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Sept jours et un bilan : ce que dix-huit mois de guerre commerciale ont vraiment coûté

A sept jours de l’échéance du 19 août, les négociateurs canadiens et américains travaillent à présenter à Donald Trump un cadre d’accord d’ici lundi. Les marchés retiennent leur souffle. Les entreprises attendent. Et les Québécois, qui entrent en campagne électorale dans exactement la même semaine, se demandent si la crise commerciale qui a dominé leur actualité depuis dix-huit mois va enfin trouver une issue — ou se prolonger encore.

C’est précisément le bon moment pour faire ce que les gouvernements ne font jamais eux-mêmes : un bilan honnête et complet. Non pas pour accabler quiconque, mais parce que comprendre ce qui s’est vraiment passé est la condition nécessaire pour éviter de recommencer.

Ce que dix-huit mois ont coûté, en chiffres

Commençons par les faits documentés et vérifiés, parce qu’ils sont plus éloquents que n’importe quel discours.

La valeur des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis a reculé de près de deux milliards de dollars entre le premier trimestre de 2024 et les trois premiers mois de 2026. Ce n’est pas une projection. C’est une perte réalisée, concrète, documentée par Statistique Canada.

Le taux d’insolvabilité canadien a atteint son niveau le plus élevé depuis la crise de 2009, avec 37 121 dossiers ouverts au premier trimestre de 2026 au Canada — soit dix-sept dossiers à l’heure. Au Québec, 35 000 dossiers d’insolvabilité ont été ouverts en 2025 entier.

Le loyer moyen au Québec est passé de 900 dollars en 2019 à 1 923 dollars en juillet 2026 — une hausse de 114 % en sept ans, dans laquelle les effets inflationnistes de la guerre tarifaire ont joué un rôle documenté, notamment sur les matériaux de construction.

Les exportations québécoises vers les États-Unis dans les secteurs touchés par les tarifs — aluminium, bois d’œuvre, meuble, produits laitiers — ont chuté de 35 % en valeur en 2025 par rapport à 2024. C’est une entreprise sur trois dans ces secteurs qui a vu son chiffre d’affaires s’effondrer de plus d’un tiers.

Et le taux de chômage québécois, malgré une légère amélioration à 5,6 % en mai, masque une réalité plus sombre dans les régions manufacturières directement exposées aux tarifs, où des fermetures d’usines ont absorbé des centaines d’emplois que les statistiques provinciales agrégées diluent dans la masse.

Ce que dix-huit mois ont coûté, en décisions

Au-delà des chiffres, il y a un coût politique et institutionnel que les données ne capturent pas entièrement mais que le récit des dix-huit derniers mois documente avec précision.

Le Canada a abandonné sa taxe sur les services numériques — une mesure de politique fiscale souveraine — pour relancer des négociations que Trump avait annulées quelques heures plus tard.

Il a accepté de partager la moitié des recettes du pont Gordie-Howe avec le Michigan, pour un pont qu’il avait entièrement financé à six milliards quatre cents millions de dollars.

Il a levé le boycott des alcools américains — une mesure de rétorsion populaire adoptée par les provinces avec un appui citoyen réel — pour contribuer à l’accord intérimaire en cours de négociation.

Il a assoupli ses politiques d’approvisionnement gouvernemental, édifice de protection économique nationale qu’il avait lui-même mis en place en décembre 2025 comme réponse à la dépendance commerciale avec les États-Unis.

Il a bloqué des auditions parlementaires sur les concessions faites, proposé d’affaiblir la loi d’accès à l’information, et conduit l’essentiel de sa diplomatie commerciale dans une opacité que ses propres alliés ont parfois qualifiée de préoccupante.

Et les tarifs sectoriels sur l’aluminium, l’acier, l’automobile et le bois d’œuvre — les dossiers qui touchent directement les travailleurs québécois et ontariens — sont toujours en place. Ils ne font pas partie de l’accord intérimaire qui est en cours de négociation.

Ce que l’accord intérimaire peut — et ne peut pas — accomplir

Soyons précis sur ce que les négociations de cette semaine peuvent produire au mieux.

Un accord intérimaire suspendrait les nouvelles surtaxes de cinquante pour cent annoncées le 20 juillet. C’est une bonne nouvelle pour les exportateurs québécois de meubles, de produits laitiers et de ciment, qui auraient absorbé un choc supplémentaire massif à partir du 19 août.

