L’Ombudsman de Montréal vient de soulever, dans son rapport annuel 2025, des préoccupations qu’elle avait déjà identifiées en 2020 sur la participation citoyenne aux réaménagements de rue. Entre les deux rapports, une piste cyclable de plus a été aménagée avec une démarche de consultation jugée insuffisante, avec des conséquences concrètes pour des résidentes à mobilité réduite.
Dans son rapport annuel déposé le 15 juin dernier au conseil municipal, l’ombudsman de Montréal, Nadine Mailloux, recommande à la Ville et aux arrondissements de mener des consultations avant de procéder à des réaménagements de rue susceptibles de bousculer les habitudes des résidents. Le cas précis qui illustre cette recommandation mérite d’être détaillé, tant il est révélateur.
Une piste cyclable de 1,3 kilomètre, sans étude de mobilité complète
L’aménagement d’une voie cyclable sur l’avenue Querbes, dans le quartier Parc-Extension, a mené à la relocalisation de l’espace de stationnement réservé de deux citoyennes handicapées vers un endroit jugé inapproprié. Le rapport précise qu’il n’a pas été possible de relocaliser ces stationnements à une distance raisonnable et qu’aucun débarcadère pour personne handicapée n’est aménageable sur plus de 1,3 km du côté est de la rue. Une contrainte majeure pour les personnes à mobilité réduite.
L’enquête révèle également qu’aucune étude complète de mobilité n’a été réalisée avant l’implantation de l’aménagement, malgré des contraintes de quartier pourtant bien connues : forte densité, rues étroites, circulation complexe. Nadine Mailloux reconnaît elle-même la pertinence de cette voie cyclable dans un secteur dense et multiethnique, sous-desservi en matière de transport actif. Le problème n’est donc pas le projet en soi, mais la manière dont il a été planifié.
Sur la question de la consultation, une nuance s’impose : les élus n’ont pas d’obligation légale de tenir une consultation publique avant de décider d’aménager un axe cyclable, l’Ombudsman le rappelle elle-même. Ce qu’elle reproche au dossier Querbes est plus précis : « la démarche de participation publique est insuffisante dans un milieu où plusieurs facteurs de vulnérabilité sont présents, comme Parc-Extension », et une consultation plus approfondie aurait permis de réduire la polarisation observée après l’implantation du projet.
L’Ombudsman a formulé trois recommandations dans ce dossier. L’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension en a refusé deux (une étude de mobilité indépendante complète et l’adaptation de l’aménagement en fonction de cette étude) jugeant ses propres analyses internes suffisantes. Il n’a accepté que la troisième, portant sur une meilleure démarche de participation citoyenne pour les projets futurs.
Un rapport de 2020 déjà consacré à ces enjeux
Six ans plus tôt, en décembre 2020, ce même bureau avait publié un rapport de plus de cent pages sur des enjeux voisins, à la suite de plus de 300 plaintes reçues en quelques mois concernant les voies actives sécuritaires et le Réseau express vélo mis en place par l’administration précédente. Ce rapport formulait quinze recommandations touchant la gestion, la conception et la consultation entourant ce type de projet. La Ville avait publiquement pris acte du rapport, et l’Ombudsman confirme qu’un suivi effectué en 2021 auprès de la Ville et de l’un des arrondissements les plus concernés a permis de constater que toutes les recommandations applicables avaient alors été respectées.
Ce suivi positif nuance l’idée que la collaboration de 2020 aurait été un échec pur et simple. Mais le dossier Querbes, dont l’aménagement a été ouvert en 2023, montre que des préoccupations similaires (participation citoyenne insuffisante, absence d’étude de mobilité, prise en compte tardive des besoins des personnes à mobilité réduite) refont surface dans un nouveau projet, plusieurs années après le premier rapport et son suivi jugé concluant. Cela suggère que les correctifs de 2020, bien qu’appliqués dans les dossiers alors visés, n’ont pas nécessairement été institutionnalisés de façon à prévenir la répétition du même type de problème ailleurs sur le territoire.
Un schéma déjà documenté à plus petite échelle
Ce journal a déjà documenté, cet été, un schéma comparable. Dans le secteur du Petit Laurier, sur le Plateau-Mont-Royal, une pétition qui comptait environ 330 signatures au 1er juillet a réclamé la suspension de changements de sens de circulation annoncés sans que les résidents ne se sentent suffisamment consultés au préalable, malgré l’avis plutôt favorable d’une chercheuse indépendante sur le fond du projet. Le problème n’était donc pas, encore une fois, la valeur du projet lui-même, mais la manière dont la Ville a choisi de procéder.
Ce que la Ville pourrait démontrer avant le prochain rapport
Une préoccupation qui refait surface, presque dans les mêmes termes, six ans après avoir été soulevée pour la première fois, ne peut plus être réduite à une simple question d’amélioration continue. Elle soulève plutôt la question de savoir si les pratiques de participation citoyenne ont été suffisamment intégrées dans la planification des nouveaux aménagements, au-delà des dossiers ponctuels corrigés au fil des années.
Avant le dépôt du prochain rapport annuel de Nadine Mailloux, l’administration Martinez Ferrada pourrait publier une directive claire, applicable à tous les arrondissements, encadrant la démarche de participation minimale avant tout réaménagement de rue touchant le stationnement, l’accessibilité universelle ou les habitudes de déplacement établies. Sans un tel engagement structurel et vérifiable, rien ne garantit que ce même constat ne reviendra pas dans le rapport de 2032.



