Deux mois après la révélation d’un scandale parmi les plus graves de l’histoire récente du SPVM, les résidents de Montréal-Nord ont enfin pu poser leurs questions directement à la police. La mairesse, elle, n’était pas dans la salle.
Le 12 juin dernier, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal, Fady Dagher, révélait qu’une équipe de 16 policiers du poste de quartier 39, à Montréal-Nord, avait été démantelée en raison de soupçons de comportements racistes, haineux et discriminatoires. Il est allégué que lors de certaines interventions, des agents auraient coupé les cheveux de citoyens issus de minorités ethniques et les auraient conservés comme trophées. Ce sont des allégations d’une gravité rare pour un corps de police municipal, et elles méritent d’être traitées avec la rigueur que la présomption d’innocence exige — mais aussi avec la transparence que la confiance du public envers ses institutions policières exige tout autant.
Une rencontre deux fois reportée, dans un contexte déjà lourd de tensions.
La discussion publique, initialement prévue plus tôt, avait dû être reportée en raison des funérailles publiques de l’agent du SPVM abattu lors de la fusillade survenue à Côte-des-Neiges le 22 juin. Cette rencontre s’est finalement tenue mardi soir, le 11 août, à la salle des Armoiries de l’hôtel de ville. Fait rare, la salle était pleine à craquer, forçant l’organisation d’une pièce supplémentaire pour accueillir ceux qui n’y trouvaient pas de siège.
Le contenu de la rencontre confirme que la méfiance citoyenne reste entière.
Des citoyens ont réclamé l’ouverture d’une enquête publique indépendante sur ces allégations de racisme et d’inconduite, après que le chef Dagher a défendu la manière dont son service avait géré le dossier. Des dizaines de personnes ont interrogé M. Dagher et son équipe, dans le cadre d’une première occasion pour les citoyens de questionner directement la police de Montréal sur ce dossier précis, lors d’une assemblée organisée par la Commission de la sécurité publique de la ville. Que des citoyens exigent une enquête indépendante après avoir entendu la version du principal corps concerné n’a rien de surprenant : c’est exactement le genre de réflexe que devrait susciter une affaire où l’institution mise en cause enquête, pour l’essentiel, sur elle-même.
Et la mairesse, elle, était absente.
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, n’a pas assisté à la rencontre. C’est plutôt Jim Beis, membre du comité exécutif responsable de la sécurité publique, qui a représenté l’administration, affirmant aux citoyens que leur colère et leurs préoccupations étaient légitimes. Sur le plan protocolaire, rien n’oblige une mairesse à assister personnellement à chaque assemblée d’une commission municipale. Mais dans un dossier de cette ampleur — des allégations de racisme systémique visant seize policiers, une communauté qui exige depuis deux mois des réponses qu’elle juge ne pas avoir obtenues, et une salle comble un soir d’été — l’absence de la première élue de la ville envoie un signal, que cela soit voulu ou non. Dire à des citoyens en colère que leurs préoccupations sont légitimes a plus de poids venant de la personne qui détient l’autorité politique ultime sur le service de police que d’un délégué, aussi bien intentionné soit-il.
Le flou informationnel qui a précédé cette rencontre reste, lui aussi, un problème non résolu.
Depuis le 12 juin, la police n’a divulgué que très peu d’informations publiques sur l’enquête, malgré la pression exercée par les journalistes et les citoyens pour obtenir des explications sur ce qui s’est réellement passé. Un regroupement communautaire, le RIIOH, a d’ailleurs jugé nécessaire de proposer publiquement cinq pistes de solution pour rétablir la confiance envers les institutions policières, rappelant que cette confiance est aujourd’hui à reconstruire. Que ce soit un organisme communautaire, plutôt que le SPVM ou la Ville elle-même, qui ait pris l’initiative de formuler des solutions concrètes en dit long sur qui mène véritablement ce dossier sur le terrain de la reddition de comptes.
Ce que ce dossier exige maintenant, au-delà d’une seule soirée de questions.
Une assemblée publique, même houleuse et bien fréquentée, n’équivaut pas à une enquête indépendante. Les citoyens de Montréal-Nord ont eu l’occasion de dire leur colère mardi soir ; ils n’ont pas encore obtenu de mécanisme de surveillance externe qui inspirerait une confiance que le SPVM, en enquêtant essentiellement sur lui-même, ne peut pas générer seul. Avant que ce dossier ne glisse dans l’indifférence de l’été qui achève, l’administration Martinez Ferrada devrait clarifier publiquement si elle appuie la demande d’enquête indépendante formulée mardi soir — et, la prochaine fois qu’un dossier de cette gravité exige des comptes devant la population, se présenter elle-même dans la salle plutôt que d’y envoyer un représentant.



