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Le Québec joue ses cartes dans un monde qui ne ralentit pas

Ce vendredi 16 octobre, à cinq jours de la présentation du Conseil des ministres de Paul St-Pierre Plamondon, le monde continue de tourner à une vitesse que les transitions politiques n’interrompent pas. Au moins dix navires ont été attaqués dans le détroit d’Ormuz ou à proximité depuis dimanche. L’acier canadien montre des signes de reprise. Les ventes de propriétés résidentielles reculent. Et Mark Carney participe ce soir, à Edmonton, à un rassemblement de la campagne «Canadiens pour toujours», trois jours avant le référendum albertain.

Le Québec joue ses cartes: voilà la meilleure description de ce que le nouveau premier ministre devra faire à partir du 21 octobre. Il devra jouer celles qu’il a, pas celles qu’il aurait voulu avoir. Il le fera à la tête d’un gouvernement minoritaire: le PQ compte 59 des 127 sièges de l’Assemblée nationale, contre 40 pour le Parti libéral.

L’acier: un signe encourageant, mais inégal

L’industrie sidérurgique canadienne, l’une des plus durement touchées par les droits de douane américains. Elle le doit à la reprise de projets miniers, énergétiques et de centres de données, ainsi qu’au soutien gouvernemental. Mais l’impact n’est pas uniforme: les signes de reprise apparaissent surtout dans l’Ouest canadien, où se construit notamment un centre de données de 1,2 gigawatt en Saskatchewan. Fin septembre, Stelco a d’ailleurs annoncé la suspension d’une partie de ses activités à Hamilton.

Ce que ce redressement signifie pour le Québec reste à documenter. Rien, dans les données disponibles, ne permet d’affirmer que les contre-tarifs canadiens ont détourné des commandes vers les producteurs d’ici. La question qui se posera au gouvernement péquiste est plutôt de savoir s’il maintiendra, amplifiera ou restructurera les mesures de soutien à la demande intérieure héritées du gouvernement précédent.

L’immobilier: correction ou symptôme?

Les ventes de propriétés résidentielles sont en baisse à Montréal et au Québec. Une baisse des ventes ne dit toutefois rien, à elle seule, de l’évolution des prix.

L’interprétation dépend du contexte. Dans une économie saine, ce serait une correction bienvenue pour les premiers acheteurs. Dans une économie fragilisée, ce serait le signe que l’insécurité freine l’endettement des ménages. Or le contexte québécois mêle les deux. Le taux directeur de la Banque du Canada est maintenu à 2,25 % depuis octobre 2025, et la prochaine décision est attendue le 28 octobre. Surtout, selon Statistique Canada, l’emploi au Québec a reculé de 130 000 (−2,8 %) entre janvier et septembre, dont 49 000 en septembre seulement. Un ralentissement de la construction pourrait aggraver ce tableau.

Ormuz: une crise qui s’intensifie

Au moins dix navires ont été attaqués dans le détroit d’Ormuz ou à proximité depuis dimanche, selon les données publiées mercredi par la société de sécurité Vanguard, l’Organisation maritime internationale et l’agence britannique UKMTO: six dimanche, quatre mardi. Le bilan de dimanche est le pire en une journée depuis le début du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, à la fin février. Depuis le 1er octobre, 23 attaques ont été recensées, soit près du double de la moyenne mensuelle depuis le début de la guerre.

Pour le Québec, importateur net d’hydrocarbures, une instabilité durable des approvisionnements mondiaux peut se traduire par une pression sur les prix de l’énergie. Combinée aux incertitudes commerciales avec Washington, elle peut exercer simultanément des pressions inflationnistes. Aucun gouvernement provincial ne contrôle ces facteurs, mais celui qui les traite comme un tout sera mieux équipé que celui qui en fait deux dossiers séparés.

L’environnement: un arbitrage prévisible

Le PQ arrive au pouvoir dans un contexte économique difficile: recul de l’emploi, déficit de 7,7 milliards de dollars au sens de la Loi sur l’équilibre budgétaire pour 2026-2027 (5,2 milliards en déficit comptable, selon le rapport financier du 25 septembre) et environnement commercial incertain. Il sera tentant de privilégier la croissance à court terme sur les objectifs environnementaux, un arbitrage que le gouvernement Carney connaît aussi à l’échelle fédérale. Les décisions sur la foresterie, les mines, l’énergie et les grands projets des cent premiers jours donneront le ton.

Carney et «Canadiens pour toujours»: l’enjeu est albertain

«Canadiens pour toujours» (Forever Canadian) est une campagne lancée par l’ancien vice-premier ministre albertain Thomas Lukaszuk pour encourager les Albertains à voter pour rester dans le Canada. Le 19 octobre, ils se prononceront sur la perspective d’un futur référendum de séparation, en plus de neuf autres questions constitutionnelles et migratoires. Carney, qui a grandi en Alberta, a déclaré que le Canada «vaut la peine qu’on se batte» pour lui. Il participe à des rassemblements à Calgary (15 octobre) et à Edmonton (16 octobre).

Pour Paul St-Pierre Plamondon, dont le parti défend la souveraineté, le résultat albertain sera suivi de près. Il prend la tête d’un gouvernement dont l’ambition constitutionnelle cohabite avec un contexte canadien tendu. Naviguer entre une identité québécoise forte et une réalité fédérale quotidienne sera l’un de ses exercices d’équilibre les plus délicats. (Analyse.)

Le Sommet de la FCCQ: ce que le milieu des affaires attend

La FCCQ a annoncé la tenue de son Sommet économique le 10 novembre à Québec, trois semaines après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement, sur le thème «agir pour l’avenir économique du Québec». La programmation annoncée porte sur les relations commerciales avec les États-Unis, la diversification des marchés, les grands projets structurants et les investissements en défense. Elle indique les priorités du milieu des affaires, loin des débats constitutionnels.

Un compte à rebours

Dans cinq jours, le nouveau gouvernement présentera son équipe. Les cartes dont il dispose (énergie propre, minéraux critiques, intelligence artificielle, aérospatiale) sont bonnes, mais pas suffisantes seules. Il faudra aussi de la rigueur budgétaire, de l’humilité en gouvernement minoritaire et la capacité de distinguer ce qui peut attendre de ce qui ne le peut pas.

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