Difficile même de bien visualiser un chiffre pareil. La firme d’analystes Gartner vient de réviser, pour la troisième fois en un an, sa prévision de dépenses mondiales en intelligence artificielle pour 2026 : 2 700 milliards de dollars, soit une hausse de 49,5 % en seulement douze mois. En janvier, l’estimation tournait autour de 2 500 milliards. En mai, 2 600 milliards. Chaque révision va dans le même sens : toujours plus haut.
Où va tout cet argent ? Plus de la moitié — environ 1 484 milliards — part directement dans l’infrastructure : serveurs spécialisés, centres de données, réseaux et puces nécessaires pour faire tourner ces modèles, malgré la flambée actuelle du prix des mémoires. Les logiciels d’IA suivent avec 462 milliards, une révision à la hausse que Gartner attribue notamment à l’intégration rapide d’agents autonomes dans des applications déjà existantes en entreprise.
Un détail révèle bien le paradoxe du moment : Gartner note que l’IA générative — celle qui écrit des textes ou génère des images — traverse actuellement ce que les analystes appellent le « creux de la désillusion », où l’enthousiasme initial retombe face aux résultats concrets plus mitigés que prévu. Pourtant, les entreprises n’ont jamais autant investi : elles misent désormais davantage sur l’IA agentique, plus discrète mais jugée plus utile pour automatiser de vraies tâches.
Autre statistique frappante en filigrane : cette explosion de dépenses se traduit aussi par une explosion de consommation électrique, les centres de données mondiaux devant avaler 565 térawattheures en 2026, contre 447 l’an dernier.
Pourquoi ça vous concerne : que vous soyez investisseur, employé d’une entreprise en pleine transformation numérique, ou simplement citoyen qui paie sa facture d’électricité, ce chiffre donne une idée très concrète de l’ampleur du pari — financier autant qu’énergétique — que l’humanité est en train de faire sur l’intelligence artificielle, sans savoir encore avec certitude s’il sera pleinement rentable.


