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Motion sur Gaza : Montréal choisit le compromis, mais laisse les deux camps insatisfaits

Le débat évoqué hier a livré son dénouement, et il illustre exactement la difficulté prévisible d’un tel exercice. Lundi soir, après plusieurs semaines de tensions, le conseil municipal de Montréal a adopté, par un vote de 54 voix contre 6, une version fortement modifiée de la motion présentée par Projet Montréal sur le conflit israélo-palestinien.

Le texte original visait beaucoup plus loin que ce qui a finalement été adopté.

La motion initiale, déposée en juin par le parti d’opposition, demandait au conseil de reconnaître et de dénoncer un régime d’apartheid imposé en Palestine ainsi qu’un génocide qui s’y déroulerait. Elle réclamait aussi que la Ville suspende sans délai ses liens institutionnels avec le gouvernement israélien actuel, ses institutions et ses municipalités, notamment en cessant d’inviter des représentants de cet État aux événements officiels de l’hôtel de ville. Ces clauses les plus controversées, celles portant sur la reconnaissance du génocide et de l’apartheid ainsi que sur la rupture des liens institutionnels, ont toutes été retirées du texte final adopté lundi soir.

La mairesse a défendu son choix en invoquant les limites du mandat municipal, pas le fond du conflit.

Avant le vote, Soraya Martinez Ferrada a soutenu que la diplomatie internationale ne relève pas du mandat de l’hôtel de ville, insistant sur le fait que les élus municipaux doivent se concentrer sur la gouvernance locale, la cohésion sociale et la protection des services offerts à l’ensemble des Montréalais. Elle a formulé sa position en des termes qui méritent d’être cités directement, tant ils illustrent l’équilibre qu’elle tentait d’atteindre : reconnaître les limites de l’institution municipale n’équivaut pas, selon elle, à fermer les yeux sur Gaza, ni à nier la souffrance du peuple palestinien, ni à ignorer la souffrance vécue ailleurs dans la région. Elle a elle-même présenté cette retenue comme une manière de respecter le droit international que la Ville prétend défendre, plutôt que comme un signe d’indifférence.

Cette version édulcorée laisse un goût amer aux partisans de la motion originale, sans qu’on sache avec certitude si elle satisfait pleinement ceux qui s’opposaient à toute déclaration de ce type.

Le conseiller du Plateau-Mont-Royal Alex Norris, coparrain de la motion, avait fait valoir avant le vote que la Ville était déjà intervenue par le passé sur des enjeux internationaux, notamment en cessant d’inviter des diplomates russes aux événements protocolaires municipaux après l’invasion de l’Ukraine, et qu’aucune exception ne devrait s’appliquer face à des violations des droits humains touchant le peuple palestinien. La cheffe de l’opposition officielle, Ericka Alneus, a résumé le sentiment mitigé de son parti : elle a qualifié l’adoption de la motion de « geste historique » pour Montréal, tout en ne cachant pas sa déception devant les modifications importantes imposées par l’administration, qu’elle juge avoir considérablement dilué l’intention initiale du texte. À l’inverse, des organisations de la communauté juive montréalaise, dont le Centre for Israel and Jewish Affairs et B’nai Brith Canada, avaient demandé à la Ville de rejeter la motion originale ; si le retrait des clauses les plus dures répond à leurs objections les plus fermes, aucune réaction publique claire de leur part n’a confirmé, après le vote, si le texte final les satisfait pour autant.

Ce compromis règle le vote d’hier soir, pas le problème structurel que ce journal soulevait la veille.

La question n’était pas de savoir qui a raison sur le Proche-Orient, mais si un conseil municipal est le bon forum pour trancher ce type de débat. La réponse apportée lundi est un entre-deux : le conseil a jugé bon de se prononcer, tout en retirant les éléments qui l’auraient engagé concrètement sur le terrain diplomatique. C’est une manière prudente de gérer une controverse, mais elle ne clarifie pas, pour l’avenir, quel type de motion internationale l’administration Martinez Ferrada acceptera de débattre à nouveau.

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