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Mode : la frontière canado-américaine devient le vrai podium de l’été

Pendant que les podiums parisiens continuent de vivre sur l’élan de leurs résultats financiers, c’est une frontière — pas une passerelle — qui occupe l’industrie de la mode cette semaine. À quelques jours de l’entrée en vigueur d’un tarif américain sans précédent sur les textiles canadiens, les créateurs montréalais, eux, préparent tranquillement leur reprise des podiums de rue. Tour d’horizon.

Monde : le luxe respire, prudemment

Après deux ans de vaches maigres, les grands groupes du luxe montrent des signes de vie. Selon les résultats du premier semestre 2026, LVMH a vu sa division mode et maroquinerie renouer avec la croissance pour la première fois en près de deux ans, portée notamment par Dior. Kering, de son côté, a enregistré son premier trimestre positif en trois ans, une performance qui a fait bondir son titre à la Bourse de Paris. Hermès, fidèle à sa réputation de valeur refuge, poursuit sur sa lancée avec une croissance soutenue au deuxième trimestre.

Les analystes restent toutefois prudents : la reprise demeure fragile, plombée par une demande chinoise atone et par les incertitudes entourant la succession à la tête de LVMH. Du côté des restructurations, le grand ménage se poursuit dans les portefeuilles des conglomérats : LVMH a annoncé la vente de Marc Jacobs à une coentreprise formée par WHP Global et G-III Apparel — une opération encore en attente de clôture —, tandis que Kering a cédé sa division beauté à L’Oréal plus tôt cette année, deux signaux d’une industrie qui redéfinit ce qu’elle veut garder — et ce qu’elle est prête à laisser filer.

Canada : l’industrie du vêtement sous la menace d’un tarif de 50 %

C’est sans conteste le dossier chaud de l’été pour l’industrie canadienne : un tarif américain de 50 % doit frapper une vaste gamme de produits canadiens, vêtements et textiles compris, dès 00 h 01 (heure de l’Est) le 19 août. La mesure, invoquée en vertu de l’article 338 du Tariff Act de 1930 — une disposition qui n’avait pratiquement jamais servi de cette façon — ne prévoit aucune exemption pour les marchandises pourtant conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, ce qui en fait un précédent particulièrement déstabilisant pour une industrie bâtie sur trois décennies d’intégration nord-américaine.

La Fédération canadienne du vêtement a rapidement sonné l’alarme auprès de ses membres, rappelant que c’est la date d’entrée aux États-Unis, et non la date de commande ou d’expédition, qui détermine l’application du tarif — une précision qui a lancé une véritable course contre la montre chez les exportateurs. Le secteur canadien du vêtement est particulièrement exposé : loin d’être un joueur de masse ou à bas coût, il mise plutôt sur des créneaux à forte valeur ajoutée — vêtements d’extérieur techniques, équipement de performance, uniformes — dont les marges ne peuvent tout simplement pas absorber une hausse tarifaire de cette ampleur. Des marques comme Canada Goose, qui fabriquent l’essentiel de leur production au pays, sont nettement plus vulnérables que celles qui, comme Lululemon ou Arc’teryx, produisent majoritairement à l’étranger.

À quelques jours de l’échéance, les négociations se poursuivent, mais dans un climat tendu. Dominic LeBlanc et la négociatrice en chef Janice Charette ont multiplié les rencontres avec leurs homologues américains, dont le représentant au Commerce Jamieson Greer, jusqu’au 11 août. Or, selon des informations rapportées le 12 août par CBC News et reprises par Reuters, le Canada aurait rejeté la plus récente offre de Washington, jugée insuffisante par rapport aux allègements tarifaires demandés — signe qu’aucun accord ne se dessine à l’approche du 19 août. Le premier ministre Mark Carney a qualifié la mesure de violation de l’ACEUM et affirmé que le Canada était prêt à répliquer par « toutes les mesures nécessaires » pour protéger son économie. En attendant, les entreprises explorent des solutions de repli : accélération des expéditions avant le 19 août, déplacement de la logistique ou de la finition de produits vers le sol américain, et réorientation des ventes vers l’Union européenne grâce à l’Accord économique et commercial global.

Sur un ton plus festif, l’Association AFA Canada tenait cette semaine à Toronto son salon United in Style, un rendez-vous national réunissant détaillants et marques de chaussures et de vêtements autour des collections printemps-été 2027 — une vitrine qui tombe à un moment pour le moins symbolique pour l’industrie.

Québec et Montréal : la mode prend la rue

À Montréal, l’ambiance est à l’effervescence plutôt qu’à l’inquiétude tarifaire. L’opération Défile ton Montréal, lancée par le Festival M.A.D. (Mode. Arts. Divertissement), a commencé à transformer six quartiers de la métropole en podiums à ciel ouvert, une tournée qui se poursuivra jusqu’au 10 septembre avec un point culminant Place des Festivals au moment du festival principal, du 20 au 23 août. Né en 2000, le Festival M.A.D. s’est imposé comme l’un des plus grands rendez-vous de mode en plein air en Amérique du Nord, ayant attiré près de 700 000 visiteurs l’an dernier autour de plus de 80 défilés et 1 280 artistes et artisans.

L’automne s’annonce tout aussi chargé pour l’écosystème mode québécois : la 26<sup>e</sup> édition du M.A.D. mettra en vedette une nouvelle génération de designers d’ici, avant que la programmation ne se poursuive avec M3 Mode Masculine le 4 septembre au Grand Quai, puis la Semaine Mode de Montréal, prévue du 21 au 27 septembre. Organisée par l’OSBL mmode, celle-ci ambitionne de devenir un point de rassemblement pour toute la filière — créateurs, ateliers, détaillants et grand public — autour de la mode fabriquée au Québec.

Cette effervescence locale prend un relief particulier dans le contexte du bras de fer commercial avec Washington. Plusieurs voix de l’industrie plaident déjà pour que les consommateurs québécois se tournent davantage vers les créateurs d’ici — un réflexe qui pourrait bien devenir, dans les prochaines semaines, moins une question de tendance que de nécessité économique.

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