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Une nouvelle facture de 105 000 $ pour les mêmes élus, dans le sillage d’un rapport accablant

À peine trois jours après la publication d’un rapport de la vérificatrice générale révélant des dépassements répétés dans les frais des élus municipaux, une rétribution supplémentaire pour les maires d’arrondissement refait surface dans l’actualité. Le moment ne pouvait pas être plus mal chois. Même si, comme on le verra, la proposition elle-même n’est pas née de ce rapport.

Selon des informations obtenues par La Presse, la grande majorité des maires d’arrondissement de Montréal pourraient bientôt toucher une rétribution de 700 dollars par rencontre pour participer à la Table des maires, une structure censée renforcer la collaboration entre les 19 arrondissements.

Avec dix rencontres prévues par année, chaque maire pourrait ainsi toucher en moyenne 7000 dollars annuellement, soit une dépense potentielle avoisinant les 105 000 dollars si une quinzaine de maires en bénéficient. Ce chiffre demeure toutefois une estimation : aucune source publique ne confirme pour l’instant le nombre exact d’élus admissibles, et certains pourraient être exclus s’ils ont déjà atteint un plafond de rémunération.

Cette Table des maires n’est pourtant pas une nouveauté qui exigerait soudainement une compensation financière.

Ressuscitée par Soraya Martinez Ferrada dès son élection en novembre dernier, la Table des maires avait été présentée en février comme l’une des promesses phares de la nouvelle administration, un lieu d’échanges déjà fonctionnel où les maires d’arrondissement collaborent et partagent leur expertise. Cette structure avait déjà tenu deux rencontres quelques mois seulement après l’élection, ce qui témoignait alors, selon le communiqué de la Ville elle-même, de la rapidité de sa mise en œuvre.

Rien dans cette annonce initiale ne mentionnait de rétribution additionnelle pour y participer. Quelques mois plus tard, l’objectif semble changer : selon le cabinet de la mairesse, il s’agirait de transformer la Table en commission permanente, avec un cadre transpartisan et la présence d’un greffier. Une formalisation qui, selon l’administration, justifierait cette fois une compensation financière que les élus n’exigeaient pas au moment de la création de l’instance.

Le syndicat des cols bleus n’a pas manqué de relever la contradiction, et son argument mérite d’être entendu.

Le président du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, Nicolas De Ciccio, a réagi en rappelant qu’en ce moment, des travailleurs de la Ville négocient toujours leurs conditions de travail, alors que l’administration répète qu’il n’y a pas d’argent disponible pour répondre à leurs demandes. Il en tire une conclusion simple : visiblement, le problème n’est pas l’argent, c’est la façon dont il est dépensé. Il juge par ailleurs particulier de devoir payer les élus davantage pour qu’ils se rencontrent, alors que cette collaboration entre arrondissements devrait, en principe, faire partie intégrante de leurs fonctions déjà rémunérées.

L’argument de la Ville, de son côté, n’est pas dénué de logique administrative.

Le cabinet de la mairesse justifie cette rétribution par la volonté d’établir une réelle gouvernance, avec un cadre concret plutôt qu’un simple forum informel. Formaliser une instance de coordination interarrondissements, avec un greffier et des règles de fonctionnement claires, aurait effectivement plus de valeur institutionnelle qu’une rencontre informelle sans compte rendu officiel. Le problème n’est donc pas nécessairement l’idée de professionnaliser la Table des maires, mais le moment choisi pour l’annoncer et la manière dont elle s’ajoute, presque discrètement, à une rémunération déjà existante.

Le contexte des derniers jours rend cette annonce particulièrement mal avisée.

Le rapport de la vérificatrice générale, rendu public le 24 août au conseil municipal, a révélé que les élus montréalais s’étaient fait rembourser 157 400 dollars depuis 2022 en frais de stationnement déjà couverts par leur allocation de fonction, une non-conformité qui n’a pris fin qu’en novembre 2025.

Le même rapport souligne que 52 % des nuitées d’hôtel analysées dépassaient les barèmes de référence du gouvernement du Canada, dans certains cas de plusieurs centaines de dollars, et que 55 % des 49 repas audités dépassaient l’indemnité prévue. Que la proposition de rétribution pour la Table des maires ait précédé ce rapport de quelques jours seulement n’enlève rien au problème : elle continue de faire surface dans l’actualité alors que ces constats sur la gestion peu rigoureuse des dépenses des élus sont encore tout frais dans l’esprit du public.

Ce que Montréal devrait exiger avant d’entériner cette nouvelle rétribution.

Rien n’empêche la Ville de formaliser la gouvernance de la Table des maires. Mais avant d’y attacher une compensation financière, l’administration devrait démontrer publiquement en quoi la nature du travail exigé a réellement changé depuis février, plutôt que de laisser cette annonce se négocier en coulisses, dans un contexte où la rigueur de la gestion des dépenses des élus montréalais fait déjà l’objet d’un examen public.

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