À la veille de l’assermentation de Paul St-Pierre Plamondon, l’économie n’attend pas
Mardi matin, à un jour de l’assermentation annoncée du gouvernement St-Pierre Plamondon, les dossiers économiques s’accumulent. L’inflation remonte, les travailleurs de Stellantis menacent de débrayer et les entreprises réclament des gestes rapides. Le même jour, les résultats du référendum albertain viennent rappeler que l’unité du pays reste un enjeu.
Inflation : 3,1 %, surtout à cause de l’essence
L’inflation canadienne s’est établie à 3,1 % en septembre, contre 3,0 % en août, un peu sous les 3,2 % attendus par les analystes. La hausse est d’abord énergétique : l’essence coûte 27,8 % de plus qu’il y a un an, alors que l’inflation hors essence est de 2,2 %. Les mesures d’inflation de fond restent calmes, avec une médiane à 1,9 % et une moyenne tronquée à 1,8 %. Côté logement, l’inflation du logement est à 1,75 %, ce qui nuance l’idée d’une pression structurelle continue.
Les contre-tarifs canadiens entrés en vigueur le 8 septembre jouent un rôle, mais limité. Une étude de la Banque du Canada estime que les contre-mesures de 2025 avaient ajouté environ 0,3 point à l’inflation. Appliquée aux nouveaux tarifs, cette logique donnerait un effet de 0,2 à 0,3 point, selon ATB. Il s’agit d’une estimation et non d’une mesure.
Le taux directeur reste à 2,25 %. La Banque a signalé que les risques haussiers pour l’inflation ont augmenté, mais les marchés anticipent un nouveau maintien le 28 octobre. Un resserrement n’est pas exclu. Il n’est toutefois pas le scénario central. Le futur gouvernement ne doit pas compter sur des baisses de taux rapides.
Stellantis : un mandat de grève, pas une grève
Les travailleurs de Stellantis ont voté à 97,3 % en faveur d’un mandat de grève. Ce pourcentage porte sur les membres qui ont voté, et le syndicat précise qu’il n’est pas encore légalement en position de déclencher une grève. Les pourparlers sont au point mort, notamment depuis que Roshel a annoncé vouloir acheter l’usine inutilisée de Brampton, ce que le syndicat conteste.
Le dossier se joue en Ontario, mais le Québec pourrait en ressentir les effets, en particulier chez ses fournisseurs de composantes. Le nouveau gouvernement devra préciser comment il compte soutenir les industries exposées aux tarifs.
Pascal Paradis, négociateur en chef
L’ancien député Pascal Paradis, cofondateur d’Avocats sans frontières Canada, est nommé diplomate et négociateur en chef. Il a perdu Jean-Talon face à la libérale Julie White lors du scrutin du 5 octobre. Son mandat comprend les relations avec les États-Unis et celles avec les nations autochtones, notamment sur l’énergie et les traités. Le poste relève du cabinet du premier ministre.
Rien dans les informations disponibles ne permet de dire que ce mandat dépasse ces dossiers pour toucher aux transferts fédéraux ou à l’accession à la souveraineté. La question mérite d’être posée si le gouvernement précise la portée du poste, mais elle reste pour l’instant une question.
Emplois : le diagnostic de la FCEI
Le Québec a perdu 94 600 emplois en un an. Dans une lettre ouverte publiée dans Le Soleil le 19 octobre, la FCEI avance que 55 % des emplois créés au Québec entre janvier 2019 et janvier 2026 l’ont été dans le secteur public, contre 31 % en Ontario et 36 % pour l’ensemble du Canada, alors que le secteur privé emploie trois travailleurs sur quatre. Ces chiffres reposent sur une étude de l’IEDM de mars 2026, et la lecture qui en est faite est celle de l’organisation.
Cette répartition des créations d’emplois ne suffit pas, à elle seule, à conclure que le secteur privé stagne. Il faudrait aussi regarder l’évolution de l’emploi privé, de la population active et de la productivité. La FCEI souligne par ailleurs que le PQ, le PCQ et le PLQ ont tous défendu une baisse de la fiscalité des entreprises et un allègement de la paperasse, et qu’ensemble ils ont fait élire 118 des 127 députés. Elle rappelle aussi les engagements péquistes sur la fiscalité des entreprises, les formalités administratives, l’efficacité de l’État et le prix de l’essence.
Un gouvernement minoritaire sous contrainte
Avec 59 sièges, le PQ n’atteint pas les 64 nécessaires à la majorité. Le Parti libéral de Charles Milliard forme l’opposition officielle. Les finances publiques limitent aussi la marge de manœuvre : le budget de mars estimait le déficit 2025-2026 à 7,7 milliards. Sur le plan des dépenses, Québec solidaire veut investir dans les salaires et l’équité salariale du secteur public, alors que d’autres partis ont promis de réduire les effectifs de l’État. Ces positions risquent de compliquer les compromis, sans qu’on puisse prédire quelle forme ils prendront.
Alberta : le non l’emporte, le débat demeure
Les résultats préliminaires montrent qu’environ 75 % des Albertains ont voté pour rester au Canada, et 25 % pour lancer le processus menant à un second référendum. La question ne portait pas directement sur la séparation, mais sur le choix entre rester dans le Canada et enclencher le processus légal d’un référendum contraignant. C’est une victoire pour Mark Carney, qui cherche à unifier le pays. Mais 73 % des Albertains sondés s’attendaient à ce que la question revienne sous une forme ou une autre.
Anthropic : la Nouvelle-Écosse, pas le Québec
Anthropic a signé un bail avec EverWind à Point Tupper, en Nouvelle-Écosse, pour un projet évalué à 10 milliards de dollars. La première phase de 95 MW doit être opérationnelle à la fin de 2027. Du côté québécois, Hydro-Québec propose un tarif d’environ 13 ¢/kWh pour les nouveaux centres de données de plus de 5 MW, sous réserve de l’approbation de la Régie de l’énergie. Aucune source consultée ne lie le choix d’Anthropic à ce tarif.
Ce qui attend le nouveau gouvernement
Le milieu des affaires attend des gestes rapides, et le contexte (inflation, tensions commerciales, pertes d’emplois, minorité parlementaire) laisse peu de place à l’attente.



