Santé reproductive, enfants disparus, pensionnats, violences coloniales : à Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, la recherche universitaire prend désormais les traits d’un vaste chantier de mémoire et de réparation.
Le Programme des chaires de recherche du Canada a confirmé le renouvellement de la Chaire de recherche sur les enjeux relatifs aux femmes autochtones, dirigée par Suzy Basile, première femme atikamekw à avoir obtenu un doctorat.
Installée à Val-d’Or, la Chaire entend approfondir plusieurs réalités encore largement invisibles dans les institutions canadiennes : les parcours de femmes autochtones confrontées aux systèmes de santé et de justice, les séquelles laissées par les pensionnats et les foyers d’accueil, ainsi que les conséquences de l’exploitation des ressources naturelles sur les communautés autochtones.
Originaire de la communauté de Wemotaci, Suzy Basile affirme vouloir contribuer aux efforts de décolonisation et de réconciliation en plaçant les femmes autochtones « au centre des transformations ».
Les nouveaux travaux de recherche documenteront notamment les expériences de familles cherchant des réponses sur les enfants autochtones disparus ou décédés dans des établissements publics québécois. La programmation abordera aussi la réalité de la « génération placée », ces enfants envoyés dans des foyers privés entre 1951 et 1992 afin de fréquenter les écoles publiques canadiennes.
La Chaire analysera également les impacts de l’extractivisme — exploitation minière, forestière ou énergétique — sur la santé physique, mentale et culturelle des peuples autochtones, particulièrement celle des femmes.
Les recherches s’inscrivent directement dans les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada ainsi que de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.
Au-delà du milieu universitaire, la démarche vise aussi à former une nouvelle génération de chercheurs autochtones. La Chaire prévoit recruter plusieurs doctorants, étudiants à la maîtrise et chercheurs postdoctoraux au cours des prochaines années.



