Cette nuit électorale du 5 octobre 2026 est désormais entrée dans l’histoire.
Le Parti québécois a fait élire 59 députés, contre 40 pour le Parti libéral du Québec, 19 pour le Parti conservateur du Québec, 9 pour Québec solidaire et zéro pour la Coalition avenir Québec. L’Assemblée nationale compte désormais 127 sièges, et il en fallait 64 pour une majorité.
Zéro, pour la formation qui détenait 90 sièges il y a quatre ans à peine. La première ministre sortante, Christine Fréchette, est elle-même défaite dans Trois-Rivières. C’est un effondrement sans précédent dans l’histoire politique québécoise moderne. Pas un recul. Pas une défaite. Une disparition.
Le verdict dans toute sa précision
Regardons d’abord les chiffres. Le PQ a obtenu environ 28 % des voix, le PLQ environ 24 %, le PCQ près de 21 %, QS environ 12 % et la CAQ environ 13 %. Le PQ accède donc au pouvoir avec moins de 30 % des suffrages. C’est la plus faible proportion obtenue par un parti vainqueur d’une élection générale au Québec. Le plancher précédent datait de 2012, avec le gouvernement minoritaire de Pauline Marois (31,9 %).
Paul St-Pierre Plamondon tend la main aux trois autres partis représentés à l’Assemblée nationale. Éric Duhaime est élu dans Bellechasse, et QS passe de dix à neuf sièges.
Ce portrait parle de lui-même. La fragmentation annoncée par les sondages s’est pleinement matérialisée. Le Québec n’a pas donné de mandat clair, mais un mandat partagé : un gouvernement péquiste minoritaire devra composer avec des oppositions aux visions très différentes.
« J’ai tout donné » : l’adieu de Fréchette
Ces quatre mots, d’une simplicité désarmante, résument une trajectoire que personne n’avait entièrement anticipée. Fréchette est devenue cheffe de la CAQ en avril, dans un contexte très difficile pour son parti. Elle a mené une campagne disciplinée, reconnu les erreurs de son prédécesseur et incarné le « changement stable » avec cohérence.
Et elle a perdu, à Trois-Rivières, sa ville. La CAQ de 2026 n’était pas son projet : c’était l’héritage de Legault, avec SAAQclic, des dérapages en immigration et des promesses non tenues. Elle a hérité de ce bagage sans pouvoir s’en défaire entièrement. Son parcours pose une question : quand un gouvernement a épuisé sa légitimité, même un successeur compétent ne parvient pas toujours à renverser le courant.
« Le goût du Québec » : le premier discours de PSPP
PSPP sera le 34e premier ministre de l’histoire du Québec. Il a affirmé qu’un « nouveau chapitre de notre histoire s’ouvre ». Son parti n’avait que 3 députés après l’élection de 2022 : passer à 59 en un seul cycle est la remontée la plus spectaculaire de l’histoire récente.
Mais « le goût du Québec » est une formule ambiguë. Le Québec a voté pour le PQ avec moins de 30 % des voix. Le goût du Québec, ce soir, c’est aussi 40 sièges libéraux, 19 conservateurs et 9 solidaires : la pluralité d’une société qui ne parle pas d’une seule voix. Surtout, le chef péquiste dirigera un gouvernement minoritaire, ce qui complique la tenue du référendum qu’il promet.
La balance du pouvoir : une opposition « déterminée »
Avec 40 sièges, contre 18 avant le scrutin, le PLQ de Charles Milliard devient l’opposition officielle et la principale force susceptible de peser sur la stabilité du gouvernement. Milliard a promis « une opposition déterminée » et rappelé pendant la campagne que, selon lui, « rien ne justifie » d’ouvrir le débat sur la souveraineté.
Le PQ, à 59 sièges, est à cinq sièges de la majorité. Il peut chercher des appuis ponctuels auprès du PLQ, du PCQ ou de QS, selon les dossiers. Un gouvernement minoritaire qui avance sur les budgets et sur les réponses à la guerre commerciale pourrait être plus stable qu’il n’y paraît. Ce n’est peut-être pas le gouvernement que PSPP voulait, mais c’est peut-être celui dont le Québec avait besoin.
La déconfiture de la CAQ : les leçons d’un effondrement
Le passage de 90 sièges en 2022 à zéro en 2026 dépasse largement le cas de Fréchette ou de Legault. En huit ans, la CAQ avait promis une gestion efficace et livré SAAQclic, promis de réduire l’immigration et connu des dérapages, promis le troisième lien et produit des années d’études sans pelletée de terre.
Les électeurs ont de la mémoire. Les promesses non tenues ne disparaissent pas dans les discours de renouveau : elles restent jusqu’à ce que les électeurs puissent les sanctionner.
Le PCQ « par la grande porte » : la surprise de la nuit
Le Parti conservateur de Duhaime fait élire 19 députés, avec près de 21 % des voix, et devient officiellement un groupe parlementaire. Pour un parti qui n’avait jamais eu d’élus à l’Assemblée nationale, c’est le résultat le plus surprenant de la soirée.
Sa plateforme (réduction de la taille de l’État, baisses d’impôt, déréglementation) a trouvé un électorat plus large que ne le prévoyaient les sondages. Pendant la campagne, Duhaime a demandé aux électeurs de lui donner la balance du pouvoir pour « bloquer tout projet de référendum ». Il sera un opposant combatif sur les finances publiques et imprévisible dans ses alliances.
Ce que ce résultat exige de PSPP dès aujourd’hui
D’abord, la guerre commerciale. Des contre-mesures tarifaires canadiennes sont en vigueur depuis le 8 septembre, et les États-Unis appliquent des droits de douane pouvant atteindre 50 % sur certaines catégories de produits canadiens. La marge de manœuvre budgétaire est limitée : le déficit comptable prévu pour 2026-2027 est de 6,3 milliards de dollars (avant versement au Fonds des générations), après 7,7 milliards en 2025-2026. La Banque du Canada, de son côté, maintient son taux directeur à 2,25 % alors que les risques inflationnistes se sont accrus.
Ensuite, la gouvernabilité. Avec 59 sièges sur 127, PSPP a besoin d’appuis. QS pourrait être un partenaire sur certains dossiers sociaux, le PCQ une opposition vigilante sur les dépenses, et le PLQ le principal interlocuteur sur l’économie.
Enfin, le référendum. PSPP a promis de le tenir après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche, donc au-delà de 2028. Sans l’appui d’au moins une partie de l’opposition, il aurait beaucoup de difficulté à faire adopter les mesures nécessaires, et les libéraux comme les conservateurs ont fait campagne contre le projet. Voilà le paradoxe de ce résultat : un premier ministre péquiste sans les moyens, pour l’instant, de réaliser son projet central.
Ce que ce lendemain dit de nous
PSPP a promis d’être « le premier ministre de tous les Québécois et Québécoises sans exception ». La formule est la bonne pour un chef minoritaire élu avec moins de 30 % des voix. Si elle se traduit en gestes, s’il gouverne d’abord comme premier ministre du Québec et ensuite comme chef du PQ, il pourrait surprendre : l’histoire des gouvernements minoritaires compte des premiers ministres qui ont grandi dans la fonction. Si elle reste rhétorique, le gouvernement tombera vite et le Québec retournera aux urnes bien avant quatre ans.
Le Québec a dit : plus de CAQ, assez d’incertitude, mais pas encore la certitude péquiste. Il a dit : gouvernez avec prudence, dans la crise commerciale, avec les finances que vous avez. Bonne chance : le Québec en aura besoin, et lui aussi.


