Le parcours de Gabriel Diallo, né d’un père guinéen et d’une mère ukrainienne qui se sont rencontrés à Moscou
Gabriel Diallo mesure six pieds huit pouces et s’appuie notamment sur un service qui compte parmi ses principales armes. Il n’était pourtant pas considéré comme un junior particulièrement prometteur. Son histoire commence non pas sur un court de tennis, mais dans les années 1990, quand ses parents ont quitté la Russie après la chute de l’Union soviétique pour venir bâtir une nouvelle vie à Montréal.
Ses parents se sont rencontrés à Moscou, avant de refaire leur vie à Montréal
Le père de Gabriel, Moubassirou, originaire de Guinée, et sa mère, Iryna, originaire d’Ukraine, se sont rencontrés à Moscou où ils étudiaient tous les deux à la fin des années 1970. Après leur mariage, le couple a choisi de s’installer à Montréal au milieu des années 1990, dans la foulée du démantèlement de l’Union soviétique. « Je suis certain qu’ils avaient des rêves et des ambitions quand ils vivaient là-bas, a confié Gabriel à ATPTour.com. Ils ont dû mettre ça de côté pour déménager au Canada et recommencer une nouvelle vie. »
Enfant, il modifiait lui-même la couverture de ses magazines de tennis
Le jeune Gabriel était fasciné par la finale marathon entre Rafael Nadal et Novak Djokovic à l’Open d’Australie 2012, qu’il dit avoir visionnée à répétition, sans toutefois être certain de l’avoir suivie en direct à l’époque. Il conserve toujours, aujourd’hui, un magazine de tennis commémoratif de cette période, sur lequel il avait raturé au feutre le nom d’un joueur professionnel pour le remplacer par une inscription enfantine : « Diallo wins Australian Open ».
Sa mère était une handballeuse de l’équipe nationale ukrainienne
Dès l’âge de six ans, les parents de Gabriel l’amenaient assister à des matchs au Stade IGA, tout près de leur domicile du quartier Villeray, à Montréal. Sa mère, ancienne membre de l’équipe nationale ukrainienne de handball, lui a transmis, selon lui, un équilibre de personnalité hérité de ses deux parents. À 11 ans, il s’entraînait déjà au Stade IGA six après-midi par semaine, dans le cadre du programme national de développement de Tennis Canada.
Il n’était même pas considéré comme un junior particulièrement prometteur
Contrairement à plusieurs vedettes montantes du circuit, Diallo admet lui-même ne pas avoir eu les meilleurs résultats durant son adolescence. « Je n’avais pas les meilleurs résultats durant mes années d’ado. J’avais du potentiel, mais je n’arrivais pas à percer sur le court, j’avais besoin de temps pour me développer », a-t-il confié. C’est en toute fin de parcours junior qu’il a amorcé une ascension plus tardive que la moyenne des futurs joueurs du circuit.
Un entraîneur lui a fait courir des sprints pendant 30 minutes… et il n’a compris la leçon que des années plus tard
À 14 ans, lors d’un petit tournoi opposant de jeunes Canadiens à une sélection américaine, Diallo se fait complètement dominer en double, sans trop en faire de cas. Alors qu’il s’apprête à rejoindre ses coéquipiers qui riaient et plaisantaient ensemble, son entraîneur Bruno Agostinelli, une ancienne vedette de l’Université du Kentucky décédée en 2016, lui demande où il s’en va. Diallo répond qu’il va manger. Agostinelli lui ordonne plutôt de faire des sprints, ce qu’il fait sans relâche pendant environ 25 à 30 minutes. Ce n’est que des années plus tard, en rejoignant lui-même le programme de tennis des Wildcats du Kentucky, qu’il a compris les raisons profondes derrière ce moment.
Il a mené Kentucky à sa première finale nationale, un choix qu’il qualifie d’évident
Diallo a joué au tennis universitaire à l’Université du Kentucky, où il a étudié la finance. En 2022, il a aidé son équipe à atteindre le Final Four puis, pour la toute première fois de l’histoire du programme, la finale du championnat national de la NCAA, où les Wildcats se sont finalement inclinés 4-0 face à l’Université de Virginie. Il est devenu professionnel à la fin de cette même année. « Aller au collège, ça allait de soi pour moi », a-t-il confié à Roland-Garros.
Ses débuts sur le circuit ATP se sont déroulés chez lui, à Montréal
En août 2022, Diallo fait ses débuts sur le circuit ATP à titre de joueur invité aux qualifications de l’Omnium Banque Nationale de Montréal, créant la surprise en éliminant l’Australien James Duckworth, alors classé autour de la 60e place mondiale. Quelques semaines plus tard, avec un autre laissez-passer de Tennis Canada, il remporte son tout premier titre Challenger à Granby en battant Juncheng Shang, devenant le plus jeune champion canadien de ce circuit depuis Félix Auger-Aliassime en 2018.
Sa toute première victoire au niveau ATP Tour, il l’a remportée devant un public canadien
C’est à l’Omnium canadien de Toronto, en 2023, que Diallo remporte sa toute première victoire de niveau ATP Tour, en battant Daniel Evans, alors classé au 21e rang mondial. Ce moment marque son arrivée officielle sur le circuit principal, devant un public qui suivait déjà son évolution de près.
Hors du court, il aime « niaiser » avec son apparence
Diallo peut sembler très sérieux en plein match, mais il n’aime pas prendre la vie trop au sérieux en dehors du court. Il s’est notamment fait décolorer les cheveux, un choix qui a fait partie de son image plus décontractée ces dernières saisons.
Une progression fulgurante, dont le sommet reste pour l’instant du passé
Diallo intègre le top 100 mondial en octobre 2024, puis le top 50 en juin 2025, avant d’atteindre un sommet en carrière au 33e rang mondial le 18 août 2025, à la suite de son tout premier titre ATP Tour, remporté sur gazon à ‘s-Hertogenbosch, aux Pays-Bas, face à Zizou Bergs. Il a aussi contribué à la conquête de la première Coupe Davis de l’histoire du Canada, en 2022. Depuis ce sommet, son classement a toutefois nettement reculé au cours de la saison 2026, un rappel que la progression d’un jeune professionnel n’est jamais linéaire.
D’un enfant qui raturait des magazines de tennis pour y inscrire son propre nom jusqu’au joueur professionnel qui a atteint un sommet en carrière au 33e rang mondial, en passant par une leçon de sprints qu’il n’a comprise que des années plus tard, Gabriel Diallo incarne une trajectoire construite patiemment, loin des projecteurs, par un enfant de Villeray porté par le parcours migratoire de ses propres parents.


