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Zéro pour la CAQ : Le Québec a tourné la page, pas encore écrit la suivante

Le scrutin d’hier n’a pas seulement congédié un gouvernement. Il a mis fin à un cycle politique. Quatre ans après avoir porté la CAQ à 90 sièges, les électeurs lui ont retiré tous les siens : zéro député caquiste, et la première ministre sortante défaite dans Trois-Rivières. L’effondrement est total, et Christine Fréchette, cheffe depuis avril seulement, en paie le prix sans l’avoir mérité entièrement. Elle a hérité d’un bilan que l’électorat avait déjà jugé.

Une victoire qui n’en est qu’à moitié une

Le Parti québécois remporte l’élection, mais avec 59 circonscriptions sur 127, soit cinq de moins que les 64 nécessaires pour gouverner seul. Il accède au pouvoir avec 28,0 % des voix, le plus faible score jamais obtenu par un parti qui forme le gouvernement; le précédent plancher, 31,9 %, datait de 2012. Paul St-Pierre Plamondon se retrouve donc à la tête d’un gouvernement minoritaire, alors qu’il avait insisté, pendant la campagne, sur la nécessité d’une majorité pour gouverner avec les coudées franches. L’électorat lui a donné le pouvoir, mais pas les moyens de l’exercer à sa guise.

Ce n’est pas un détail comptable. Chaque projet de loi devra désormais trouver sa majorité. Le premier ministre l’a d’ailleurs compris dès le soir du scrutin en tendant la main aux autres chefs, après avoir dit s’attendre à des négociations à la pièce plutôt qu’à des alliances durables. C’est exigeant, mais c’est aussi une chance. Une minorité oblige à gouverner par la preuve plutôt que par l’incantation, et c’est là que se mesurera la différence entre un mouvement qui sait protester et un parti qui sait administrer.

Le troisième acte du vote conservateur

La véritable surprise du soir se lit dans le bas du tableau. Les conservateurs d’Éric Duhaime, longtemps cantonnés aux marges, font élire 19 députés, et leur chef a lui-même gagné dans Bellechasse. Quatorze de ces élus viennent de la grande région de Québec, où le PQ n’a remporté aucune circonscription et où la CAQ avait jadis bâti sa domination. Le message est limpide : une partie de l’électorat de centre droit et de droite populiste, que la CAQ avait su rassembler, n’a pas migré vers le PQ ni vers les libéraux. Elle a trouvé un nouveau foyer.

Cela change la géométrie de la droite québécoise pour longtemps. La CAQ avait réussi à fédérer des nationalistes et des conservateurs; sa disparition laisse chacun de ces courants libre de se réinventer ailleurs.

Les libéraux, vainqueurs de la défaite des autres

Avec 40 sièges, le Parti libéral de Charles Milliard sort deuxième et devient l’opposition officielle. Il a plus que doublé son caucus, qui comptait 18 élus à la dissolution, un redressement considérable pour un parti qui semblait en voie de marginalisation. Reste à savoir ce qu’il en fera. Être l’adversaire naturel d’un gouvernement péquiste est confortable, mais cela ne constitue pas un projet. Le défi de M. Milliard, élu dans Orford, sera de dépasser la fonction de rempart pour proposer une vision qui ne se définisse pas seulement par son opposition à la souveraineté.

Le paradoxe des chiffres

Le scrutin uninominal a produit sa caricature habituelle. La CAQ a récolté 13,3 % des votes, plus que Québec solidaire et ses 12,4 %, mais elle n’obtient aucun siège, tandis que QS en conserve neuf. Plus d’un électeur sur huit a voté pour un parti qui n’aura aucune voix à l’Assemblée. Ce résultat est l’argument le plus éloquent, depuis longtemps, en faveur d’une réforme du mode de scrutin. Ironiquement, il pourrait aussi servir un PQ minoritaire, contraint de composer avec un Parlement fragmenté.

Un mandat de changement, non de rupture

Il faut enfin se garder de lire ce résultat comme un plébiscite pour la souveraineté. Le PQ l’emporte avec 28 % des suffrages, et le scrutin semble traduire davantage une volonté d’alternance qu’un regain massif de faveur pour l’indépendance. Le chef péquiste avait pourtant promis la tenue d’un référendum au cours d’un premier mandat, après le départ de Donald Trump, et il a réitéré cet engagement dès le soir de l’élection, en misant au besoin sur le concours d’autres députés indépendantistes. Mais avec un gouvernement minoritaire et une participation d’environ 67 %, le mandat reçu est d’abord celui de bien gouverner, de façon prudente et ouverte aux compromis. Le brandir comme un feu vert référendaire serait une erreur d’interprétation que l’électorat pourrait sanctionner rapidement.

Ce qui vient

Le Québec entre dans une zone d’incertitude, et c’est peut-être sain. Après huit ans de gouvernement majoritaire, l’Assemblée nationale redevient un lieu de négociation. Le premier test sera simple : le PQ saura-t-il tendre la main sans trahir ses principes, et ses adversaires sauront-ils refuser l’obstruction pour l’obstruction? Les électeurs ont rebattu les cartes. Il appartient maintenant aux élus de prouver qu’ils savent jouer la partie.

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