Mais cet accord ne toucherait pas aux tarifs sectoriels existants — les vingt-cinq pour cent sur l’aluminium primaire, les tarifs sur l’acier et sur l’automobile. Ces dossiers seraient reportés aux négociations formelles sur le renouvellement de l’ACEUM, qui, selon Jamieson Greer lui-même, ne produiront pas d’accord complet avant l’an prochain au minimum.

Pour les travailleurs des alumineries du Saguenay, pour les scieries de l’Abitibi, pour les usines d’assemblage automobile de la région de Montréal, l’accord intérimaire serait donc une amélioration partielle — la suppression d’une menace supplémentaire — sans résolution de la crise fondamentale qui pèse sur leurs emplois depuis dix-huit mois.

Et comme le prévient la professeure Geneviève Dufour avec une franchise que peu d’observateurs ont le courage d’afficher, même un accord conclu avant le 19 août ne constitue pas une garantie contre de futures salves tarifaires. Trump a déjà démontré sa capacité à trouver de nouveaux prétextes juridiques à chaque fois qu’un tribunal lui retire un outil. L’IEEPA a cédé. La section 338 du Tariff Act de 1930 a pris le relais. L’article 122 de la Trade Act a suivi. L’imprévisibilité américaine n’est pas un accident de parcours. C’est une stratégie permanente.

Ce que le Québec doit tirer de cette crise

Il y a une leçon structurelle de dix-huit mois de guerre commerciale que le Québec, en entrant en campagne électorale cette semaine, a l’obligation politique de regarder en face.

La vulnérabilité commerciale du Québec n’est pas une fatalité géographique. Elle est le produit de décennies de choix — ou d’absences de choix. La décision de ne pas diversifier suffisamment tôt les marchés d’exportation. La décision de ne pas investir plus massivement dans la productivité des secteurs manufacturiers exposés à la concurrence internationale. La décision de ne pas construire des réserves fiscales suffisantes pour absorber les chocs commerciaux sans recourir immédiatement à des programmes d’aide d’urgence.

Ces décisions n’appartiennent à aucun parti en particulier. Elles s’inscrivent dans une continuité gouvernementale qui traverse les alternances politiques. Mais la campagne électorale qui commence est une occasion rare — et probablement la dernière avant que les conséquences des choix actuels ne deviennent irréversibles — d’imposer au débat public ces questions structurelles que la urgence du 19 août a contribué à masquer.

Trois questions, en particulier, méritent d’être posées à tous les partis, sans exception, avec une exigence de réponse précise et chiffrée.

Combien d’emplois manufacturiers québécois ont été perdus depuis le début de la guerre tarifaire — pas les données globales sur l’emploi provincial, mais les emplois spécifiques dans les secteurs exposés aux tarifs?

Quel est le plan concret pour accélérer la diversification des marchés d’exportation québécois au-delà des États-Unis — avec des cibles par secteur, des échéanciers précis et des ressources budgétaires identifiées?

Et si les tarifs sectoriels sur l’aluminium ne sont pas réglés dans l’accord intérimaire, quel est le plan spécifique du prochain gouvernement québécois pour soutenir les communautés du Saguenay, de la Côte-Nord et de l’Abitibi qui dépendent de ces industries?

Ces trois questions n’ont pas encore reçu de réponse complète de la part d’aucun parti. La campagne qui commence est leur dernière chance de les poser — et la dernière chance des électeurs d’exiger des réponses avant de voter.

Sept jours : entre la diplomatie et la démocratie

Dans sept jours, la diplomatie commerciale produira un résultat — bon ou mauvais, complet ou partiel, durable ou précaire. Ce résultat sera présenté aux Canadiens, probablement dans une conférence de presse de Carney qui utilisera les mots les plus favorables disponibles pour décrire ce qui a été accompli.

Ce sera le moment de lire entre les lignes. De regarder ce que l’accord dit — et ce qu’il ne dit pas. De comparer ce qui a été obtenu avec ce qui a été concédé. Et de décider si dix-huit mois de diplomatie canadienne ont produit un résultat à la hauteur des sacrifices économiques et institutionnels qu’ils ont exigés.

Ce n’est pas une question partisane. C’est une question démocratique fondamentale.

Dans sept jours, la guerre commerciale entre dans une nouvelle phase. Dans soixante-cinq jours, les Québécois voteront pour décider qui les gouvernera dans cette nouvelle phase.

Ces deux échéances sont liées. Il serait temps que le débat politique québécois le reconnaisse clairement — et que les partis cessent de traiter l’une comme un contexte et l’autre comme le vrai sujet, alors qu’elles forment ensemble la réalité que les Québécois vont devoir vivre pendant les quatre prochaines années.

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