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Rapport annuel du SPVM : l’étude publique 2025 repoussée de près de trois mois

L’étude publique du rapport annuel 2025 du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), un exercice de reddition de comptes censé permettre aux Montréalais de questionner directement leur police sur son bilan, n’aura finalement lieu que le 16 septembre prochain, soit près de trois mois après la date initialement prévue.

La Commission de la sécurité publique avait d’abord convoqué cette assemblée pour le 22 juin. La séance a toutefois dû être annulée, la Ville invoquant des « circonstances hors de son contrôle ». Ce jour-là se sont en effet télescopés deux événements majeurs : d’une part, le scandale des allégations de racisme au poste de quartier 39 de Montréal-Nord, qui avait éclaté quelques jours plus tôt et pour lequel la Ville avait déjà annoncé son intention de rencontrer à huis clos le directeur du SPVM, Fady Dagher; d’autre part, la fusillade survenue ce même 22 juin dans le quartier Côte-des-Neiges, au cours de laquelle l’agent Mohamed Lamine Benredouane a perdu la vie. Les funérailles publiques de l’agent Benredouane, elles, n’ont eu lieu que le 7 juillet, soit plus de deux semaines plus tard. Cette date a d’ailleurs servi de motif au report d’un autre événement, une discussion publique distincte sur la situation à Montréal-Nord, déplacée du 8 juillet au 11 août.

Résultat : entre l’annulation du 22 juin et la nouvelle date du 16 septembre, il se sera écoulé près de trois mois pendant lesquels la population montréalaise n’a pas pu interroger directement les dirigeants du SPVM sur le bilan de l’année 2025.

Un contexte chargé pour le service de police

Un rapport annuel de police perd une partie de sa valeur informative lorsqu’il est présenté au public plusieurs mois après la fin de l’exercice qu’il couvre, réduisant d’autant la capacité des citoyens et des élus à réagir aux tendances qu’il révèle pendant qu’elles sont encore d’actualité. Ce report survient d’ailleurs dans un été particulièrement difficile pour le SPVM sur le plan de la confiance publique : les allégations d’actes discriminatoires et racistes au poste de quartier 39, qui avaient mené au démantèlement d’une équipe de 16 policiers en juin, ont continué de faire les manchettes tout l’été, avec la suspension d’un quatrième policier annoncée fin août.

Le contraste entre le ton habituel de ces rapports et le contexte de cet été mérite d’être souligné. Le rapport annuel 2024 du SPVM, dans son propre libellé, mettait de l’avant une baisse de 19 % des crimes par arme à feu (47 % depuis 2021) et remerciait chaleureusement les policières et policiers pour leur travail. Ce type de bilan, généralement présenté avec satisfaction par la direction du service, devra maintenant être exposé à une population qui a suivi, tout au long de l’été, une saga de suspensions, d’assemblées publiques houleuses et de questionnements sur les pratiques d’interpellation du SPVM. Un rapport annuel présenté avec un tel retard, dans un contexte aussi chargé, risque de donner l’impression d’un exercice qui rattrape le temps perdu plutôt que d’un rendez-vous démocratique respecté à son rythme normal.

Ce que la Commission de la sécurité publique devrait garantir

Un report motivé par des circonstances exceptionnelles, qu’il s’agisse d’un scandale nécessitant un examen approfondi à huis clos ou d’un événement tragique comme le décès d’un policier en service, est compréhensible et ne mérite pas de reproche en soi. Mais un délai de près de trois mois, cumulant plusieurs reports successifs, laisse tout de même la population sans occasion de questionner publiquement son service de police sur son bilan pendant une bonne partie de l’été et jusqu’au cœur de l’automne.

Avant le dépôt du rapport annuel 2026, la Commission de la sécurité publique gagnerait à s’engager publiquement à protéger, autant que possible, une date rapprochée de la fin de l’exercice financier pour cet exercice de reddition de comptes, quitte à prévoir explicitement une marge de manœuvre pour les circonstances exceptionnelles, afin que la population montréalaise puisse examiner le bilan de son service de police au moment où il est encore pertinent d’agir sur ce qu’il révèle.

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