Cinq mois après son lancement, la certification qui devait redonner à Montréal sa réputation de ville nocturne vibrante a commencé à sortir du centre-ville, mais très timidement.
Lancée le 27 mars par l’administration Martinez Ferrada, la certification Nuits Montréal visait à reconnaître officiellement les établissements et secteurs qui contribuent à la vie nocturne de la métropole. En échange, les lieux qui s’engagent envers des pratiques festives responsables bénéficient de conditions plus souples, notamment des prolongations d’heures d’ouverture lors de soirées préautorisées. Au lancement, 21 établissements avaient obtenu cette reconnaissance à la suite d’un premier appel d’intérêt. Ils étaient répartis dans les arrondissements de Ville-Marie, du Plateau-Mont-Royal, de Rosemont–La Petite-Patrie et du Sud-Ouest.
Le bilan de mi-parcours montre une croissance réelle, mais modeste. Une mise à jour publiée par la Ville elle-même fait état de 25 établissements et 3 pôles ayant désormais obtenu la qualification de vitalité nocturne, soit une croissance de quatre établissements, environ 19 %, en un peu plus de trois mois. Ce n’est pas un échec en soi. Une certification qui se déploie prudemment plutôt que d’accumuler des adhésions symboliques a sa propre logique de rigueur. Le rythme observé jusqu’ici pose toutefois une question légitime sur l’ambition réelle du programme, d’autant que les demandes peuvent être déposées en tout temps et sont analysées trois fois par année, en février, en juin et en octobre. Un rythme continu qui aurait dû, en théorie, permettre une progression plus soutenue.
La concentration géographique du programme mérite d’être nommée directement, même si elle commence à s’assouplir. Les nouveaux établissements ajoutés depuis mars, soit le Théâtre Fairmount, le Bain Mathieu et Le Balcon, sont tous situés dans des arrondissements déjà représentés au lancement. Une seule véritable ouverture territoriale est à signaler. Le Ritz PDB, dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, devient le premier établissement certifié à l’extérieur du noyau formé par Ville-Marie, le Plateau, Rosemont et le Sud-Ouest. C’est un signal encourageant, mais isolé : sur 25 établissements, un seul provient d’un nouvel arrondissement, et aucun secteur périphérique, que ce soit LaSalle, Saint-Léonard ou Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, n’apparaît encore dans la liste.
Un exemple concret illustre bien la logique de consolidation à l’œuvre dans le programme. Le boulevard Saint-Laurent a obtenu sa désignation officielle de pôle de vitalité nocturne en avril, mais ce statut lui avait en réalité déjà été accordé dès juillet 2025. La certification vient donc surtout entériner publiquement une reconnaissance préexistante plutôt que d’ouvrir de nouveaux territoires festifs à Montréal.
Ce déséquilibre n’a rien de scandaleux, mais il contredit en partie l’esprit de l’annonce initiale. Le communiqué de mars promettait de rendre à Montréal sa réputation de ville nocturne vibrante, une formule qui évoque l’ensemble de la métropole et pas seulement ses artères déjà reconnues internationalement. L’arrivée de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension montre que la porte n’est pas complètement fermée aux nouveaux secteurs. Le rythme, soit un seul arrondissement ajouté en cinq mois, reste néanmoins loin de l’ambition affichée au lancement.
La prochaine période d’analyse est prévue en octobre. Ce sera un test révélateur de l’ambition du programme. La Ville accompagnera-t-elle activement des établissements dans des arrondissements encore absents de la liste pour qu’ils puissent répondre aux critères, qu’il s’agisse de programmation culturelle régulière, d’encadrement des files d’attente ou de gestion de la surconsommation? Ou se contentera-t-elle de recevoir passivement les candidatures des secteurs qui ont déjà les ressources et la notoriété pour se qualifier facilement?
La différence entre les deux approches déterminera si Nuits Montréal devient un véritable outil de démocratisation de la vie nocturne montréalaise, ou simplement un sceau de plus pour des adresses qui n’en avaient pas vraiment besoin, avec quelques exceptions symboliques en périphérie.




