payant de toute la province se trouve à Montréal. Pourtant, cet argent est versé au Fonds de la sécurité routière du gouvernement provincial, et rien ne garantit qu’une part proportionnelle en revient à la métropole pour financer sa propre sécurité routière.

Selon les données les plus récentes du ministère de la Justice, les radars photo ont représenté environ 133 millions de dollars d’amendes au Québec en 2025, contre près de 100 millions l’année précédente. Ce sont surtout les radars mobiles, en particulier ceux déployés dans les zones de travaux, qui expliquent cette hausse. Leurs revenus ont bondi d’environ 65 millions à 96,8 millions de dollars en un an, une progression de près de 50 %. Les radars fixes, eux, sont demeurés relativement stables, autour de 32 millions.

Le site le plus payant de la province se trouve à Montréal

Les deux radars installés dans les deux directions du chantier situé à l’entrée du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, sur l’autoroute 25, ont à eux deux rapporté 15,3 millions de dollars en 2025. Plus de 41 000 constats d’infraction ont été émis en une seule année, la limite de vitesse y étant abaissée à 50 km/h et les amendes doublées en raison du chantier. Depuis leur mise en service, ces appareils auraient déjà accumulé plus de 26 millions de dollars. Selon un classement établi à partir des données du ministère, ils occuperaient même le deuxième rang des radars les plus lucratifs de l’histoire du programme, derrière celui de Mirabel sur l’autoroute 15.

Où va vraiment cet argent?

C’est ici que le bât blesse. Depuis leur implantation en 2009, les amendes et les frais générés par les radars photo sont versés au Fonds de la sécurité routière, une caisse provinciale dont les surplus doivent obligatoirement financer des mesures de sécurité routière ou de l’aide aux victimes de la route. Or, cet argent n’est pas automatiquement redistribué aux villes où les infractions sont commises. Un mécanisme existe bel et bien depuis 2015, permettant à certaines municipalités, dont Montréal, Gatineau, Laval, Longueuil et Québec, de recevoir des sommes pour les infractions constatées sur leur réseau municipal. L’autoroute 25, où se trouve le radar le plus payant de la province, est toutefois une route provinciale et non municipale. Ce mécanisme ne s’y applique donc vraisemblablement pas.

Dans les faits, la seule façon pour une ville de toucher une part de cet argent consiste à déposer une demande au Programme d’aide financière du Fonds de la sécurité routière. Il s’agit d’une enveloppe compétitive et plafonnée, limitée à 350 000 $ par projet, qui finance des initiatives précises telles que des dos d’âne, des campagnes de sensibilisation ou des aménagements ponctuels. Elle ne verse donc pas une part proportionnelle des revenus générés sur le territoire de chaque ville. Générer 15,3 millions de dollars d’amendes sur son territoire ne donne ainsi à Montréal aucun droit automatique à une somme équivalente, ni même à une fraction fixe de celle-ci.

Le paradoxe des zones scolaires

Dans les seules zones scolaires, les radars mobiles ont généré plus de 66 000 constats d’infraction entre 2020 et 2024, pour un total de 14,2 millions de dollars versés au Fonds de la sécurité routière. Cette situation survient alors que le gouvernement a, de son côté, réduit de 18 millions de dollars par année le budget du Programme d’aide financière au développement des transports actifs dans les périmètres urbains, qui finance notamment les corridors scolaires. Cette enveloppe est ainsi passée de 38 millions en 2024-2025 à 20 millions en 2025-2026. La coupe a forcé le rejet de 34 des 133 projets municipaux déposés cette année, faute de budget suffisant. Rien n’indique que les deux sommes soient directement liées, mais le contraste demeure frappant. L’argent perçu grâce à la vitesse excessive près des écoles augmente, pendant que le programme qui finance justement la sécurisation de ces mêmes abords d’écoles voit son enveloppe amputée.

Une tension politique non résolue

Le partage des surplus entre Québec et les municipalités demeure un enjeu politique ouvert. Une enquête de Radio-Canada révélait que les villes de Montréal et de Québec se questionnent activement sur la répartition des excédents générés par les radars existants. Des millions de dollars sont en jeu, alors que le gouvernement prévoit déployer progressivement plus de 250 radars photo supplémentaires sur l’ensemble du réseau routier. Ce déploiement comprendra environ 200 appareils fixes, dont la moitié en territoire municipal, ainsi que plus de 50 appareils mobiles additionnels. Le cabinet de la mairesse de Montréal de l’époque avait d’ailleurs rappelé publiquement que les villes doivent toucher leur part des revenus générés par les radars afin de financer les aménagements urbains qui améliorent réellement la sécurité routière. Montréal a par ailleurs demandé davantage de contrôle sur l’emplacement des radars sur son territoire, plutôt que de laisser cette décision entièrement entre les mains de Transports Québec.

Aucune annonce publique récente ne confirme qu’une formule de partage plus claire a été convenue entre Québec et les municipalités concernées.

Ce que Montréal devrait exiger avant l’arrivée des nouveaux radars

Un radar qui génère plus de 15 millions de dollars en amendes en une seule année, sur une seule autoroute montréalaise, ne devrait pas laisser planer le moindre doute sur la destination de cet argent, ni sur ce qui revient concrètement à la Ville. Avant l’installation des radars supplémentaires annoncés par Québec, Montréal devrait obtenir, noir sur blanc, une formule de partage claire et vérifiable, et pas seulement l’accès à un programme de subventions compétitif et plafonné, pour financer ses propres priorités de sécurité routière. Continuer à réclamer sa juste part après coup, une fois les amendes déjà perçues et versées dans les coffres du gouvernement provincial, place la métropole dans une position de négociation structurellement défavorable.

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