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Station Saint-Michel : une bonne nouvelle qui cache un bilan alarmant

Un chantier qui se termine bien ne signifie pas un réseau qui se porte bien. La Société de transport de Montréal vient d’en faire une démonstration involontaire.

Deux ans après sa fermeture pendant plusieurs semaines, les travaux de réfection de la station Saint-Michel sont enfin achevés, et son édicule secondaire, fermé depuis près d’un an, va pouvoir rouvrir. La STM en a fait l’annonce mercredi dans un bref communiqué de presse. Sur le fond, c’est une nouvelle qui mérite d’être saluée : un dossier qui traînait depuis l’automne 2024, quand les travaux, entrepris avec un budget de 14 millions de dollars, avaient permis de découvrir une « dégradation importante » de deux poutres principales au-dessus de la passerelle de la station, se referme enfin. Cette découverte avait forcé la fermeture de la station pendant 39 jours, ainsi que des stations D’Iberville et Fabre pendant près d’une semaine — une situation inédite dans l’histoire du réseau.

Mais la STM elle-même n’a pas laissé passer l’occasion de mettre les choses en perspective — et c’est là que le vrai sujet se trouve.

Le transporteur a profité de son annonce pour rappeler que 46 % de ses actifs sont actuellement en mauvais ou en très mauvais état, d’où l’importance d’investir dans l’entretien des infrastructures pour éviter d’autres mauvaises surprises. Autrement dit, la STM a utilisé une bonne nouvelle ponctuelle comme véhicule pour communiquer un constat beaucoup plus dur : Saint-Michel n’était pas une anomalie, mais un symptôme.

Les chiffres qui accompagnent ce constat sont sans appel. La STM évalue son déficit d’investissement accumulé à environ 7 milliards de dollars. Selon le Plan québécois des infrastructures, 35 des 68 stations du métro sont désormais classées « en mauvais ou en très mauvais état » — soit 51 % du réseau, comparativement à 31 stations l’an dernier. Résultat : pour la première fois, la proportion d’équipements délabrés du réseau de métro dépasse celle du réseau routier montréalais — un renversement symbolique dans une ville où l’état des rues fait pourtant l’objet de plaintes constantes.

Le vrai test n’est pas la station qui rouvre, mais les 34 autres qui restent à réparer.

Quatre stations de plus classées « en mauvais état » en une seule année, ce n’est pas un ralentissement du déclin : c’est une accélération. Et cette accélération survient alors même que la STM a publiquement fait connaître son désaccord avec les arbitrages budgétaires récents du gouvernement du Québec touchant le maintien de ses actifs — un contexte qui rend le décalage encore plus frappant entre le communiqué joyeux de mercredi et la trajectoire financière réelle du réseau.

Il faut donner crédit à la STM pour sa transparence : peu d’organisations publiques choisissent de glisser un aveu de déficit de 7 milliards dans un communiqué qui célèbre la réouverture d’un édicule. Mais la transparence ne remplace pas un plan de financement. La question qui devrait maintenant occuper le conseil municipal et Québec n’est pas de savoir si Saint-Michel a rouvert à temps — elle a rouvert, tant mieux — mais de savoir qui va payer, et sur quel échéancier, pour éviter que la prochaine des 34 stations en mauvais état ne se transforme, elle aussi, en fermeture surprise de plusieurs semaines. Un métro qui vieillit plus vite que les rues qu’il est censé désengorger n’est pas un problème d’entretien ponctuel : c’est une facture reportée qui grossit chaque année qu’on tarde à la régler.

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